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CRITIQUE - "L’Homme de Césarée" de Françoise Chandernagor : les critiques du Masque & la Plume

L'écrivaine Francoise Chandernagor vient de sortir le troisième tome de sa saga "La reine oubliée" : qu'en pense le Masque & la Plume
L'écrivaine Francoise Chandernagor vient de sortir le troisième tome de sa saga "La reine oubliée" : qu'en pense le Masque & la Plume
© Getty - Frederic SOULOY / Contributeur

L'écrivaine, membre de l'académie Goncourt, vient de sortir son tout nouveau roman historique. C'est le troisième opus de sa saga "La reine oubliée" consacrée à Cléopâtre Séléné II, après "Les Enfants d'Alexandrie" et "Les dames de Rome". Dans l'ensemble, les critiques ont salué le style atypique de l'auteure.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Après "Les Enfants d'Alexandrie" et "Les Dames de Rome", voici le troisième volume de la saga, consacré à la princesse Séléné, la fille de Cléopâtre et de Marc Antoine, exilée d'Egypte, élevée à Rome. En l'an 19 av J.-C, elle devient, sur l'ordre de l'empereur Auguste, la femme du roi de Mauritanie, le beau Juba II, qui règne sur un immense pays constitué aujourd'hui de l'Algérie et du Maroc. C'est à Césarée qu'ils vont fonder une dynastie, construire des monuments pharaoniques et préserver la souveraineté de la Mauritanie au sein de l'Empire romain. 

Il reste à Françoise Chandernagor d'écrire un quatrième et dernier volume, pour 2022.

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Michel Crépu salue l'aisance de l'auteure à retranscrire simplement la complexité de l'histoire 

MC : "C'est là où tu t'aperçois que la vie est courte, que la grande Histoire avec des empereurs, avec des éléphants, avec toutes sortes de choses extraordinaires, n'est en réalité rien d'autre qu'une histoire de famille. L'Histoire, c'est une histoire de famille et, ici, ce n'est que ça

Françoise Chandernagor réussit cet exploit incroyable de comprendre quelque chose à cette histoire d'une complexité effarante. Elle réussit à retrouver la courroie de transmission qui permet de revenir à l'air libre après un séjour dans cet univers complètement fou, où les gens s'entretuent sans arrêt. L'histoire de l'Antiquité romaine est quelque chose d'une violence inouïe dont on n'a pas idée. 

Ce qui m'a frappé à la lecture, c'est cette espèce d'aisance qu'elle a à faire les connexions, à reconstituer des choses absolument incroyables dans l'histoire.

La seule chose qui manque à ce livre, c'est de faire sentir au lecteur le temps disparu, le lointain. Là, c'est un autre monde et je trouve qu'elle le connaît admirablement bien, elle le montre et le décrit très bien. Mais il n'y a pas cette espèce de grain du temps.

Elle est trop gourmande d'histoire : quand tout le monde s'en va, quand on est crevé et qu'on veut passer à autre chose, elle, reste et a encore des dizaines de trucs à raconter". 

Le roman historique "de gare" n'est pas "la tasse de thé" de Frédéric Beigbeder

FB : "Ce n'est pas du tout ma tasse de thé, ce genre de roman historique. Je me suis forcé pour faire plaisir à Jérôme… En plus, c'est le tome trois d'une saga dont je n'ai pas lu les deux premiers tomes. 

C'est moins bien que Salammbô, mais c'est mieux que les œuvres de Christian Jacq. C'est moins bien que Cecil Saint-Laurent mais mieux que Max Gallo

La fille est plutôt sexy : c'est une sorte d'Angélique marquise des anges, on la force à se marier avec un Berbère viril, elle finit par le désirer, mais lui ne veut pas coucher avec sa femme, trouvant cela dégoûtant. J'ai trouvé ça assez marrant. 

C'est un peu du roman de gare

Ce que je trouve bizarre, c'est que, avec toute la connaissance historique de Françoise Chandernagor, les personnages n'ont pas beaucoup d'épaisseur. Les monuments, les lieux archéologiques, oui, mais pas les personnages…"

Olivia de Lamberterie a "adoré"

OdL : "Ce n'est pas du tout ma tasse de thé et pourtant j'adore. J'ai l'impression de voir un film ou de voir Game of Thrones, parce qu'elle a une sorte de gourmandise pour raconter son histoire. Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'elle est tombée amoureuse de Juba II. Elle l'adore, il est beau, c'est un intellectuel, un artiste.

Il y a l'histoire de cette fille. Et ce qui est beau, c'est que cette fille de Cléopâtre a une dame pour lui porter son éventail, une dame pour lui masser les pieds, une autre pour lui masser la tête : elle a tout… mais c'est une petite fille effrayée qui déteste le noir. La nuit de noce est formidable. 

La question que pose ce roman, c'est comment cette petite fille, effrayée par les horreurs qui se sont passées dans sa famille, va devenir une femme entreprenante.

Après, le reste, ça prend la forme de Le Parrain, notamment avec cette note d'humour où elle dit que Auguste, c'est comme Don Corleone, c'est une famille où on arrache les enfants aux femmes pour les donner à leur père. Leurs enfants deviennent leurs frères, on répudie des malheureuses qu'on va faire épouser à des gens alors qu'elles sont enceintes. 

C'est une sorte de famille monstrueuse dont elle dit que, dans deux générations, ils seront tous fous

Jean-Louis Ezine s'est laissé convaincre par le style de Françoise Chandernagor

JLE : "Je suis d'accord sur l'humour. D'ailleurs, il y a des scènes de bataille avec des éléphants. Elle explique que l'éléphant est "le blindé de l'époque", ce qui a d'ailleurs deux inconvénients majeurs : c'est un blindé émotif et qui ne distingue pas ses amis de ses ennemis. Il y a des scènes d'Etat-Major sur la confusion des batailles qui sont assez drôles. 

Cette évocation figure dans un récit que Juba II fait, à sa princesse, de sa vie d'avant. 

On est quand même à la limite de l'anachronisme mais c'est pour répondre sur cet anéantissement du temps de manière complètement assumée 

Juba II n'a pas pu dire à Séléné que "l'éléphant est le blindé de demain" mais Chandernagor s'en fout complètement et elle a raison. Il y a des choses étonnantes".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"L’Homme de Césarée" de Françoise Chandernagor

8 min

📖  LIRE - L’Homme de Césarée de Françoise Chandernagor (Albin Michel)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

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