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Crise sanitaire : les femmes et les étudiants étrangers, plus touchés par la précarité des jeunes

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La période actuelle de restrictions est plus compliquée à vivre, au plan financier et psychique, pour les étudiantes que pour les étudiants
La période actuelle de restrictions est plus compliquée à vivre, au plan financier et psychique, pour les étudiantes que pour les étudiants
© AFP - Jeanne Mercier / Hans Lucas

Deux études parues cette semaine font le point sur le ressenti par les étudiants et les étudiantes des conséquences de la crise sanitaire. Les femmes sont les plus touchées : elles représentent deux tiers des bénéficiaires d'aide alimentaire, et sont les plus nombreuses à mal vivre l'isolement.

Pour les étudiants et les étudiantes, la période de crise sanitaire que nous traversons actuellement est particulièrement difficile : cours à distance, isolement familial et social, et surtout, une précarité plus forte pour ceux et celles qui n'ont plus la possibilité, de cumuler études et emploi.

Deux études, sorties en ce début de semaine, reviennent sur la situation difficile des personnes qui font actuellement leurs études : la première émane de l'association Co'p1 – Solidarités étudiantes, créé par des étudiants et étudiantes de la Sorbonne, à la rentrée 2020. La seconde a été réalisée par l'institut Ifop et sonde l'état d'esprit des 16-28 ans. 

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Les bénévoles de l'association Co'p1 – Solidarités étudiantes, qui ont collecté les témoignages de leurs bénéficiaires entre octobre et décembre dernier, soulignent que 79% des personnes qui ont eu recours à l'aide alimentaire depuis la rentrée la demandaient pour la première fois – et que 63% des bénéficiaires sont des étudiants internationaux. Ceux-ci ne bénéficient pas des bourses accordées par les Crous, et sont donc plus facilement en difficulté quand ils ne bénéficient pas d'une bourse internationale.

Précarité menstruelle, emploi : les femmes plus affectées

Autre fait saillant : 67% des bénéficiaires sont des femmes, un taux déséquilibré par rapport à la normale : dans l'enseignement supérieur, 55% des personnes qui font des études sont des femmes. Parmi les critères avancés pour tenter d'expliquer cette inégalité, la précarité menstruelle, c'est-à-dire la difficulté financière que représente l'achat de protections périodiques : "Il y a des dépenses plus importantes pour les femmes que pour les hommes, notamment pour les produits d'hygiène, notamment les protections périodiques", explique Ulysse Guttmann-Faure, président de l'association. "C'est en s'appuyant sur des témoignages d'étudiantes qui disaient devoir choisir entre changer de protections périodiques et se nourrir qu'on s'est rendus compte qu'il y avait une différence". 

Autre facteur explicatif : l'emploi. "Tous les étudiants ont été touchés par des pertes d'emplois pendant cette crise. Les emplois qui peuvent encore subsister sont des emplois manuels, dans le bâtiment, la sécurité, où malheureusement on recrute moins facilement des femmes. Alors que ceux dans l'événementiel, dans le social, la garde d'enfants par exemple, ont été plus particulièrement touchés par cette crise", explique Ulysse Guttman-Faure.

La deuxième étude, celle de l'Ifop, trace le même tableau : 39% des jeunes femmes disent vivre "très mal" le fait de ne plus pouvoir sortir et 31% vivent très mal l'isolement social. Au total, elles sont 27% à affirmer très mal vivre les répercussions de la crise sur leur capacité à se projeter… contre 18% seulement des hommes de la même tranche d'âge. Elles sont aussi moins nombreuses que les hommes à estimer être bien informées quant aux dispositifs d'aide existants (25% contre 36% chez les hommes). 

Ainsi, selon cette même étude, les femmes se disent moins confiantes à l'égard de leur avenir que les hommes : sur le panel des 16-28 ans interrogés, elles sont 46% à dire avoir confiance en leur avenir, contre 59% des hommes. 

Des effets négatifs au plan financier et psychique

Si la précarité touche les étudiants de toutes les filières sans exception, et à tous les niveaux, elle concerne de façon beaucoup plus forte ceux et celles qui ont pris leur indépendance : 92% des personnes qui ont répondu à l'étude de l'association Co'p1 ne vivent plus chez leurs parents, et donc doivent assumer leur loyer. Or, seuls 47% d'entre eux touchent l'aide personnalisée au logement (APL). Quelque 38% des répondants disent ne pas pouvoir compter sur leurs proches pour un hébergement d'urgence, en cas de besoin. 

Résultat : près de 60% des personnes qui ont répondu à l'enquête disent que le confinement a eu un effet négatif sur le plan financier, et 56% qu'il a aussi déteint sur leur santé psychique. La moitié des étudiants et étudiantes interrogés disent ne pas avoir mangé à leur faim de façon répétée.