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CRITIQUE - "James et Nora" d'Edna O’Brien est "une prouesse littéraire" pour Le Masque & la Plume

L'écrivaine Edna O'Brien, septembre 2016
L'écrivaine Edna O'Brien, septembre 2016
© AFP - Leonardo Cendamo / Leemage

L'auteure signe un bel hommage à James Joyce, qui lui aura transmis la passion de la littérature, en même temps que son sens du langage et sa vie sentimentale avec Nora Barnacle. Un texte qui a exalté sinon époustouflé les critiques du Masque & la Plume !

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Un texte de 90 pages traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat qui, d'ailleurs, signe une très bonne postface. C'est le portrait du couple James Joyce et Nora Bernacle, une fille de la campagne originaire de Galway, que l'écrivain a rencontrée à Dublin en juin 1904, la date exacte où commence l'action de son roman "Ulysse". Nora est femme de chambre dans un hôtel. Le couple va partir pour Zurich puis Trieste, aura deux enfants, une vie sexuelle "flamboyante", connaîtra la misère, traversera des crises violentes. Il faut rappeler qu'un ami de James Joyce lui a fait croire qu'il avait été l'amant de Nora. Mais n'empêche qu'ils resteront ensemble jusqu'à la mort de Joyce, en 1941. Et on voit bien que Edna O'Brien a beaucoup puisé dans les brûlantes "Lettres à Nora" qu'on trouve toujours, tant elles sont incroyables dans la collection de poche des éditions Rivages. 

Michel Crépu "impressionné par une écriture réaliste et modeste"

"Quant à ces lettres qui avaient été publiées à l'époque, dans Tel Quel, à la fin des années 80, elles sont tout à fait étonnantes. J'ai gardé un souvenir très étonnant de cette lecture et, ce qui est frappant tout autant que passionnant, c'est que je ne pensais pas que Edna O'Brien pouvait être aussi ferrée sur James Joyce, car son univers romanesque n'est pas "joycien". Le texte va très bien avec la postface de Pierre-Emmanuel Dauzat. C'est une très belle façon de donner à lire une écriture portée sur l'érotisme, et imaginer la réalité du sexe". 

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Un livre très impressionnant, extraordinaire tout en restant modeste.

Arnaud Viviant salue "un texte absolument parfait qui repose sur le langage" 

"Durant la dernière émission, on parlait, à propos de Milan Kundera, des femmes d'écrivains, eh bien voilà, ici, une femme d'écrivain extraordinaire. Nora, elle, n'est absolument pas dévouée à son mari écrivain. Elle est dévouée à James, elle est la seule à pouvoir l'appeler Jim, elle n'a pas lu son œuvre "Ulysse". D'ailleurs, lui, était furieux, à tort. Ce rapport-là est incroyable et, en même temps, elle l'a suivi dans cet exil. 

Ils ont été pauvres comme des pierres. Elle détestait l'Italie et repensait tout le temps à son Irlande natale. Pourtant, elle est restée folle amoureuse et lui était fou amoureux d'elle. 

Il y a vraiment une magnifique histoire d'amour. Le texte de Edna O'Brien est absolument parfait parce qu'il parle non pas de Joyce, ou de cet amour mais de la langue.

Il ne se défie pas du langage, au contraire, il est dans un érotisme pluri-linguistique et elle va rechercher des mots, à la fois dans "Ulysse" mais surtout dans Finnegans Wake (1939). Le texte est très beau parce qu'il est Joycien dans son essence. Il est très court et, surtout, c'est très érotique.

Il y a une histoire magnifique, que raconte Dauzat : comment le dernier mot de "Ulysse", qui a été inspiré par Erik Satie dont le traducteur français était proche". 

C'est une très très belle histoire !

Olivia de Lamberterie l'a trouvé "aussi beau qu'exaltant !"

"C'est un exercice d'admiration parce que, moi, pour avoir beaucoup lu Edna O'Brien, que j'adore, James Joyce, c'est vraiment l'écrivain qui lui a donné la liberté de devenir elle-même écrivaine. Rien n'était écrit dans le destin pour qu'elle devienne cette immense auteure. 

Il y a quelque chose de l'ordre de la gratitude dans ce texte, et puis quelque chose de l'ordre du mimétisme : elle marche dans ses pas, dans ses phrases… 

Je trouve qu'il y a quelque chose de très exaltant.

Et puis, il y a la misère : elle raconte extrêmement bien comment les dents pourrissent, comment son âme pourrit, comment ils dorment tête-bêche. 

Après, c'est vraiment l'histoire éternelle de l'homme qui tombe amoureux d'une femme qui n'est pas son genre. Et la question, et je trouve que Edna O'Brien pourrait presque se mettre dans la peau de Nora pour faire un autre roman, c'est : est-ce que lui était son genre ? On ne saura jamais puisqu'elle se soumet à toutes ses fantaisies érotiques voraces, mais elle ne comprend rien à cet homme. C'est absolument stupéfiant". 

C'est très, très beau.

Pour Patricia Martin, "c'est une prouesse littéraire"

"C'est très beau et surtout époustouflant ! 

C'est une prouesse littéraire : avoir compris tellement de choses et le dire en si peu de pages. 

Cette femme a ramené James Joyce à sa condition d'homme de chair. Il y avait tout pour l'entraver, car cet homme, au fond, n'a vécu peut-être que pour ses enfants. D'ailleurs, il a décidé de se marier avec elle, pratiquement pour les enfants. Je crois qu'il y a là certainement une vérité à trouver. 

Elle, il lui permet quand même d'être… Ils sont à pied d'égalité. Ce n'est pas un amour à la Arthur Miller et Marilyn Monroe, avec l'un qui méprise l'autre. Je trouve qu'il y a beaucoup de considérations de parts et d'autres". 

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"James et Nora" d'Edna O’Brien

9 min

📖  LIRE - "James et Nora" d'Edna O’Brien (éditions Sabine Wespieser)

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