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Covid-19 : un an après le décès de son médecin, La Tour d’Auvergne cherche toujours son remplaçant

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La Tour d'Auvergne cherche toujours un remplaçant à l'emblématique docteur Valette qui est décédé le 22 avril 2020
La Tour d'Auvergne cherche toujours un remplaçant à l'emblématique docteur Valette qui est décédé le 22 avril 2020
© Radio France - Faustine Calmel

La barre symbolique des 100 000 morts de la Covid devrait être franchie cette semaine en France. Ces hommes et femmes laissent un grand vide derrière eux. La Tour d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, a ainsi perdu son médecin. Il n’a toujours pas été remplacé.

"Il est mort en allant au front, dévoué à ses patients", lâchait Marie-Madeleine Fereyrolles, la maire de ce village de 700 habitants sur le plateau de l’Artance, versant ouest du massif du Sancy, au moment du décès de Jérôme Valette. C'était fin avril 2020. 

"Le docteur Valette avait travaillé pendant 20 ans dans l’humanitaire. Pour nous, il avait connu le pire, de nombreuses épidémies. Il était allé en Afrique, en Afghanistan. Et bien non. Le pire est arrivé, il nous a emporté le docteur Valette", racontait l’élue, quelques jours après le décès du médecin, probablement contaminé lors d’une consultation en urgence. Son ami le pharmacien du village disait aussi de lui qu’il était "jovial, bon vivant, ne comptait pas ses heures".

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Un remplaçant un jour et demi par semaine

Un an après, c’est encore son nom, Valette qui est glissé sous la sonnette du cabinet médical. Mais c’est un autre qui reçoit. Le docteur Tudose tient dans ces mêmes locaux une permanence de soins, le mercredi et le samedi matin. Un jour et demi de consultations, au cabinet, puis les visites à domicile après 18 heures. Le médecin a déjà sa propre patientèle à Lanobre, département voisin du Cantal, à un peu plus de vingt kilomètres de La Tour d’Auvergne. 

"Je n’ai qu’un seul jour de repos par semaine, et encore quand je ne suis pas de garde", explique l’homme dont les traits, derrière son masque, paraissent fatigués. "Je ne fais pas ça pour des raisons financières, franchement ça n’est pas intéressant. C’est plutôt pour venir en aide aux gens d’ici, qui venaient me voir jusqu’à Lanobre, ou ne trouvaient aucun médecin pour les soigner. Des raisons humanitaires et chrétiennes" assure le médecin d'origine roumaine arrivé en France en 2017.

Changer ses habitudes

Pour les habitants de La Tour d’Auvergne, ce changement passe mal. Non pas parce que ce médecin ne leur convient pas, bien au contraire, mais ne plus avoir de docteur à demeure est un crève-cœur. "Moi j’ai 68 ans", lâche Jean-Claude, agriculteur, "j’ai connu les médecins qui se déplaçaient et que l’on pouvait joindre 24 heures sur 24, toute la semaine. Alors ne pouvoir prendre rendez-vous qu’un jour et demi par semaine, ça n’est pas simple. À la limite, c’est plus facile de faire venir un vétérinaire pour mes bêtes".

Nous formions comme un couple, médecin et infirmier. Mais un couple, cela peut être fragile. Il faut que nous trouvions un nouveau modèle de santé, assure le maire et infirmier du village, Yannick Tournadre

"Nous avons ici des personnes âgées, et nous aimerions les garder en bonne santé le plus longtemps possible", assure Djamila, habitante de La Tour d’Auvergne et conseillère municipale, "et pour cela nous avons besoin d’avoir notre médecin". 

Sa mère, Marion, a récemment fait don de sa maison à la commune et la municipalité espère en faire un nouveau cabinet médical. "Ici nous pourrions faire deux salles de consultation au rez-de-chaussée, avec en haut, un logement à disposition", montre le nouveau maire, Yannick Tournadre, en faisant visiter les lieux, en plein cœur du village.

L’élu, infirmier de profession, espère toujours réussir à attirer un généraliste : "Nous avons une patientèle nombreuse, cela vaudrait le coup financièrement. L’été et l’hiver, il y a aussi les résidences secondaires et les touristes. L’idéal serait de pouvoir trouver un médecin, et de conserver les remplacements du docteur Tudose, pour avoir une activité équilibrée". Et éviter que La Tour d’Auvergne ne devienne, après la mort du docteur Valette, un désert médical de plus.