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Critique - "Falling" : pourquoi le film de Viggo Mortensen n'est-il pas une si grande réussite ?

Les acteurs Lance Henriksen et Viggo Mortensen dans le film "Falling" (2021)
Les acteurs Lance Henriksen et Viggo Mortensen dans le film "Falling" (2021)
- Caitlin Cronenberg

C'est le tout premier film, comme réalisateur, de Viggo Mortensen ("Le seigneur des anneaux") avec lui-même dans le rôle d'un fils qui recueille son père très malade, en pleine dégénérescence incarné par Lance Henriksen (Alien). Une relation père/fils laissant aussi transparaître le portrait d'une Amérique duale.

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Deux médecins proctologues,  John Petersen (Viggo Mortensen) et son mari Eric (Terry Chen), vivent en Californie, où ils ont adopté une petite fille. Le couple est contraint de recueillir, telle une antichambre de la maison de retraite, Willis, le père très malade, de John, venu de l'Ontario rural puisque c'est à la fois Alzheimer et un cancer. Il entre dans ce qu'on pourrait appeler une forme de démence sans cesser pour autant d'être homophobe, raciste, ultra réactionnaire. C'est dire que la cohabitation ne va pas être facile avec ce vieux père qui éructe, insulte, délire…

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Camille Nevers regrette que "le film finisse par s'enliser alors qu'il avait tout pour charmer le spectateur…"

Dans Libération, elle écrit que "la seconde partie était la parodie plombante de la première" : 

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CN : "Pourtant, la première vaut le coup. Je suis tombée de haut. Le film s'appelle "Falling", mais, réellement, la première partie m'a totalement conquise. J'étais prête à écrire un papier presque dithyrambique et, à la 56e minute, soit pile à la moitié de la séquence, avec la sœur et le reste de la famille qui débarque, je trouve la scène totalement à côté et on se dit que, peut-être, à ce moment-là, il va enfin y avoir un déclic, que le film va passer la deuxième, la troisième, la cinquième, une vitesse, et non… Au lieu de ça, on a un personnage de vieux connard - au point que je voulais même titrer mon papier La soupe au connard, mais je pense que ça ne serait pas passé parce qu'il y a toute une histoire avec un canard qui tue un gamin dans les flash back. Au bout de la 56e minute, il y a cette espèce de scène qui s'ensable avec la sœur. Tout le monde reste comme un lapin à regarder ce vieux en train de sortir ses insanités. Et il ne se passe rien… 

Sauf qu'on attend, bien sûr, la scène où, enfin, Viggo Mortensen va se rebiffer contre le paternel après moult flashs back. Mais quand ça a lieu, on s'en fiche un petit peu, c'est déjà plombé. C'est un peu comme si c'était la scène qu'il fallait faire, mais qui retombe un peu…

Je ne comprends pas pourquoi ce film s'enlise à ce point alors qu'il avait vraiment tout pour avoir un charme que Viggo Mortensen a comme comédien.

Moi, je suis pour et à fond les films réalisés par des comédiens. Il y a des très beaux films de comédiens qui sont peut-être uniques et qui resteront uniques. Je pense que, lui, a mis beaucoup de lui, quelque chose de très personnel, ça se sent, mais je ne comprends pas, à un moment donné, cette passivité et cette répétition qui deviennent une sorte d'auto-parodie, pour la deuxième partie…"

Pour Xavier Leherpeur, "c'est psychanalytique, d'une lourdeur absolue…"

"Il a tout intérêt à signaler que c'est très personnel parce que, à l'écran, sorti du contexte, sorti de la signature de Viggo Mortensen, je ne pense pas qu'on aurait jeté un œil à ce drame familial extrêmement programmatique et très prévisible

Ça n'a aucun intérêt.

C'est un premier film, certes, mais je n'ai même pas eu droit à cet état de grâce. Dès la première séquence, quand la mère ramène l'enfant le cul bordé de merde et que le père le surveille en se plaignant que ça pue, en disant à l'enfant qu'il est désolé de l'avoir mis au monde parce qu'il va crever"… et que l'enfant ne se met à pas pleurer… Là, je me suis dis attention à la psychanalyse à deux balles, pachydermique. Tout le film est comme ça… 

C'est une sorte de millefeuille temporel à la Kenji Mizoguchi, mais sans le talent du cinéaste japonais.

Chaque fois qu'il y a un élément dans le présent, on a un saut dans le temps. Par exemple, on verse un verre d'eau et hop, tout de suite, on voit la petite cascade qui courait derrière la maison quand il était enfant et qu'il jouait. À ce moment d'écriture, de lisibilité, de surlignage, ça n'est plus possible… 

Jamais il ne laisse de liberté au spectateur de se faire sa propre histoire. C'est psychanalytique, d'une lourdeur sans nom.

Viggo Mortensen n'est pas homosexuel, mais il a pour la communauté LGBT le plus grand respect. Mais il faut voir comment il nous dessine… Évidemment, dès le matin au petit déjeuner, nous faisons des bouquets… Évidemment il a voté Obama… Le dimanche ou le samedi, on va en famille voir des expositions de peintres cubiques… 

C'est bienveillant, c'est précautionneux, c'est lourdingue.

La grande question c'est : est-ce qu'on note l'intention ou est-ce qu'on note le film ? Est-ce qu'on juge la manière dont il est décrit et filmé ? Je suis désolé mais je trouve ça d'une lourdeur absolue…"

Pour Charlotte Lipinska "le film n'est pas si inintéressant qu'il en a l'air"

"Je ne suis pas aussi sévère que mes camarades parce que je trouve que, finalement, au-delà de cette relation filiale extrêmement conflictuelle, Viggo Mortensen parle de son pays. Il nous dresse le portrait d'une Amérique profondément divisée et fracturée avec le père, c'est l'Amérique homophobe, réactionnaire, misogyne, c'est terrible

Et, de l'autre, son fils, beaucoup plus progressiste, ouvert, libéral, de la côte californienne. 

Entre ces deux parties quand le dialogue n'est plus possible, qu'est-ce qu'on fait ? Le film n'arrête pas de poser cette question : comment on fait pour aimer quelqu'un qui ne vous aime pas, pour maintenir un dialogue. Est-ce qu'on répond à la violence par la violence ? Le père est extrêmement violent verbalement. On sous-entend qu'il a même été violent physiquement dans les flashs back. 

Effectivement, on est un peu embarrassé par la paralysie du fils face à lui, qui n'arrive pas à véritablement lui répondre. On n'a qu'une envie, c'est de le secouer et de lui dire de foutre une claque à son père. Mais, en même temps, on sent qu'il y a, chez lui, un reste d'amour qu'il va chercher au plus profond de lui et qu'il ne sait pas comment répondre à cette agressivité permanente. En ça, je trouve ça assez intéressant. 

Évidemment que Viggo Mortensen pousse les curseurs de l'antagonisme un peu loin dans ces deux pôles pour nous montrer cette division. 

Ce n'est pas si inintéressant que ça.

Quant à Lance Henriksen, il est dément. Je le trouve très très fort".

Si pour Eric Neuhoff "le film ne livre rien de nouveau", il estime que "c'est un film à voir un week-end en famille"

"C'est un film terriblement classique. Ce n'est pas forcément une insulte, car c'est assumé dans le film. 

C'est le brave premier film à l'ancienne, avec un personnage avec qui, dans la vie, on ne passerait pas cinq minutes mais qui, sur un écran, fait un personnage formidable : le vieux réac, ce vieux lion déplumé qui est à la fois pathétique et odieux. C'est une preuve que la maladie d'Alzheimer est une invention puisqu'il n'a rien oublié du tout : il est homophobe, raciste, misogyne… 

C'est le fils qui a Alzheimer, apparemment, il a tout oublié malgré les flash back, il pardonne tout. Mais Viggo Mortensen est assez bon dans le rôle de ce pauvre fils qui est au-delà de la déception et de la douleur. Il ne sait plus quoi faire. La barque est un peu chargée : le vieux réac est interprété par Lance Henriksen qui jouait dans la saga Alien. Mais, là, c'est lui le monstre dans le film et on ne le sauve pas beaucoup.

Il y a toutes les scènes attendues, avec des retours en arrière extrêmement prévisibles. La scène de repas familial, on l'a vu mille fois, mais une fois de plus, ce n'est pas si grave que ça. C'est un film tout à fait visible pour un week end en famille, à condition de bien s'entendre et que le père soit peut-être déjà dans un hôpital pour soigner sa maladie".

Le film 

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"Falling" de Viggo Mortensen

8 min

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