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CRITIQUE - Comment "Divine Jacqueline" de Dominique Bona a conquis Le Masque & la Plume ?

L'écrivaine et académicienne Dominique Bona, octobre 2014
L'écrivaine et académicienne Dominique Bona, octobre 2014
© AFP - KENZO TRIBOUILLARD

L'académicienne a souhaité percer cette fois-ci l'énigme de Jacqueline de Ribes qui recouvre à ses yeux un grand mystère. Figure de la jet-set des années soixante, qu'en est-il du destin de cette femme d'affaires styliste et quelle a été son vécu dans cette haute sphère de la société qu'est l'aristocratie française ?

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Enquête sur une personnalité toujours vivante, la grosse biographie autorisée que consacre Dominique Bona à la styliste Jacqueline de Ribes qu'elle décrit ainsi : "Figure de la jet set des années 1960, l'un des signes préférés de Truman Capote et de Richard Avedon, amie d'Yves Saint-Laurent et des Visconti, devenue une icône du style, et un symbole de l'élégance française, une reconnaissance mondiale illustrée en 2015 par une magistrale exposition au Metropolitan Museum de New York, son visage a été projeté en pleine lumière sur l'Empire State Building". 

520 pages suffisent à peine à Dominique Bona, biographe de Colette et de Romain Gary, pour raconter, grâce à ses traits importants, aux entretiens qu'elle lui a accordés, la vie de cette aristocrate, née Jacqueline de Beaumont, qui fonda sa propre maison de couture à Billiard.

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Le livre a comme donné envie à Arnaud Viviant de "refaire la Révolution"

"C'est une sorte de contre-histoire de la France depuis la Seconde Guerre mondiale. Ça se termine aujourd'hui avec l'avènement de Vincent Bolloré qui est un moment absolument historique de ce livre. 

Ce livre m'a vraiment plusieurs fois donné envie de faire ou de refaire la révolution 

De gens qui se marient à quelques conditions que se soient ; aucun de ses ancêtres ne doit avoir voté la mort du roi. Alors on est chez ces gens-là, avec un luxe de détails. Et un moment, il y a cette anecdote que je trouve fabuleuse : Jacqueline est dans un dîner, il y a une dame qui ne parle pas. Au bout d'un moment, elle demande au maître de maison qui peut bien être cette dame qui reste silencieuse ? L'autre lui dit que c'est leur cuisinière par contrat, qu'elle a le droit d'assister à un de leurs repas par semaine et qu'ils paient alors moins cher de la sorte". 

Vous êtes chez ces gens-là où c'est luxueux, où ils font les grandes fêtes, etc, avec Vincent Bolloré qui arrive. Là, vous vous dites OK, j'ai tout compris, il faut vraiment qu'on refasse entièrement le travail !

Pour Olivia de Lamberterie, Dominique Bona montre ici combien "elle est une grande auteure"

"Ce qui est fascinant, c'est que ce milieu épouvantable est épouvantable aussi avec Jacqueline de Ribes. C'est ça que je trouve intéressant. Parce que, effectivement, si on est trivial, on peut dire que Jacqueline de Ribes est née avec une petite cuillère d'argent, avec une ménagère entière et une louche dans la bouche ! Mais elle a passé sa vie à se fabriquer des déguisements. 

Finalement, ce n'est pas très intéressant, mais c'est là où Dominique Bona est vraiment une très grande auteure car elle transcende tout ça en expliquant d'abord l'horreur de ce milieu. 

Je trouve que la peinture que Dominique Bona fait de ce milieu est extraordinaire

Jean-Louis Ezine salue "une performance éblouissante" 

La chose est énorme : 520 pages. Elle se lâche à la page 521, où elle dit, en parlant de Jacqueline : "elle appartient à un monde aristocratique qui paraît, comme l'a montré Proust, étrangement vide car il tourne autour de lui-même comme une planète perdue". C'est magnifique…

Dominique Bona est un grand écrivain

On se demande pourquoi cette performance de la part de Dominique Bona, qui a consacré des essais magnifiques à Camille Claudel, à Colette, à Berthe Morisot ? Eh bien parce que, là, on tient le livre jusqu'au bout mais, en même temps, c'est sur une évanescence, sur un personnage qui n'a pas vécu". 

Frédéric Beigbeder salue "un roman Fitzgeraldien sur une aristocratie française"

"C'était faire la bio à la fois d'un fantôme et d'une vanité. C'est un fantôme qui veut quand même exister. C'est un hologramme qui voudrait avoir une personnalité. Au fond, ça me fait penser que Jacqueline de Ribes, c'est l'ancêtre d'Instagram. Dominique Bona appelle ça "le théâtre de soi". Ce qu'elle a inventé, c'est cette envie narcissique d'exister sans avoir de raison, sans travailler, sans faire autre chose qu'être.

Intéressant aussi est le portrait des parents, de Jean de Beaumont, détestable coureur, chasseur, frimeur qui n'aimait pas sa fille et sa mère. 

En fait, il n'y a qu'un personnage séduisant dans le livre, c'est le grand-père Olivier de Rivaud. Il était très séduisant, très riche en exploitant le caoutchouc de nos colonies sans jamais y mettre les pieds. Il fait fortune sans même se déplacer là-bas. Il faut le voir comme un roman Fitzgeraldien sur une aristocratie française, mais qui n'est toujours pas disparue, qui est toujours là et qui a encore de l'argent".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Divine Jacqueline" de Dominique Bona

9 min

📖  LIRE - Dominique-Bona : Divine Jacqueline (Gallimard)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

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