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Covidliste : témoignages de bénévoles qui s'activent "jour et nuit" pour accélérer la vaccination

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Ils sont une centaine de bénévoles derrière le site "Covidliste".
Ils sont une centaine de bénévoles derrière le site "Covidliste".
© Radio France - Xavier Demagny

Ils s'appellent Coline, Germain, Florian, Maxence ou Gaëlle et sont les visages qui se cachent derrière Covidliste, cette plateforme qui permet d'éviter de gâcher des doses de vaccin anti-Covid et ambitionne d'accélérer la campagne vaccinale. Portraits.

C'est l'une de ces plateformes qui veut aider à accélérer la campagne vaccinale. "Covidliste" est une initiative citoyenne (à l'image de "Vite ma dose", conçue par Guillaume Rozier pour trouver un rendez-vous rapidement) qui n'a qu'un objectif : éviter de gâcher des doses vaccin anti-Covid. Créée il y a à peine trois semaines par trois amis (Martin Daniel, Mathieu Ripert avec Antoine Roux, médecin à l'hôpital Foch de Suresnes), elle fédère désormais plus de 500 centres de vaccination, près de 800 000 volontaires inscrits dont 44 000 personnes déjà contactées pour se faire vacciner. Mais s'appuie surtout sur le travail d'une centaine de bénévoles qui s'activent jour et nuit pour en assurer le bon fonctionnement et le développement.

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Depuis ce tweet, envoyé le 30 mars, un réseau de petites mains s'est forgé et ce en quelques jours. Des hommes, des femmes, qui pour la plupart ne se connaissent pas. Certains ont été sollicités par les fondateurs du site, d'autres se sont manifestés directement auprès de Covidliste. Au-delà des codeurs et développeurs, "on a dû s'entourer de beaucoup de personnes aux compétences très différentes. Il y a des juristes, des avocats, des gens des hôpitaux, d'autres qui font de la communication, des affaires publiques, des gens qui répondent aux e-mails ou aux tweets", explique Martin Daniel, data scientist dans la vie, un ancien de chez Airbnb. 

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"Donc vous avez tout un tas de compétences parce que ce n'est pas juste un petit site web : tout ça requiert des expertises spécifiques." Et génère une émulation toute particulière

"C'est en train de changer la vie des bénévoles, des gens entre deux boulots, qui n'avaient jamais eu ce genre d'expériences. C'est une initiative qui compresse le temps, comme si on faisait plusieurs années de vie professionnelle en trois semaines."

Aujourd'hui, tous souhaitent un avenir "le plus court possible" à Covidliste. Mais d'ici là, le site est en train de se fédérer en association, pour faciliter son financement. L'envoi de SMS aux volontaires à la vaccination "coute très cher" : plusieurs milliers d'euros par semaine que les créateurs ont jusqu'ici payé de leur poche (15.000 € en un mois). Covidliste lance d'ailleurs, ce jeudi, une campagne participative de financement pour couvrir ses frais. 

Et l'État dans tout ça ? Le cofondateur du site assure être en contact "plusieurs fois par semaine" avec la direction générale de la Santé "qui nous accorde du temps" et considère le site comme une option à adopter pour les centres de vaccination, et pourrait peut-être bientôt accorder un coup de main financier. Mais pour Martin Daniel, c'est "assez sain" de voir "ces innovations venir de citoyens".  

Coline Juillerat : "Je me suis reconvertie pour utiliser mes compétences dans un projet citoyen, ça tombe bien !"

Coline Juillerat a 32 ans. Originaire d'Alsace, elle habite à Paris et est développeuse full-stack depuis sa reconversion. 

Votre rôle dans Covidliste ? "Je fais partie de l’équipe de développeurs. On s'occupe de l'interface d'inscription, tout comme la partie plus "invisible". On prend en compte les retours des équipes qui échangent avec les volontaires et les professionnels de santé pour faciliter au maximum l’utilisation du site et le travail de tout le monde. Mais j'essaie aussi d’aider, quand je le peux, sur d'autres sujet... Cela peut vouloir dire relire un texte pour vérifier qu’il n’y a pas de faute d’orthographe !"

Pourquoi cet engagement ? "Je viens de terminer une formation pour me reconvertir en tant que développeuse web, après sept ans dans la communication et les études marketing. Une des motivations de ma reconversion était de pouvoir utiliser mes compétences pour des projets citoyens, ça tombait donc plutôt bien ! Et puis ma mère, infirmière libérale qui participe activement à la vaccination, m’avait déjà raconté avoir dû jeter des doses et tout le travail du personnel administratif pour être certain d’avoir des personnes, tous les jours, pour toutes les doses. Alors, lorsque que j’ai vu que je pouvais être utile, je n’ai pas hésité !"

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? "Je vais rester disponible régulièrement pour aider au mieux, le temps nécessaire. Donc pas trop longtemps, j'espère ! C’est bien sûr très gratifiant de pouvoir se sentir utile, les équipes nous relaient tous les jours les messages de remerciement qu’elles reçoivent. Mais surtout, je reste encore émerveillée de ce qu’un groupe de citoyens, ne se connaissant pas pour la plupart et venus d’horizons très divers, a pu réaliser en moins de trois semaines, avec une énergie, une motivation et une bienveillance sans pareilles."

Germain Carré : "J'étais loin de me douter que mon rôle deviendrait aussi transverse..."

Germain Carré a 28 ans, il est ingénieur logiciel et vit à Roubaix, dans le Nord. 

Votre rôle dans Covidliste ? "La manière la plus concise de définir mon rôle dans Covidliste, c'est couteau-suisse humain ! Je m’assure que tout se passe bien entre les équipes. Lorsque les bénévoles ont un problème, je m'occupe de trouver une solution ; j'essaye d'être disponible au maximum pour eux le matin, le soir et le week-end. Je traite une partie des emails qui nous sont envoyés, je réponds aux messages sur les réseaux sociaux, mais je m'intéresse aussi à l'aspect sécurité de Covidliste, la gestion technique de la plateforme, etc. Quand je suis arrivé au début du projet, en tant que développeur de métier, j'étais loin de me douter que mon rôle deviendrait aussi transverse !" 

Pourquoi cet engagement ? "J'y ai vu une initiative qui pouvait avoir un impact positif sur la campagne de vaccination. Sur le moment, n'étant pas personnel de santé, je me suis dit que ce serait intéressant d'essayer de servir à quelque chose dans cette crise."

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? "Ce projet a un seul et unique objectif : faire en sorte d'aider à sortir de la crise. Aujourd'hui, même si pour moi c'est une aventure humaine incroyable et que je n'ai pas envie que cette partie-là s'arrête, je ne peux que souhaiter que le projet arrive à sa fin au plus vite. Si, à notre petit niveau, on peut faciliter un peu la vie d'un maximum de personnels de santé, en leur faisant économiser du temps avec Covidliste, c'est déjà une victoire."

Matthieu Gariel : "Les changements sur les site sont très rapide, il suffit souvent de quelques heures pour que ce soit codé, testé et déployé."

À 28 ans, Matthieu Gariel est étudiant en data science à Paris. 

Votre rôle dans Covidliste ? "J’assure une partie du support. Je réponds, avec d’autres, aux mails, messages Twitter, des volontaires inscrits, et parfois des professionnels de santé. Nous essayons de traiter les demandes, d’aider les utilisateurs, et de contribuer à résoudre les bugs quand ils surviennent. Ça a pu être 'sport' au début, avec un pic à 700 mails sur une journée les premiers temps ! Mais aujourd'hui, c’est plus calme. Notre travail, c'est de comprendre les points à améliorer en fonction des retours. C’est généralement très rapide, il suffit souvent de quelques heures pour que la modification soit codée, testée et déployée sur le site visible à tous. Du travail de professionnels, mais de façon 100% bénévole !"

Pourquoi cet engagement ? "La même idée m’avait traversé la tête quelques jours avant de voir le tweet de Martin, mais n’ayant pas toutes les compétences techniques... L’initiative étant lancée, je me suis dit que j’allais essayer d’apporter ma pierre à l’édifice."

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? "Je vais continuer d’alterner mes études à distance, ma petite entreprise et mon bénévolat au sein de Covidliste. En espérant que celui-ci aide à accélérer la campagne de vaccination et que, qui sait… peut-être que nous pourrons profiter des terrasses cet été ? Puis cet automne ?"

Florian Thöni : "Je rêvais d'une liste d'attente géante pour la vaccination"

Florian Thöni a 32 ans, il est ingénieur à Lyon (Rhône). 

Votre rôle dans Covidliste ? "Je suis arrivé pour faire du développement mais mes prises de position dans les échanges sur la protection des données personnelles ont fait que j’ai rapidement été contacté par l’équipe pour m'occuper de ces questions. Donc je conseille sur les évolutions de la plateforme et j’échange avec les volontaires et les professionnels, notamment dans l’exercice de leurs droits, prévu par le règlement général de protection des données personnelles (RGPD). Covidliste a aussi la chance d’être accompagné sur ces questions, en interne, par une solide équipe d’avocats et de juristes et, en externe, par un cabinet qui intervient en pro bono."

Pourquoi cet engagement ? "J’ai été très impressionné par les techniques mises en place par Israël pour vacciner au plus vite, basé sur des listes d’attente et de priorité. Je rêvais d’une liste d’attente géante sur laquelle les gens s’inscrivent et sont classés en temps réel et que les centres de vaccination appellent en temps réel selon l’ordre de priorité défini. Dès décembre, la presse a relayé des informations sur une partie conséquente des doses potentielles qui pouvaient être perdues. Cela m’a paru effarant, compte tenu de l’urgence, le gâchis devenait une perte de chance. Quand Martin a lancé son appel et ouvert la plateforme, j’ai trouvé que c’était ce qui se rapprochait le plus de ma liste magique."

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? "Je pense que la rigueur que nous avons tous mis dans la création de la plateforme va continuer à convaincre de plus en plus de professionnels qu’ils ont du temps à gagner à utiliser Covidliste, et avec lui le nombre de volontaires à la vaccination.  D’un point de vue personnel, j’attends, comme beaucoup d’autres, d’être éligible à la vaccination et j’ai hâte de pouvoir reprendre une vie moins contraignante !"

Maxence Aici : "Je dois beaucoup à l'hôpital, au système de santé. C'est une volonté de donner en retour qui me pousse à participer à Covidliste"

Maxence Aici a 23 ans, il est ingénieur pour l'assureur Alan. 

Votre rôle dans Covidliste ? "Je suis ingénieur bénévole chez Covidliste, et je travaille principalement sur la partie mise en relation des volontaires avec les lieux de vaccination. Mon rôle est de faire en sorte que les lieux de vaccination trouvent des volontaires le plus rapidement, simplement et efficacement possible. Pour ça, je conçois et j’implémente notre application dédiée aux partenaires, et aux volontaires qui ont reçu une notification. Chacun donnant également un coup de main là où il y en a besoin, j’ai aussi travaillé sur des partenariats avec des fournisseurs, sur le design du site, et sur la conception de prototypes au tout début de l’aventure." 

Pourquoi cet engagement ? "Je suis atteint d’une maladie chronique depuis mes 18 ans et j’ai passé beaucoup de temps à l’hôpital. Aujourd’hui je dois beaucoup à l’hôpital public, et au système de santé en général. C’est une volonté de donner en retour qui me pousse à participer à Covidliste, ainsi que la conviction qu’on peut faire avancer la santé de tous si l’on met des outils numériques dans les mains de ceux qui ont en le plus besoin. Je pense qu’il faut que les outils techniques de pointe ne soient pas réservés aux entreprises à succès, mais mis à la disposition de tous."

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? "J’ai la chance que mon employeur, l’assurance santé Alan, ait décidé de sponsoriser mon travail sur Covidliste pendant les prochaines semaines, me permettant de me dédier au projet au-delà de mes congés.  Mon objectif numéro un, c’est qu’on n’ait plus besoin de Covidliste, et qu’on ait pu suffisamment fluidifier la distribution de vaccins pour significativement accélérer la vaccination en France."

Gaëlle Le Goff : "C'est ma plus belle expérience professionnelle !"

Gaëlle Le Goff a 43 ans et vit à Paris. Mère de trois enfants, elle est entrepreneuse et a fondé plusieurs start-up. 

Votre rôle dans Covidliste ? "Je m’occupe d’accueillir les centres de vaccination, cabinets médicaux ou infirmiers et pharmacies, de les accompagner dans la prise en main de l’outil de mise en relation. J’anime une équipe de près de 20 bénévoles ! Chaque jour, nous contactons les nouveaux professionnels de santé qui s’inscrivent sur Covidliste pour vérifier que leurs coordonnées sont les bonnes, s’assurer que ce sont bien des personnes habilitées à vacciner ou responsables d’un centre et les aider à trouver des volontaires à la vaccination."

Pourquoi cet engagement ? "Covidliste est un peu arrivé dans ma vie au meilleur moment. J’avais du temps, lié à un changement professionnel, une envie de m’engager qui me titillait depuis plusieurs mois avec des projets comme "Protège ton Soignant", et un énorme ras-le-bol de cette vie en sursis.  Avec mon expérience de fondatrice et dirigeante de start-up, je savais que pouvais être utile d’une façon ou d’une autre." 

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? "Je crois que c’est ma plus belle expérience professionnelle. La dynamique est tellement incroyable et la vitesse d’exécution telle que je ne suis pas prête à m’éloigner du projet tant que je serai utile. J’apprends énormément grâce à l’équipe qui est en place et tout cela est aussi très utile pour ma carrière. Après ? On le sait tous, Covidliste a été pensé pour solutionner un problème provisoire. C’est ce que je lui souhaite du plus profond de mon cœur. Mais comme on le dit dans le monde des start-ups, elle nous réserve certainement un joli pivot !"