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Critique - "Le Roman de Jim" de Pierric Bailly est-il l'un des meilleurs romans de cette année ?

Pourquoi "Le Roman de Jim" de Pierric Bailly a totalement conquis les critiques du Masque & la Plume ?
Pourquoi "Le Roman de Jim" de Pierric Bailly a totalement conquis les critiques du Masque & la Plume ?
© Maxppp - LE PROGRES

Aymeric s'attache, comme un père et son fils, à Jim, l'enfant d'une amie avec qui il a renoué. Jusqu'à ce que le père biologique du garçon resurgisse. Le personnage de Pierric Bailly fera tout pour ne pas s'en séparer. Un roman qui a émerveillé les critiques du Masque, unanimes !

Le livre présenté par Jérôme Garcin

C'est son sixième roman et on lui doit plein de beaux livres, dont celui sur son père, "L'homme des bois". 

Ici, il fait le portrait d'un garçon un peu sauvage dans le Jura, Aymeric, qui s'accommode très bien de la précarité, qui est un gage, selon lui, de liberté. Précarité dans le boulot comme dans sa vie sentimentale, jusqu'au jour où il retrouve, un soir de concert, une ancienne collègue de casino où il était employé précaire, Florence, de 15 ans son aînée. Florence qui est séparée de son mari, mais porte depuis six mois son enfant. 

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Et quand le petit Jim vient au monde, Aymeric devient fou de ce môme, il le considère comme son fils. Il va l'élever pendant dix ans. Et puis, un matin, Christophe, le père biologique, réapparaît, brisé par la mort de sa seconde femme et de leur enfant dans un accident. Florence lui ouvre la porte. La suite est un vrai mélodrame revendiqué par Pierric Bailly. 

Un mélo sans outrance, sans emphase, que j'ai trouvé déchirant.

Il joue cela à fond, mais dans un milieu tellement âpre, rarement raconté, de ces lieux, de ces boutiques d'Intermarché et compagnie. 

Pour Arnaud Viviant, c'est "l'un des meilleurs romans qu'il ait lu depuis longtemps"

"Je l'ai trouvé absolument magnifique. D'ailleurs, deux fois, j'ai eu la larme à l'œil. Ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps. La dernière fois, c'était "La Route" de Cormac McCarthy, qui raconte aussi l'histoire d'un père et de son fils, mais dans une post-humanité qui fait peur. Là, c'est tout le contraire. On est en pleine humanité. Il y a quelque chose de magnifique chez ces personnages, à commencer par le narrateur dont on apprend le prénom juste à la fin, avec une idée magnifique là-dessus : il faut attendre les dernières pages pour savoir comment il se prénomme, il n'y a aucun nom de famille. C'est intéressant pour cette problématique de paternité. Tous les noms de famille ont été évacués. 

Ces personnages existent et sont tous beaux et d'une humanité absolue. Il n'y a pas de méchants dans cette histoire.

Sauf que, à un moment donné, Florence et son premier mari font quelque chose de terrible. Mais ils ont leurs raisons et, d'ailleurs, lui, il ne leur en veux pas. Il comprend. Tout le monde a ses raisons. 

Il y a effectivement des mensonges superposés qui vont entretenir une sorte de quiproquo douloureux. 

Techniquement, au niveau de l'écriture, cette histoire se déroule sur vingt ans et l'auteur plie ça en 250 pages, c'est un tour de magie ! C'est magnifique.

Il y a un moment où une copine du narrateur dit "toi, de ton point de vue de prolo, qu'est-ce que tu en penses ?" Et lui de répondre : "ce mot de prolo me rappelait de vieux souvenirs de cours d'histoire". Personne, entre nous, ne dit jamais, ça. Ce truc est très ancré socialement, géographiquement". 

C'est le meilleur roman que j'ai lu depuis longtemps.

Frédéric Beigbeder salue "un livre très important et très émouvant sur la parentalité assumée d'un beau-parent"

"C'est un tire-larmes, mais rock'n'roll. Et, du coup, on se laisse avoir. On est content de se faire avoir. J'étais autant ému qu'en voyant le film "Drunk". Le lecteur, comme le spectateur de "Drunk" sait qu'il va être ému un moment et, peut-être même, par des filouteries efficaces. 

C'est assumé et écrit d'une façon lucide et assez fine.

Je donne un exemple : "J'étais perdu, ouistiti perdu dans la brume. Pardon, je ne sais pas pourquoi je dis ça". Pour moi, c'est tout un écrivain, c'est le doute. Le mec qui tente puis qui doute. C'est cette sincérité, cette honnêteté qui fait qu'on accepte, qu'on est en marche, qui fait que ça fonctionne très bien. 

En plus, je trouve le sujet vraiment bouleversant parce qu'il rencontre cette fille enceinte, il élève cet enfant et il n'y a pas beaucoup de roman sur les beaux-parents. 

On vit dans un monde de familles recomposées et on n'a pas beaucoup écrit sur ce statut, qui n'en est pas un, de paternité niée, ou du moins de valeur sociale, sinon très peu. C'est ça le fond du sujet et qui fait de ce livre un livre, non pas seulement très émouvant, mais très important". 

Patricia Martin a adoré

"J'ai été absolument interloquée. Je n'ai jamais rien lu pourtant, avant, de cet auteur.

C'est lui-même un homme du Jura. La façon dont il décrit cette petite ville de Saint-Claude est superbe. 

Aymeric, ce garçon, est immédiatement attachant, aimable, gentil, sympathique, naïf, a un bon fond.

Je trouve qu'il y a quand même un problème avec la mère, parce qu'elle ne peut pas ne pas savoir l'attachement que son fils a pour cet homme. Ils ne s'aiment plus à un moment donné. Aymeric et Florence ne s'aiment plus. Ok. Mais elle privilégie largement sa vie de femme sans penser forcément à ses enfants…"

La fin est magnifique. On est sur le fil.

Jean-Claude Raspiengas l'a trouvé "magnifique" et y applaudit "3 romans entremêlés dans un seul" 

"Un livre absolument magnifique, très beau. Autant le style que l'histoire. 

Il y a trois romans entremêlés : 

Le roman de cette France des intérimaires qu'on jamais aussi bien raconté… Ce que c'est que la vie d'un vendeur de chez Paul, à la gare de la Part-Dieu, au milieu du vacarme, du bruit, des gens pressés. Et, en même temps, il n'en fait pas un truc misérabiliste. Il en fait simplement une description assez clinique. Cette France des intérimaires qui, à défaut de trouver le grand bonheur, ont des petits plaisirs et sont ensemble. 

Il y a une vraie fraternité.

Le deuxième roman, sur ce que représente la paternité, qui ne se résume pas aux liens du sang. Comment ce type qui, à ce moment-là, sort de prison et va devenir un père de substitution, consacre des rêves pour ce gamin, comment il se projette, comment il veut son bonheur et comment, chez ce père adoptif qui ne trouve jamais sa place, ce gamin va prendre toute la place, devient le centre de sa vie, sa raison d'être.

Le troisième roman, c'est ce plan machiavélique qui fait tout renverser, qui est prodigieusement amené, maîtrisé, qui amène un épilogue qui vous permet de dire que c'est un mélo. 

C'est une écriture droite, juste, d'une puissance narrative commune très belle et très forte.

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Le Roman de Jim" de Pierric Bailly

9 min

📖  LIRE - Pierric Bailly : Le Roman de Jim (Éditions POL)

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