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CRITIQUE - "Dégoûtant, nul, de mauvais goût, fabriqué", le Masque atomise "Kérozène" de Adeline Dieudonné

L'écrivaine Adeline Dieudonné, avril 2021
L'écrivaine Adeline Dieudonné, avril 2021
© AFP - KENZO TRIBOUILLARD

Après son 1er roman "La vraie vie" (prix Renaudot des lycéens 2018), Adeline Dieudonné a souhaité interroger le sens de l’existence à l'aune des absurdités de notre époque. Un second roman pas été épargné par les critiques du Masque & la Plume qui déplorent un livre "de très mauvais goût", "nul", "forcé" et "idiot".

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Le deuxième roman de la jeune Belge dont le premier "La vraie vie" en 2018, avait opposé assez sèchement les critiques du Masque et la Plume et connu un grand succès : 300 000 exemplaires vendus, 21 traductions et une moisson de prix littéraires, dont le Grand Prix des lectrices de Elle

Première phrase de Kérosène qui se passe dans les Ardennes : "23h12, une station service le long de l'autoroute. Une nuit d'été. Si on compte le cheval, mais qu'on exclut le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise, parmi lesquelles une vieille dame venue de la forêt, un couple de gynécologues, une mannequin qui a la phobie des dauphins, un représentant en acarien, "un pirate de la drague", une prof de pole dance accro à Insta et dont le coffre est plein, une nounou philippine et puis le cheval doué de parole et dont la vie n'a pas été une sinécure". 

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Roman assez cruel, parfois drôle, qui ressemble plus à un recueil de nouvelles qu'à un roman.

Olivia de Lamberterie : "Un livre dégoûtant, ni fait, ni à faire"

"C'est un livre qui m'a mis très en colère. J'avais trouvé que le premier était intéressant, car elle avait une manière de captiver son lecteur. Elle avait de l'allant, de l'élan. Là, j'ai trouvé que c'était une purge intergalactique. J'ai trouvé que c'était ni fait, ni à faire. 

D'abord, c'est très très mal écrit. On a soulevé ici le problème des "c'est" et il faudrait soulever le problème du "qui" qui, d'ailleurs, devrait souvent être remplacé par un "dont". Il y a un problème quant à la forme générale du livre car ce sont des nouvelles qui sont artificiellement rassemblées en une sorte de roman qui ne tient pas debout. Cette forme ne marche pas… L'écriture ne marche pas…

Sur le fond, c'est un livre dégoûtant. J'ai eu envie de prendre une douche après l'avoir lu !

Ça ne m'était pas arrivée depuis des vieux James Ellroy, qui lui avait du talent. Ce sont uniquement des personnages mus par des mauvais sentiments dont on ne sait pas pourquoi. Pourquoi cette femme, tout d'un coup, tue son mari ? On n'en sait rien. Le comble de l'horreur est atteint avec une nouvelle d'une jeune esthéticienne. Elle se répand pour raconter une épilation intégrale, c'est déjà dégoûtant. Et après cette jeune femme est invitée dans une famille de gynécologues, c'est ignoble…" 

On n'y croit pas une seconde. Pourquoi est-ce qu'on a publié ce livre ? C'est une espèce de flaque de vomi.

Arnaud Viviant : "Un livre totalement nul et de très mauvais goût"

"Là, ce n'est plus du tout enfantin, elle aime peut-être beaucoup trop les "qui" mais alors, qu'est-ce qu'elle aime le kiki aussi ! 

C'est quand même un truc sur le cul mais du début jusqu'à la fin.

Il faut y aller avec l'histoire du flipper. C'est le dauphin qui fait flipper : raconter un viol d'une jeune fille de 10 ans par un dauphin, il faut y aller… Le problème, c'est que, effectivement, sur la forme, c'est totalement nul. C'est encore une fois la manière de ne pas respecter le style de la nouvelle dans ce pays, car on considère que la nouvelle, ça ne se vend pas donc on fait semblant de transformer ça en un roman avec un truc qui ne fonctionne pas. Le thème de la station service qui fait que toutes ces histoires nous apparaissent comme un bloc. C'est là où ça ne fonctionne pas du tout. 

Tout est de très mauvais goût.

Il y a un côté parfois Blanche Gardin à l'écrit et une espèce de mauvais goût".

Frédéric Beigbeder regrette "une écriture forcée qui tente d'être camouflée par du trash"

"C'est bizarre parce que, moi, je n'ai pas aimé, mais pas du tout pour les mêmes raisons que vous. Il est important de rappeler que s'il y a du sexe, du cul, que c'est dégoûtant, que c'est de mauvais goût, que c'est trash et que les personnages n'ont pas de bons sentiments, ça peut donner des chefs d'œuvre ! 

Mais là, on sent que c'est forcé. Je pense qu'elle rajoute du trash pour s'encanailler et au final, ça donne un côté fabriqué. 

N'est pas Virginie Despentes qui veut et il n'y a pas de honte à être la nouvelle Anna Gavalda.

C'est peut-être là qu'elle se situe. Il faut juste l'assumer. Ce sont des micro-fictions dans lesquelles elle essaie de rattraper ses personnages. 

Ce qui me choque aussi, c'est que c'est complètement plagié sur "Chronique d'une station-service" d'Alexandre Labruffe, qui avait eu cette idée il y a trois ans, de situer tout son livre dans une station-service. Franchement, sur le fond, c'est un truc qui a déjà été fait. 

Et puis ce moment où elle compare Central Park à "une techat bien taillée"…

Jean-Louis Ezine : "C'est "un livre qui rend idiot, salit et fout des allergies…"

"Moi, je n'ai pas lu son premier roman, mais je partage votre déception. On parle beaucoup, à propos des vaccins, d'effets indésirables. Mais je pense que la lecture de certains ouvrages provoque aussi des effets indésirables et qu'il faudrait peut-être préciser, dans une notice, quand est-ce qu'un livre rend con. 

Ce livre rend idiot, il te salit, il te fout des allergies.

Cette histoire de vomi n'a rien à voir avec le vomi littéraire, tel que Boris Vian, dans "L'écume des jours". J'ai horreur des romans qui commencent par 23h12, alors qu'il pourrait être 14h13 ou une autre heure, ça serait pareil. 

C'est émouvant comme ces dessins d'enfants qui font leur premier bonhomme.

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Kerozene" d'Adeline Dieudonné

9 min

📖  LIRE - Adeline Dieudonné : Kérozene (Éditions Iconoclaste)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧  Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre