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CRITIQUE - "Judas and the Black Messiah" de Shaka King : les avis partagés du Masque & la Plume

Photographie extraite du film "Judas and the Black Messiah" avec à l'affiche Daniel Kaluuya dans le rôle de Fred Hampton
Photographie extraite du film "Judas and the Black Messiah" avec à l'affiche Daniel Kaluuya dans le rôle de Fred Hampton
- Warner

Shaka King signe le biopic de Fred Hampton (incarné par Daniel Kaluuya, meilleur acteur 2021 dans un second rôle) leader du mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine des Black Panthers. Le film raconte la trahison de l'un de ses proches, William O'Neal, recruté par le FBI comme indic.

Le film présenté par Jérôme Garcin

Le deuxième long métrage qui a été nommé dans cinq catégories phares aux Oscars et qui a valu à Daniel Kaluuya l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. 

Un film produit par Ryan Coogler, le réalisateur de Black Panther. On est à la fin des années 60, à Chicago, un petit voleur de voiture, Bill O'Neill qui est joué par LaKeith Stanfield, accepte, en échange d'une remise de peine, de collaborer comme informateur avec le FBI d'Edgar Hoover, joué par Martin Sheen, qu'on a du mal à reconnaître. O' Neal est chargé d'infiltrer le Black Panther Party et de serrer de près Fred Hampton, le jeune leader du parti dans l'Illinois et orateur charismatique, à qui on donne à tout bout de champ, du président, du président, du président. Hampton dénonce les violences policières commises contre la communauté noire à une époque où le FBI considérait les Black Panthers comme la plus grande des menaces pour la sécurité nationale. Il allait, Fred Hampton, être assassiné pendant son sommeil en décembre 1969, à l'âge de 21 ans, par les agents du FBI. C'est la scène finale, meurtre commis grâce aux infos données par le traître, par O'Neill, qui se suicidera, après avoir trahi, puisque le film s'ouvre et se ferme par de vraies images d'archives. 

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Film dans lequel on réentend le glaçant cri de guerre de Hampton : "tuez quelques flics vous serez un peu satisfaits, tuez les tous et vous serez totalement satisfait".

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Pour Charlotte Lipinska, le film est "trop sage" et "manque d'enjeu émotionnel"

CL : "C'est très curieux parce que je ne trouve pas ça honteux, c'est relativement bien foutu. Il y a une limpidité dans la narration. C'est assez didactique. C'est très classique. C'est bien fait. Mais ça reste très sage, il n'y a d'aspérités et, dans le titre, on se place immédiatement dans un double point de vue : Judas et le Messie noir. On a, à la fois, le point de vue du traître et celui de Hampton. 

Le problème, c'est qu'il y en a un des deux qui est quand même beaucoup plus fort que l'autre. À mon sens, c'est Hampton, que ce soit du point de vue du chemin du personnage que par l'acteur qui l'incarne. Daniel Kaluuya dégage énormément de choses. Alors que son camarade, lui, est totalement transparent, superficiel. 

Par ailleurs, il y a un gros problème dans la construction du film, qui s'ouvre sur des images d'archives qui sont placées dans ce qui se fasse après ce qu'on nous raconte, ce qui fait que tout le film est en flash back. 

Dès le début, on sait ce qui va se passer pour les protagonistes, ce qui fait que si on ne connaît pas l'histoire, on n'a pas vraiment peur pour lui puisqu'on sait qu'il va témoigner des années après. Et malgré ça, avec la fin, avec encore ces images d'archives, je suis stupéfaite par l'idée que 45 secondes d'images d'archives soient plus fortes que deux heures de film. Notamment du point de vue du témoignage final de O' Neal où on sent toute l'ambivalence, toute la complexité et le déchirement interne qu'il a pu ressentir. On a tout cela en quelques secondes et ça n'est absolument pas retranscrit durant le film". 

Le film manque d'enjeu émotionnel…

Malgré "quelques soucis de mises en scènes", Nicolas Schaller a trouvé le film "intéressant"

NS : "Je trouve le film intéressant. Un film qui provoque une sorte de cinéma engagé, avec des codes et des canons de la série d'aujourd'hui, mais sans son efficacité et sa puissance. Les images d'archives au début et à la fin, sont très intéressantes. C'est vraiment un film sur les deux facettes de l'identité afro-américaine. Cette espèce de fierté de combat aussi qu'incarne formidablement bien Kaluuya. 

Et c'est effectivement l'acteur LaKeith Stanfield qui joue, la soumission et la culpabilité, tant il se fait acheter par le biais de ces deux faces-là que je trouve intéressantes. Et, malheureusement, l'autre acteur est beaucoup moins bon. 

Il y a des problèmes de mise en scène et on sent les attentions de jeu, on a parfois l'impression qu'il joue pour la caméra. Sa manière de montrer la culpabilité est un peu maladroite. Le film, dans ce refus de choisir, il y a une forme de d'ambiguïté, de complexité qui se fait jour. La figure d'Hoover est fort intéressante qui, pour moi, incarne vraiment la menace que représentait Trump : cette espèce d'Amérique blanche réactionnaire, et s'avère être le vrai terroriste de l'histoire. 

Je trouve très intéressant la manière dont le film montre comment la violence et cette menace sont diffuses et comment elles finisent par détruire toute velléité progressiste et de revendication des Black Panther et autres".

Xavier Leherpeur a appris énormément de choses 

C'est un devoir de mémoire salutaire, indispensable, passionnant !

XL : "Je ne connaissais pas le personnage, j'ai appris énormément de choses. Je trouve que la première partie du film est extrêmement intéressante parce qu'elle raconte comment ce type a réussi, non seulement, à pacifier la guerre des gangs dans les ghettos blacks mais il a aussi réussi à les fédérer derrière sa bannière révolutionnaire maoïste. 

Parce que le seul grand crime qu'on a amputé à Hampton, c'est non seulement d'être noir, mais d'être en plus communiste. C'est plus une révolution prolétaire, car il va rallier des blancs suprémacistes à un moment où on les voit lors d'une discussion d'un forum, avec une scène incroyable. Il était en train, par ce mouvement de révolte purement prolétaire, ouvrière, de fédérer des gens. D'où la grande peur, effectivement, du FBI. 

On voit quand même des personnages féminins immergés. On en connaît certaines, mais pas toutes, et il faut saluer aussi la manière dont les Noirs ont vengé la place de la femme dans la société américaine de l'époque. On se dit que, chouette il y a énormément de gens.

Ça aurait donné une série absolument formidable parce que, il y a un moment, il faut quand même tenir deux heures, que le scénario va édulcorer et insister sur le face à face entre les deux hommes. L'un est très bon comédien, l'autre ne l'est pas du tout. Le film devient très manichéen, avec des oppositions systématiques. Avec ce personnage de traitre que l'acteur a du mal à jouer. On a même l'impression que le comédien ne veut pas jouer un traître à la couleur de sa peau et à la communauté à laquelle il appartient. Il n'est jamais complètement dans le rôle qu'on lui prête. 

Les gens du FBI sont très très caricaturaux dans leur méchanceté, même dans leur apparence. Ils ont trouvé un acteur un peu rond , utilisé comme une espèce de blanc suave, un peu rondouillard (Martin Sheen)".

Jean-Marc Lalanne c'est "un très beau film qui dégage une puissance de cinéma très exaltante"

J-M L : "C'est un très bon film, extrêmement réussi dans toutes ses constituantes. Je trouve tous les acteurs excellents, y compris celui qui joue le personnage de Judas. 

J'aime beaucoup aussi la complexité, la méticulosité, le soin avec lequel le film va vraiment dresser un contexte. Il y a un côté extrêmement documenté très didactique et dialectique sur ce que c'était que l'Amérique des années 1969 qui, en plus, est vraiment érotisée par une direction artistique que je trouve magnifique. 

Quand on voit le film, on se dit qu'il n'y a rien de plus intense et séduisant que de vivre aux États-Unis en 1969, car le film crée un monde sensible extrêmement désirable sans oublier bien sûr la très grande violence sociale de l'époque. Mais, précisément, la mise en scène dit le contraire de ce que dit le scénario sur la violence du contexte. 

Le film crée vraiment un monde extrêmement séduisant comme expérience sensible

Tout est beau dans le film et restitué avec une puissance de cinéma extrêmement exaltante"

Le film

▶︎ Disponible en VOD sur MyCanal

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"Judas and the Black Messiah" de Shaka King

9 min

► Retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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