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Covid-19 : prioritaires, ils refusent de se faire vacciner, ils nous expliquent pourquoi

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Pourquoi refusent-ils la vaccination, malgré leur âge ou leur profession ?
Pourquoi refusent-ils la vaccination, malgré leur âge ou leur profession ?
© Getty - Plan Shooting 2 / Imazins

Qu'est-ce qui pousse des personnes éligibles à la vaccination à se dérober, à dire non ? Quelles sont leurs craintes, leurs arguments ? Nous avons voulu écouter la parole de ces réfractaires au vaccin anti-Covid.

Ils sont prioritaires et pourtant ils refusent de se faire vacciner, malgré les risques encourus. Nous avons voulu écouter la parole de ces réfractaires, que l'on trouve dans toutes les tranches d'âge éligibles à la vaccination. 

Jacques, ingénieur à la retraite de 85 ans. Marianne, 53 ans assistante de vie, et sa maman Christiane, 82 ans. Marie-Stéphanie, comptable de 37 ans, enceinte de 7 mois. Leurs paroles flirtent parfois avec les théories conspirationnistes, qui se développent beaucoup dans le sillon de cette campagne vaccinale et que nous fact-checkons régulièrement, quand elles ne les embrassent pas complètement. Ils et elles nous ont donné leurs raisons de refuser l'injection.

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"Il n'est pas prouvé que ce vaccin ne change pas mes gènes"

Jacques fêtera ses 85 ans dans quelques jours. Cet ancien ingénieur à la retraite, installé à Montpellier, est très actif : amateur de randonnées, de voyages et de photographie. Il n'apprécie pas du tout que le gouvernement prévoie des publics prioritaires pour la vaccination. Il refuse qu'on le pousse à rejoindre la cohorte des vaccinés.

Cet homme, à la silhouette toujours athlétique, qui s'entretient en pratiquant les pilates, la marche, passionné par l'Afrique, charmé par les îles Canaries, est un globetrotter curieux et cultivé qui, depuis qu'il n'est plus en activité, part à la découverte du monde. "J'ai emmené mes petits-enfants en Norvège il y a quelques années, c'était merveilleux" raconte-il. Jacques aime aussi la nature, la faune la flore et surtout la photographie : "J'ai prêté mon appareil photo à ma petite-fille Anna qui est en ce moment en Namibie, elle m'envoie des photos extraordinaires d'animaux", s'émerveille-t-il. Ce papy indépendant, à la vie trépidante, ne comprend pas que "le gouvernement classe la population par tranche d'âge et désigne arbitrairement des publics prioritaires".

Il reconnait qu'il a déjà du mal à porter le masque lorsqu'il sort dans la rue. "Dès que je vois que je peux l'enlever, je le glisse dans ma poche. Si personne n'est près de moi, mes postillons mes miasmes retombent par terre ! Régulièrement dans les commerces ou dans le bus, on me demande de remonter mon masque sur le nez, mais moi j'ai du mal à respirer avec. Je n'aime pas qu'on m'impose les choses surtout quand je ne les comprend pas", avoue-t-il. 

J'ai toujours été rebelle, caboche, je m'estime en moi même assez peu conforme à ce qui doit se faire, à la doxa, à ce qui est bien...

"Moi je n'ai jamais été malade et je dis autour de moi que je vais vivre centenaire. Bien sûr c'est un peu prétentieux, mais bon, j'aurai 85 ans dans quelques jours, je me bouge, je monte souvent les étages sans ascenseur, je fais de la gym et pas mal de randonnées aussi." Si Jacques semble dire que sa bonne santé le protège de la maladie, c'est surtout qu'il craint que le vaccin modifie ce qu'il est pour les nombreuses années qu'il pense avoir encore à vivre. "Le vaccin en lui-même ne me fait pas peur ! J'ai été vacciné dans ma jeunesse, j'ai vécu en Afrique et j'ai accepté sans problème celui contre la fièvre jaune. Mais celui-là, le vaccin anti-Covid : non ! "

Tout le monde disait 'il faudra au moins deux ans pour mettre au point un vaccin', et là on y arrive en six mois !

L'octogénaire est sceptique et même plus que ça... Il redoute, avec l'injection de ce sérum dans son corps, une modification irréversible de son métabolisme. "Il n'est pas prouvé que ce vaccin ne change pas mes gènes à moi. La méfiance que j'ai, elle n'est pas pour les semaines ou les mois qui viennent, elle est pour les années à venir. Je n'ai pas envie qu'on me change ma manière d'être en profondeur. C'est bénéfice/risque pour moi !

Moi je suis l'individu, je ne suis pas une statistique.

Marianne, 53 ans assistante de vie et sa maman Christiane, 82 ans ancienne commerçante. Mère et fille vivent à Mèze dans l'Hérault
Marianne, 53 ans assistante de vie et sa maman Christiane, 82 ans ancienne commerçante. Mère et fille vivent à Mèze dans l'Hérault
- DR

"Mes amies sont vaccinées et m'en veulent parce que je ne suis pas les normes"

Christiane, ancienne commerçante, a 82 ans. Marianne a 53 ans, elle est assistante de vie. Mère et Fille vivent à Mèze dans l'Hérault. Elles font partie des personnes prioritaires (Christiane a plus de 75 ans et Marianne est assistante de vie auprès d'une personne tétraplégique), mais toutes les deux sont réfractaires à la vaccination anti Covid-19.

Pétillante et malicieuse, Christiane communie volontiers avec la nature, les arbres, les roseaux, les dunes, la mer au bord de l'Etang de Thau où elle vit. Elle se présente avec élégance et enthousiasme : "J'ai 82 ans, je m'en vais gentiment vers les 83, je vis seule et c'est vrai que je refuse absolument ce vaccin ! Je n'ai aucune indication complète sur les ingrédients qui entrent dans sa composition et ça m'interpelle. J'ai des amies qui tenaient à se faire vacciner et qui ont eu quelques problèmes de respiration, d'oreille... Une, par exemple, a fait des malaises répétés et a dû être hospitalisée. Bien sûr, on ne lui a pas dit que cela pouvait avoir un lien avec le vaccin, hein ! J'ai écouté, et je leur ai dit que ce serait sans moi, ce vaccin." 

Christiane est donc la seule, de son groupe d'amies, à ne pas être vaccinée. "Elles me disent que je suis inconsciente, mais je leur rétorque que j'ai toujours vécu ainsi, avec cette inconscience-là, et que cela me réussit. Elles m'en veulent parce que je ne suis pas les normes. Elles continuent de me recevoir chez elles, à condition que je porte un masque, mais moi j'ai rencontré d'autres personnes lors de mes promenades, des personnes beaucoup plus jeunes que moi, qui ne sont pas vaccinées non plus ! 

Je respecte le choix des autres, et je souhaite que l'on respecte aussi le mien.

"Je ne considère pas être en train de me mettre en danger, j'ai survécu à bien d'autres dangers", affirme Christiane qui a fait le choix, depuis toujours, de refuser l'allopathie au profit des médecines non conventionnelles. "J'ai toujours refusé d'être soignée par la médecine traditionnelle, je préfère la médecine parallèle, naturopathie, herboristerie et ça m'a toujours convenu jusqu'à présent. C'est bien gentil d'avoir acheté des millions de doses de vaccin, d'avoir dépensé un fric fou, mais moi je n'ai pas du tout envie d'entrer dans ce système-là." 

Leur vaccin, ils peuvent se le mettre là où je pense !

"J'ai peur, juste j'ai peur ! Je trouve qu'on n'a pas vraiment de recul sur le vaccin"

"Je trouve que maman est excessive !" tempère Marianne. Elle ressemble beaucoup à sa mère. Même visage doux, même manière de sourire, même teint hâlé, même cheveux blond cendré. Marianne est admirative de sa mère, femme au tempérament affirmé, femme solide et déterminée. "Maman a toujours été comme ça, elle a toujours fait ce qu'elle a voulu, mais là je ne partage pas tout ce qu'elle dit" poursuit Marianne qui s'interroge sur les sources d'information de sa mère, sur certains discours qu'elle entend et dont elle s'imprègne. "Maman écoute des 'révolutionnaires' et ça ne me plait pas", confie-t-elle, tout en admettant que "tout ce qu'elle a fait pour sa santé lui a bien réussi. À 82 ans elle est très en forme, elle en scotcherait plus d'un ! Elle très vive, toujours alerte, elle est vraiment chouette." 

Concernant le vaccin, je respecte son choix tant qu'elle est prudente.

Marianne reconnait tout de même que sa mère court des risques : "Elle s'occupe beaucoup de ses copines et des autres en général. Elle va à l'hôpital, comme aujourd'hui par exemple, pour accompagner l'un de ses amis. Et bien moi je lui dis de faire bien attention quand elle entre dans les services hospitaliers, c'est là qu'on peut attraper tout et n'importe quoi." 

Mais Marianne l'avoue : "je serai très mal placée de lui faire des remarques au sujet du vaccin, dans la mesure où moi non plus je ne suis pas vaccinée. 

En fait, moi j'ai peur, juste j'ai peur ! Je trouve qu'on n'a pas vraiment de recul sur le vaccin. Pour l'instant, ça ne me tente pas. 

Une position renforcée par le fait que Marianne n'est pas la seule de son entourage "médicalisé" à ne pas vouloir du vaccin : "Je suis assistante de vie auprès d'une personne tétraplégique et je suis au quotidien à ses côtés. Elle me demande régulièrement 'Alors, quand est-ce que tu te fais vacciner ?' Mais ce n'est pas un frein à notre travail ensemble, parce que beaucoup de monde vient chez elle pour des soins ou de l'assistance, et comme les autres, j'ai le masque, les gants, je respecte les gestes barrière et je ne suis pas la seule à ne pas être vaccinée." 

En fait, il y a énormément de personnes qui ne sont pas vaccinées !

"Peut-être que je me ferai vacciner, mais après, lorsque le bébé sera là"  

Marie-Stéphanie a 37 ans, comptable, elle habite au Port, à l'Île de la Réunion. Elle est enceinte de 7 mois. C'est sa deuxième grossesse, délicate physiquement et douloureuse mentalement. Marie-Stéphanie est angoissée après une fausse couche, alors elle a voulu mettre toutes les chances de son côté. Alitée depuis le mois de janvier, la future maman s'est auto-confinée, tout en continuant à recevoir les visites de la famille. Marie-Stéphanie ne quitte pas sa maison et ses déplacements se mesurent en mètres : elle va du canapé à son lit. Pour cette grossesse à risque, elle a choisi de ne pas se faire vacciner. Comme si la piqure dans son corps pouvait constituer une menace pour son bébé. "On se pose beaucoup de question, je me dis 'est-ce que ce vaccin est sans danger pour moi ? Pour le petit garçon que j'attends ? Personnellement j'ai peur. J'ai eu du mal à tomber enceinte et il y a toujours des petites complications par-ci, par-là avec ma santé".

Les femmes enceintes, à partir du deuxième trimestre de grossesse, sont prioritaires à la vaccination (vaccins à ARN messager), mais Marie-Stéphanie préfère attendre et se faire éventuellement vacciner après l'accouchement. "Là il me reste deux mois, je me dis que c'est bon, je ne vais rien changer maintenant. Mon concubin lui dit qu'il va se faire vacciner et moi aussi peut-être que je le ferai, mais après, lorsque le bébé sera là ! Aujourd'hui non."

Je vis avec mon petit stress permanent, je ne regarde plus les actualités, je n'écoute plus les informations à la radio sur l'épidémie, le virus, les morts. 

"Ça me fait peur et surtout que parfois il y a des contradictions, des confusions", regrette Marie-Stéphanie, "et après moi je ne sais plus quoi penser. Je verrai ça après, quand je serai sortie de mon confinement à moi, avec mon bébé, quand je serai de retour dehors, à l'extérieur, dans la vie normale."

"Je ne suis pas la seule à avoir réfléchi de cette manière", confie la jeune femme. "J'ai deux proches : une copine et ma belle-cousine, les deux ont accouché au mois de mars, et les deux étaient catégoriques, elles ont dit non au vaccin ! Et tout s'est bien passé, elles ont eu des beaux bébés. Il ne manque plus que moi maintenant !"