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CRITIQUE : "Will" de Will Self - "Un trip éblouissant, sentimental et ambitieux"

L'écrivain Will Self vient de fait paraître "Will" aux éditions de L'Olivier
L'écrivain Will Self vient de fait paraître "Will" aux éditions de L'Olivier
© Getty - Photoshot / Contributeur

Après "Les grands singes" et "La théorie quantitative de la démence", ses fictions psychotropes, l'auteur retrace sa jeunesse de junky dans l’Angleterre de Margaret Thatcher, mais aussi en Inde et en Australie, dans une autobiographie qu'il raconte à la troisième personne. Un pari globalement réussi d'après Le Masque.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Un récit à la troisième personne, ouvertement autobiographique et hallucinogène, que publie l'écrivain britannique, l'auteur de Les grands singes et de La théorie quantitative de la démence raconte, ici, comment, à Londres, il est devenu junkie avec des amphétamines, puis accro à l'héroïne, à la culture de la drogue, dont le modèle était alors William Rose.

Le récit en flash back se déroule entre 1979 et 1986, entre les 18 et les 26 ans de Will Self, à Londres, mais aussi en Inde et en Australie. Même s'il a désormais renoncé à toute drogue, le livre semble parfois écrit sous emprise dans une ronde incessante de son désir et l'hallucination. 

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Patricia Martin "adore" et salue "un trip éblouissant !"

"J'adore, j'adhère ! 

C'est un trip éblouissant

Il se montre en insoumis déjà tout petit. À trois ans, il envoie balader une dame qui, à l'arrêt de l'autobus, le voit tout seul et lui demande : "où tu vas mon petit ?" Il n'est pas content parce qu'on l'a appelé "mon petit". Et il lui répond : "Je fugue de chez mes parents". Il en est de même quand il parle, à un moment, d'un de ses anniversaires, il parle du trio familial qu'il forme. Il dit : "Mon œil, mon cul". Moi, ça m'a fait beaucoup rire ! 

Mais après, il a quand même une sorte de coup de plume, de tendresse en disant que les hamburgers et les frites que sa mère avait faits avaient été très appréciés par ses camarades. 

J'ai bien aimé ce côté repenti qui ne regrette rien.

Parce que s'il avait continué ainsi, il aurait pu en mourir. Il est tout de même nostalgique de ces sensations fortes-là. Ça doit être assez difficile. C'est un expérimentateur d'une certaine manière : il a expérimenté la drogue, il expérimente la littérature. Tout cela accompagné d'un certain style, même physiquement, il est formidable. De même que son style d'écriture qui est absolument génial, proposant des choses qu'on ne voit jamais arriver

Superbe aussi est la façon dont il parle de politique : tout ce qu'il dit à propos de Margaret Thatcher, qui en prend pour son grade".

Pour Frédéric Beigbeder, "c'est probablement le meilleur livre que l'auteur ait écrit" 

"C'est un très grand livre. Il avait déjà commencé à écrire ses mémoires dans un livre qui s'appelait Mon idée du plaisir, en 1997. Mais, là, c'est nettement supérieur et ambitieux

Ce qui est passionnant, c'est qu'il partage cette expérience de la drogue : tu perds la mémoire et, écrire les mémoires d'un drogué, c'est une chose impossible. On sent qu'il a tout reconstitué. 

C'est un pari qu'il réussit qui n'était pas évident. 

Il a probablement réinventé beaucoup de choses. C'est aussi, à sa manière, une version anglaise de Jim Carrey. Là, c'est peut-être la version plus héroïne, très sombre, radicale et moins glamour, dans les faubourgs et les bas-fonds de Londres. 

Quand on se demande pourquoi est-ce que tous les romans des années 1990-2000 étaient remplis de drogue, c'est sûrement parce que les romanciers voulaient échapper au réalisme, sortir de Balzac et trouver une manière de retrouver la fiction. C'est pour ça que Will Self est un écrivain très important puisque, grâce ou à cause de son addiction, il a réussi à chambouler la fiction et la langue".

Jean-Claude Raspiengeas a trouvé ça "décousu et confus"

"C'est un peu le VRP (voyageur-représentant-placier) de la came. 

Il nous offre un manuel de la défonce des années Thatcher, à un moment de sa vie difficile.

C'est 300 pages qui consistent en une variation sur un même thème qui est une constante alternance entre le manque, l'indépendance ; le manque, la dépendance ; la dépendance, le manque ; le manque, la dépendance.

C'est le Vidal des camés, qui offre la nomenclature chimique et toxicologique de l'addiction avec les étapes nauséeuses d'une survie aléatoire

Les moments les plus intéressants, de mon point de vue, c'est quand il vadrouille en Inde et en Australie parce que il a, là, un coup d'œil, une observation où on sent bien le summum de l'écart de classe et de condition à laquelle il se heurte et l'impasse dans laquelle il se trouve. 

En effet, c'est écrit sous acide, d'ailleurs on se demande si c'est l'effet de ses dérèglements.

J'ai trouvé ça décousu et confus. Je n'ai pas arrêté de perdre le fil. 

Il saute du coq à l'âne, on y trouve des afféteries, des choses que je n'arrive pas à comprendre comme la présence subite de l'italique au milieu des phrases… Est-ce que ça signale quelque chose au lecteur ? Un changement de registre… ? On ne peut pas dire que c'est là par hasard mais, en tout cas, c'est utilisé à tous propos".

La plume de Will Self a passionné Arnaud Viviant qui salue "une autobiographie très sentimentale"

"Il n'y a aucune afféterie. Cela fait longtemps que je n'avais pas lu de livres de Will Self. Il y a un moment, il se prenait pour Joyce. Enfin, on ne sait pas exactement s'il se prenait pour Joyce parce qu'il s'était beaucoup drogué ou s'il s'était beaucoup drogué pour se prendre pour Joyce, il y avait quelque chose qui n'était pas tout à fait résolu.

Pour ce qui est de l'utilisation de l'italique, il est distribué de manière très intéressante. Ce n'est pas purement signifiant, c'est aussi visuel. Ça dessine autrement la page. Je trouve cela parfait. 

On dit que c'est d'abord un livre sur la drogue. Oui, évidemment, mais c'est aussi une autobiographie : il parle beaucoup de ses parents, de son enfance, de l'Angleterre. 

L'histoire se passe dans une Angleterre qui nous parait à peu près aussi lointaine que les îles Galápagos dans la manière dont il en parle, on n'a pas de référent, il faut reconnaitre que c'est un exercice extrêmement difficile

Quant à la drogue, je n'ai pas tous les références non plus et, pourtant, on est passionnés par ce côté extrêmement sentimental, qu'il véhicule par sa manière d'écrire, de parler par le maniement de la métaphore". 

On est passionné, alors que c'est très très long.

Le livre

Ecoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Will" de Will Self

9 min