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CRITIQUE - "Le Silence" de Don DeLillo salué à l'unanimité par Le Masque & la Plume !

L'auteur américain Don DeLillo salué à l'unanimité par Le Masque & la Plume pour son dernier livre "Le silence"
L'auteur américain Don DeLillo salué à l'unanimité par Le Masque & la Plume pour son dernier livre "Le silence"
© Maxppp - SEBASTIEN NOGIER / EPA

L'auteur américain signe un roman bref mais d'une une rare intensité. Imaginez donc une soudaine panne d’électricité qui rendrait tous nos écrans noirs, et génèrerait un grand bouleversement dans la société. Les critiques ont adoré et l'ont trouvé "visionnaire", "intense", "bouleversant", "comique" et "testamentaire".

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Un livre de 110 pages. C'est le bref et nouveau roman de l'auteur américain, traduit par Sabrina Duncan. Une fable visionnaire où l'auteur de "Americana" (1971), aujourd'hui âgé de 84 ans, nous promet la fin du monde en 2022. 

Un dimanche soir, à Manhattan, cinq amis, deux couples, un étudiant doivent se réunir mais pas pour regarder à la télé le Superbowl, la finale du championnat de foot américain. Soudain, c'est la panique, un black out général, le big bug : l'écran devient noir, toutes les connexions numériques sont coupées et l'avion venu de Paris qui doit amener à New York un des couples amis, est pris dans de violentes turbulences et s'enflamme en atterrissant. 

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En épigraphe, l'auteur a placé cette phrase d'Einstein : "J'ignore de quelle arme usera la Troisième Guerre mondiale, mais la quatrième se fera à coups de bâtons et de pierres". On pourrait presque ajouter aussi "et de pandémie". 

Petit livre, gros choc ? [...] Il a du nerf, cet homme âgé de 84 ans.

Patricia Martin a adoré

"Gros, gros choc. C'est visionnaire puisque quand il parle de gens qui sont dans un aéroport qui portent un masque, d'un monde à l'arrêt, dont cette phrase d'Einstein qui court tout le long du livre, qui fait absolument froid dans le dos. Ça m'a fait penser aussi, à cause peut-être de l'avion, à "L'anomalie". Il y a l'incompréhension et l'impression que, tout à coup, tout vous échappe et c'est un retour à l'archaïsme complet, une défaite de la parole. Le langage, tout à coup, devient vide et il y a un bruit de fond, exactement comme dans son premier livre traduit en français. 

Là, c'est un bruit de fond médiatique qui est incessant. Il y a une scène dans l'avion où le mari d'un des couples, qui vient de Paris à New York, en avion, se gargarise de mots, il n'arrête pas de parler et c'est d'un vide abyssal, c'est un monde absurde, inquiétant. Rien de ce qui se passe n'est visible. On ne sait pas d'où ça va venir, mais le danger est omniprésent. 

C'est un livre aussi très physique qui m'a provoqué beaucoup de sensations, d'angoisse, absolument terribles".

C'est extraordinaire et ça a le mérite d'être resserré, il va à l'essentiel.

Michel Crépu l'a trouvé "absolument extraordinaire et chargé d'une singulière intensité" 

"Ça m'a rappelé "2001, l'Odyssée de l'espace" qui serait remplacé par des Américains moyens dont la vie consiste à regarder des matchs de foot. C'est un peu plus que moyen. Mais le caractère complètement aérolithique de ce livre est dingue. Je ne crois pas avoir jamais lu une petite chose en quantité aussi chargée en intensité ! 

Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas lu Don DeLillo. Il faut dire qu'il a aussi été, du temps de la gloire de Philip Roth, dans l'ombre. Mais "Americana" ou "Outremonde" (1997) ont été marqués, il était lui-même très sombre. 

Là, j'ai retrouvé, dans cette petite bombe, cette intensité que j'avais ressentie il y a bien des années !".

Olivia de Lamberterie salue "un livre bouleversant"

"Il y avait un long chapitre sur l'avion dans les mémoires de Waters, qui m'avait redonné envie de prendre l'avion. Là, encore une fois ! C'est très drôle, comme "L'anomalie". On peut se réjouir de ne plus prendre l'avion tant cela fait peur. On dirait une sorte de film catastrophe écrit par Beckett. C'est très intéressant parce qu'il demande ce qui se passe quand il n'y a plus d'images, quand il y a cet écran noir ? 

Il y a la parole, certes, mais la parole qui tourne à vide parce que, finalement, on n'arrête pas de dire que la technologie sépare. Mais quand il n'y a plus de technologie, les gens ne se retrouvent pas pour autant puisque chacun parle tout seul. Alors si un jour cela arrive, j'espère que je ne serai pas confinée parce que c'est aussi une histoire de confinement avec ce professeur de physique obsédé par Einstein. 

En revanche, il y a une chose dans ce livre sublime qui ne me fait pas peur : c'est lorsque le premier couple est rescapé de ce crash d'avion. Ils arrivent donc, c'est la panique dans l'aéroport. Ils doivent faire la queue pour les formalités administratives. Et elle, elle dit à son mari : "mais d'abord". Juste ces deux mots. Quand lui répond : "mais d'abord". Là, ils vont s'enfermer et ils font l'amour. Ça dure une demi-page et je pense que tout ce qui relie les gens est dans cette demi-page-là. J'ai trouvé ça bouleversant".

"Mais d'abord", juste ça !

Arnaud Viviant applaudit "un livre tout à la fois sombre, comique et testamentaire" 

"Il nous fait le coup de la panne. Et ça marche ! Il y a ce côté, scène de sexe ; il y a le 11 septembre aussi en filigrane dans cette histoire où les gens ont beaucoup fait l'amour. Et, en même temps, avec ses 84 ans, il y a quand même quelque chose d'un peu testamentaire. On a l'impression que ça pourrait bien être son dernier livre. Ça fait un petit peu froid dans le dos et, en même temps, j'ai toujours pensé que c'était un écrivain comique et sombre à la fois. 

C'est un peu comme Kafka qui rigolait beaucoup en lisant ses textes à ses amis.

C'est vrai que, pendant très longtemps, on n'a pas considéré Kafka comme un écrivain comique. J'ai un peu l'impression qu'il y a, avec lui, cette même ambiguïté et que, dans ce livre là encore, il y a quelque chose de profondément drôle. C'est incroyable. 

On a l'impression que c'est un livre testamentaire et, en même temps, d'un très grand comique.

Ce n'est pas vraiment un livre sur la peur, mais sur le désarroi : tout le livre, on se demande aussi que si ça arrivait, est-ce que ce n'est pas aussi quelque chose qu'on souhaiterait, l'écran noir ?" 

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Le Silence" de Don DeLillo

8 min

📖  LIRE - "Le Silence" de Don DeLillo (Éditions Actes-Sud)

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