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Covid : prochaine étape, la vaccination des enfants ?

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On compte en France un peu moins de 10 millions d'enfants de moins de 12 ans.
On compte en France un peu moins de 10 millions d'enfants de moins de 12 ans.
© Getty - Bogdan Kosanovic

Il y a fort à parier que le sujet de la vaccination des moins de 12 ans va se poser à la rentrée prochaine. Avec la grande contagiosité du variant Delta, le retour à l'école pose question, et les autorités, comme les médecins y réfléchissent.

Un virus plus contagieux, c'est un virus plus contagieux pour tout le monde, et donc aussi pour les enfants, et même les nouveau-nés. On l'a vu la semaine dernière avec cette alerte lancée par l'hôpital pédiatrique Lenval à Nice : une dizaine de bébés de moins d'un mois ont été hospitalisés ces derniers jours, dans un contexte de forte incidence épidémique (taux d'incidence supérieur à 600) pour cause de Covid. Ils avaient de la fièvre (autour de 39°) et des problèmes gastriques. Rien de gravissime mais leur très jeune âge a justifié une hospitalisation de quelques jours. Leurs parents n'étaient pas vaccinés.

Même si, on le sait, les enfants sont très peu sujets aux formes graves (moins d'1% des hospitalisations), y compris avec le variant Delta, la grande contagiosité de ce variant fait craindre, malgré tout, une multiplication des cas chez les moins de 12 ans qui ne sont pas vaccinés. Aux États-Unis, l'alerte a déjà été donnée devant le nombre croissant d'enfants touchés qui se retrouvent à l'hôpital. En France, les modélisations de l'Institut Pasteur font craindre aussi un grand nombre de cas chez les enfants à la rentrée (jusqu'à 50.000 cas positifs par jour).

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Le variant Delta change la donne

Pour l'instant, dans le contexte des vacances, les transmissions se font très majoritairement dans le cadre familial, mais que va-t-il se passer quand les écoles vont rouvrir ? Le pédiatre Robert Cohen est conscient du danger car le variant Delta qui s'est imposé partout, dit-il, change la donne : "On s'est tué à dire pendant des mois, nous les pédiatres, que les enfants ne jouaient pas de rôle dans la dynamique de l'épidémie, ce qui était exactement vrai. Mais avec le variant Delta, on ne peut plus affirmer la même chose. Ce sont des virus deux à trois fois plus contagieux ! Même si les enfants sont naturellement moins transmetteurs, avec un variant d'une telle contagiosité, ils transmettent désormais comme les adultes pouvaient le faire avec le variant anglais, donc on a un vrai problème. Qu'on envisage la vaccination des enfants avec le variant Delta, ça me parait une évidence scientifique".

Évidence scientifique, car tant qu'il y aura des réservoirs d'individus non protégés, le virus continuera de circuler, et potentiellement de muter, pour devenir, qui sait, plus contagieux encore. Mais on ne peut pas se lancer comme ça : pour mesurer le bénéfice-risque, il faut d'abord des études cliniques sur les moins de 12 ans. Pfizer et Moderna sont en train de les conduire, avec des doses qui seront vraisemblablement moins importantes que pour les adultes. Les résultats ne sont pas attendus avant la fin septembre. 

Si l'efficacité et la tolérance sont démontrés, alors sans doute faudra-t-il sérieusement songer à cette vaccination des plus jeunes, explique Robert Cohen : "Imaginez le schéma de la rentrée : le virus va rentrer dans l'école, on en aura dans les classes, on le ramène ensuite à la maison, et on risque de refaire rentrer le virus dans les familles. Même si le risque d'hospitalisation est mince pour les enfants, il risque d'y avoir mathématiquement, aussi, plus d'enfants hospitalisés avec un virus pareil." 

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Vacciner, dès la crèche ?

Vacciner les enfants , mais à partir de quel âge ? "Pas les nouveau-nés, explique le Professeur Cohen, mais finalement, les schémas vaccinaux démarrent en France pour les nourrissons dès 2-3 mois, donc on peut imaginer, devant un variant extrêmement contagieux, vacciner dès la crèche". Pour l'instant, les autorités sanitaires reconnaissent réfléchir à cette vaccination, tout en attendant les résultats des essais. Certains spécialistes préfèrent de leur côté attendre qu'on atteigne un taux de vaccination important déjà chez les 12-17 ans (50% de primo vaccinés dans la tranche d'âge pour l'instant) et redoutent que les parents n'adhèrent pas. "Mais pourquoi refuseraient-ils ? s'étonne Robert Cohen. À la fin août, on aura atteint 50 millions de primo-vaccinés chez les adultes, pourquoi refuseraient-ils le vaccin pour leurs enfants si les essais cliniques prouvent innocuité et efficacité pour les plus jeunes ? ".

On compte en France un peu moins de 10 millions d'enfants de moins de 12 ans.  Plus de 5 000 d'entre eux, qui présentent des facteurs de risque très importants, ont d'ores et déjà été vaccinés malgré l'absence d'autorisation de mise sur le marché pour les enfants. Un premier test aura lieu dès cette semaine avec la rentrée scolaire sur l'île de la Réunion. Les cours reprennent ce 16 août. L'incidence y est élevée, on devrait mesurer assez vite si le retour en classe constitue un facteur aggravant.

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