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CRITIQUE - Avec "57 rue de Babylone, Paris 7e", Alix de Saint-André a conquis "Le Masque & la Plume"

L'écrivaine Alix de Saint-André vient de faire paraître ""57 rue de Babylone, Paris 7e" chez Gallimard
L'écrivaine Alix de Saint-André vient de faire paraître ""57 rue de Babylone, Paris 7e" chez Gallimard
© AFP - ALAIN JOCARD

L'auteure de "Garde tes larmes pour plus tard" et de "L'Angoisse de la page folle" est au meilleur de sa forme avec ce nouveau roman rempli de charme que les critiques du "Masque & la Plume" ont pris énormément de plaisir à lire. Alix de Saint-André y parcourt l'histoire d'une pension de famille : "Home Pasteur"

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Tout commence au milieu des années 1970. Alix de Saint-André, fille de L'Écuyer en chef du Cadre noir de Saumur (qu'on appelle également le grand Dieu), qui vient d'être démis de ses fonctions, débarque à Paris avec sa famille. Elle a 17 ans et elle entre en terminale au lycée Victor Duruy, où elle devient l'amie d'une certaine Pia Muller, dont la mère, mariée à un éditeur de disques classiques, tient à bout de bras une vraie et très étrange pension. 

Le "Home Pasteur", situé 57, rue de Babylone, Paris 7e, tout juste contre le cinéma "La Pagode". Et dans cette pension, on rencontre notamment à demeure Alain Cuny, et puis ce fou furieux de Paul Gégauff, futur scénariste de Claude Chabrol, qui allait être assassiné en 1983 en Norvège par sa femme à laquelle il venait de dire "Tue-moi si tu veux, mais arrête de m'emmerder". C'est donc la smala et la saga du "Home Pasteur" qu'elle raconte. 

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Dans un précédent ouvrage, elle racontait comment elle avait perdu totalement la raison pour avoir abusé du baclofène, un relaxant musculaire, dans l'espoir d'arrêter de fumer. Il n'est pas sûr que le baclofène ait cessé totalement ses effets. 

Je l'ai lu avec énormément de plaisir, de curiosité, et j'ai découvert surtout ce lieu que je ne connaissais pas

Frédéric Beigbeder l'a trouvé "drôle" et "charmant"

FB : "Il n'y a pas beaucoup de livres sur le 7e arrondissement de Paris. Celui dont je me souviens, c'est L'Europe buissonnière d'Antoine Blondin, qui commence par cette célèbre phrase "Passé huit heures du soir, les héros de roman ne courent pas les rues des Invalides". C'était en 1949. Et, depuis, il n'y a pas eu grand chose. Avant, il y avait eu Marcel Proust. Maintenant, il y a Alix de Saint-André. 

J'aime beaucoup la mélancolie du début. C'est très drôle. C'est très triste, cette entrée au lycée Victor Duruy, où cette adolescente coincée se retrouve chez les pimbêches, puisqu'à l'époque, on disait "pimbêche" et pas "pétasse". Il y a un côté presque Modianesque dans ce début. 

Quant à l'enquête sur la pension de famille, avec tous les entretiens en entier, les emails, je trouve qu'elle aurait peut-être pu trier parmi toute cette documentation parce que c'est un peu comme imprimer son brouillon, je trouve ça dommage car c'est un bon écrivain et qu'elle aurait peut-être pu, au lieu de consacrer 400 pages, en faire la moitié. Mais il y a un vrai charme

Je voudrais tout de même relever une erreur très importante, page 225. Elle dit : "comme à la Samaritaine dans la publicité de l'époque, il se passait toujours quelque chose". Eh bien non, le slogan de la Samaritaine, c'était "on trouve tout à la Samaritaine" et "l'endroit où il se passe toujours quelque chose", c'est aux Galeries Lafayette". Il ne faut pas se tromper quand on cite de grandes références".

S'il salue "une jolie quête", Arnaud Viviant estime qu'il faut "en prendre mais aussi en laisser"

AV : "Je suis très friand de tout ce qui concerne Paul Gégauff. J'avais lu sa biographie par Arnaud Le Guern, publiée aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, il y a tellement d'histoires à son sujet. Quand elle va rencontrer sa fille, qui est peintre, habite toujours en Norvège, on s'attend à des révélations, malheureusement, il n'y en a pas. On ne peut pas dire que sa fille ait grand chose d'intéressant à raconter sur son père. Elle était toute petite. 

La quête est belle. Il y a un côté journaliste chez Alix de Saint-André, elle nous raconte l'enquête. Elle est tenace

D'ailleurs, quand elle veut rencontrer la fille de Paul Gégauff, elle y met tous les moyens. 

Mais après, ça ne donne pas grand chose. Il y a beaucoup d'entretiens, beaucoup de matière, de manière très fofolle, ce qui est sympathique et qui renvoie d'ailleurs à l'idée de cette pension, où on voit quelque chose de fou".

Il y a des choses intéressantes mais il faut en prendre et en laisser. Elle aurait dû ranger un peu sa chambre

Jean-Claude Raspiengeas applaudit "un livre très beau, magnifique et qui fait du bien" 

JCR : "C'est une fantaisie. C'est d'un bonheur. Ça fait plaisir. Ça fait du bien. C'est plein d'humour. Il y a une énergie folle. C'est un livre qui fait du bien. On est content de lire ça. C'est ébouriffant. C'est bien tenu. 

Effectivement, il y a un moment où elle se perd un peu, il y a un ventre creux au milieu qu'elle a rempli, c'est un peu dommage. Mais les portraits qu'elle dresse sont formidables et superbes

C'est très beau ! Elle a des expressions magnifiques. 

À un moment, elle parle de deux personnages qui vieillissent, Paul Gégauff et un autre. Elle dit : "L'un vieillit au vinaigre, l'autre à l'huile". C'est très beau ! 

Les galeries de personnages sont magnifiques

Ce qu'il y a de formidable chez elle, c'est à la fois ce côté fofolle, c'est cette évocation des années 1970 déjà surannées, d'un monde qui s'achève. 

Elle s'amuse de tout. Elle se sert de toutes les anecdotes ; elle transforme le tout en épopée bourgeoise.

Elle traverse les souvenirs qu'elle fait revivre. C'est follement romanesque. On prend un énorme plaisir

Si elle avait retiré ne serait-ce que quelques pages, ça aurait été encore mieux. Mais c'est déjà très bien".

Patricia Martin salue "un livre joyeux et reconstituant"

PM : "Moi, je trouve qu'elle est fofolle, mais elle est tenace. C'est une fille dont le livre est tenu. C'est un vrai jeu de piste ! Un livre qu'elle porte en elle depuis des années.

Le point de départ, c'est cette amitié entre ces deux filles, entre elle et Pia, qui est un personnage tout à fait extraordinaire. Elles ne se ressemblent pas du tout. Elles sont même diamétralement opposées. Pia est dans le rang, quand elle est dans les conventions, dans les codes. Alix de Saint-André, évidemment, est une rebelle, un ours, une fille de très bonne famille, mais qui regarde un peu sa copine comme une extraterrestre. 

Ajoutez à cela une galerie de portraits : il y a Cocotte et Monica aussi, qui ont été des femmes d'une intelligence, d'une générosité, ce sont des vraies mamas italiennes. Et là-dedans, ça se frotte, ça discute, on confronte ses idées. 

On a vraiment envie d'en être. C'est un livre joyeux, reconstituant

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"57 rue de Babylone, Paris 7e" d'Alix de Saint-André

8 min

📖  LIRE - Alix de Saint-André : 57 rue de Babylone, Paris 7e (Gallimard)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

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