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CRITIQUE - "Ma vie extraordinaire" de Benoît Duteurtre : "Le Masque & la Plume" est partagé

"Ma vie extraordinaire", le nouveau livre de Benoît Duteurtre a partagé les critiques du Masque & la Plume
"Ma vie extraordinaire", le nouveau livre de Benoît Duteurtre a partagé les critiques du Masque & la Plume
© AFP - ULF ANDERSEN / AURIMAGES

Dans son tout dernier ouvrage, Benoit Duteurtre nous invite à partager sa réflexion autobiographique, passant par ses souvenirs d’enfance, ses vacances auprès d’un vieil oncle, jusqu'aux expériences de l’homme adulte, ses failles, ses obsessions, une vraie interrogation sur les transformations de la modernité.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Il faut prendre le titre au deuxième degré. C'est un récit autobiographique mais qu'il s'obstine à appeler "roman". D'ailleurs, Benoît Duteurtre cite ses propres livres en catégories : il y a les romans, les textes, les essais… Au prétexte qu'il est entré dans l'âge de la soixantaine "que la décrépitude menace, que sa libido fléchit", il fait le bilan de sa vie, rappelant, non sans une certaine fierté, qu'il a été adoubé par quelques écrivains notables (Beckett, Kundera, Houellebecq) et qu'il est l'arrière petit-fils du président René Coty. 

Il dresse, une fois de plus, le cadastre de ces lieux familiers, parce que, dans tous ses romans précédents, ils y étaient déjà, Etretat, Le Havre, la patrie de René Coty, et puis les Vosges, où il a eu une enfance enchantée grâce à un oncle et son épouse, où il vit désormais une partie de l'année avec son compagnon qui s'appelle Jean-Sébastien. Car, après avoir eu une jeunesse dissolue où il a abusé beaucoup de la drogue, Benoit Duteurtre prend goût à ce qu'il appelle "la vie paysanne" et il écrit :

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Désormais, ma seule jauge de l'univers, c'est mon bien-être.

Univers où la musique occupe une place centrale. Au passage, il déclare refuser appartenir à la communauté LGBT, écrivant même que "l'hétérosexualité est la norme alors que l'homosexualité est un écart". Ce qui montre à quel point il est différent des autres.

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Olivia de Lamberterie l'a trouvé "très beau"

"Le pacte romanesque de ce livre, c'est l'idée qu'il faut accepter une histoire racontée par un vieil oncle, celui-ci vous raconte sa vie. Vous êtes dans un fauteuil-crapaud, vous avez un plaid sur les genoux. 

Parfois, c'est très ennuyeux, et puis parfois, c'est merveilleux.

Oncle Benoît, je l'ai adoré. Avec la tante Rosemonde, ce sont vraiment des personnages très attachants et très touchants. Toute l'enfance et le conflit de loyauté aussi de ce petit garçon, qui vit la liberté pendant trois mois de grandes vacances à l'époque et à qui, un jour, on demande ce qu'il préfère.

Je trouve que c'est très beau.

J'aime quand oncle Benoît fend l'armure, quand, tout d'un coup, il y a un paragraphe sur son amour pour Jean-Sébastien, qu'il se dépeint serré contre lui. Ils sont tellement heureux que, finalement, ils pourraient mourir. 

J'aime le gars, qui est drôle quand il raconte comment il perd sans arrêt ses clés, alors que ça a l'air d'être un maniaque de l'ordre. J'aime cet homme qui va faire ses courses avec son caddie et acheter des endives au jambon. J'aime tout ce côté familier. 

Il a un discours extrêmement violent sur les homosexuels qui veulent s'embrasser sur le perron de la mairie et jouer à papa/maman. C'est là d'ailleurs que je le perds un peu". 

Mais un homme qui est ami avec Sempé, avec qui il skie, va au bord de la mer avec Kundera, eh bien oncle Benoit, j'ai de l'affection pour lui.

Jean-Louis Ezine estime que l'auteur mérite "la médaille d'or de la vanité"

"Il y a eu un malentendu entre nous deux. Je me rappelle de son livre sur les vaches et j'ai cru que c'était un mec dans mon genre.

Si la vanité était une discipline olympique, je pense que Benoît Duteurtre serait médaille d'or, mais sans problème.

Cet homme-là vous accable de détails vrais. Il a reçu, un jour, une carte postale de Guy Debord, une autre de Milan Kundera, de Samuel Beckett, de Michel Houellebecq, qu'il appelle simplement Michel. Puis, il a eu un papier de Frédéric Beigbeder dans Le Figaroscope et a été lancé dans sa carrière, par qui ? Par Jérôme Garcin. 

Mais écrire des phrases comme "j'avais le sentiment de contribuer au changement de cap du roman français", eh bien, moi, en tant que contributeur modeste au Chasse-Marée, un changement de cap, ça veut dire qu'il a embarqué tout le monde dans une direction différente ! Il y a un avant Duteurtre et un après Duteurtre c'est dire ! Il va même jusqu'à détailler les chiffres de vente de ses livres tout en rêvant du grand succès qu'il n'a pas vu…

Il a du talent ce gars mais c'est la façon dont il en use qui ne va pas…

Alphonse Allais disait qu'il ne suffit pas d'avoir du talent, encore faut-il savoir s'en servir. C'est l'impression que j'ai eu ici". 

Il n'en a rien à foutre de se faire mal aimer, de se faire détester et nourrit un certain mépris pour le lecteur cultivé.

Pour Michel Crépu, "ça n'a pas été un grand moment de lecture"

"C'est l'auteur le moins romantique qui soit. C'est le pari d'arriver à faire en sorte que le lecteur reste avec lui, alors même que tu lui racontes quelque chose qui n'a pas grand intérêt véritablement… 

Je n'ai pas le souvenir d'avoir éprouvé un grand moment de lecture…

Dans un livre, il y a toujours un grand moment, là, je n'en tire aucune conclusion particulière. Ça m'a quand même assez sidéré de voir que Benoit Duteurtre capable de ne pas déroger à ce principe de banalité, de non-romantisme absolu". 

Frédéric Beigbeder l'a trouvé "fascinant" 

Il y a quinze jours, Frédéric Beigbeder pour Le Figaro, a fait un papier très élogieux sur ce livre dans Le Figaro Magazine, rappelle Jérôme Garcin, avant de lui donner la parole.

"Tout est expliqué dans le titre "Ma vie extraordinaire", un titre ironique soit dit en passant. S'il raconte une vie banale, c'est précisément pour aller chercher dans la banalité, les pépites, cette enfance chez son grand oncle résistant, le contraste entre le courage de cet homme pendant la guerre et une vie vosgienne très calme, très champêtre. 

Ensuite, c'est aussi l'histoire d'un type qui se retourne sur son passé qui s'aperçoit qu'il a déjà 60 ans. Il y a même une partie du livre qui s'appelle "14 600 jours" où il essaie de se demander ce qui a bien pu lui arriver entre 20 et 60 ans. 

Je trouve que c'est fascinant.

C'est un truc construit sur ma génération, même si je n'ai pas encore son âge (ça ne saurait tarder). Et, au fond, on se dit qu'on a grandi dans un monde en paix. 

Il arrive à fusionner un récit de vie sans guerre, sans graves malheurs avec tout ce qu'il adore le plus au monde : écrire des petits essais ronchons sur la bêtise du progrès.

Il arrive à faire tout cela en un seul livre, ce qui est quand même un exploit assez fort. 

À la fin, on est en 2070, les Vosges sont devenues un parc d'attraction. C'est un livre qui s'étend sur 130 années, de 1940 à 2070. Ce qui n'est pas banal".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Ma vie extraordinaire" de Benoît Duteurtre

10 min

📖  LIRE - "Ma vie extraordinaire" de Benoît Duteurtre (Gallimard)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧  Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre