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Dangerosité, contagiosité, résistance aux vaccins : six questions sur le variant P1 apparu au Brésil

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Le cimetière de Nossa Senhora Aparecida, à Manaus, dans le nord du Brésil
Le cimetière de Nossa Senhora Aparecida, à Manaus, dans le nord du Brésil
© AFP - Michael Dantas

Les vols entre la France et le Brésil ont été suspendus cette semaine afin d'éviter l'arrivée sur le territoire hexagonal de voyageurs porteurs du variant P1, plus contagieux et plus résistant aux vaccins.

Il fait des ravages au Brésil, théâtre de propagation incontrôlée de l'épidémie de Covid. Le variant P1 du coronavirus suscite depuis quelques jours beaucoup d'inquiétude. À tel point qu'en France, où il ne représente pourtant que 0,5% des nouvelles contaminations, les autorités ont décidé mardi d'interrompre les liaisons aériennes avec le Brésil. La raison : la forte contagiosité de cette souche encore méconnue et sa résistance aux vaccins existants. Explications.

Où et quand est-il apparu ?

Désigné par la communauté scientifique sous l'appellation 20J/501Y.V3, ce virus mutant a été découvert en janvier au Japon, chez des voyageurs ayant séjourné dans le nord du Brésil. C'est bien au coeur de l'Amazonie, dans la région de Manaus, que le variant est apparu, autour de la mi-novembre 2020. 

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Ce qui différencie cette souche dite P1 du SARS-Cov-2 historique, c'est 17 mutations, dont trois sur la protéine spike, par laquelle le virus entre dans les cellules humaines pour les infecter. 

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Où circule-t-il ?

De Manaus, le variant s'est très vite répandu à l'ensemble du Brésil, où il est aujourd'hui majoritaire. On le retrouve également dans d'autres pays d'Amérique du Sud (notamment au Chili) mais également au Canada (dans la région de Vancouver) et plus récemment aux États-Unis (Massachusetts et Floride). Au 13 avril, il avait été détecté dans 52 pays, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Est-il présent en France ?

Oui. Le premier cas a été détecté début février dans le Var, chez une femme qui revenait de Manaus. À l'inverse du variant dit britannique, qui a rapidement pris le pas sur la souche historique, le variant P1 est resté extrêmement minoritaire. Il représente seulement 0,5% des nouvelles contaminations, selon l'enquête Flash menée par Santé publique France le 30 mars dernier. Un chiffre stable par rapport à l'enquête menée deux semaines plus tôt. À titre de comparaison, le variant britannique représente à l'échelle nationale 83% des nouveaux cas de Covid. 

Seul territoire où il circule de façon majoritaire : la Guyane, voisine du Brésil, où il représente actuellement 76% des contaminations, indique l'Agence régionale de santé dans son bulletin du 8 avril.

Ce variant est-il plus contagieux ?

"La propagation incontrôlée du variant P1 est une menace pour l'humanité", met en garde l'épidémiologiste brésilien Jesem Orellana, au micro de France Inter. Premier motif d'inquiétude : la contagiosité de ce virus mutant. D'après les données préliminaires réunies par Santé publique France, il serait ainsi 40% à 120% plus transmissible. Dans la revue Science, des chercheurs évoquent quant à eux une transmissibilité 1,7 à 2,4 fois supérieure

"Ce variant brésilien est manifestement nettement plus transmissible que la souche historique, mais également probablement que la souche britannique. S'il arrive sur le sol européen et français, il pourra connaître une croissance rapide", résume ainsi le professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, interrogé par France Inter.

Ce variant occasionne-t-il des formes plus graves de la Covid ?

Non, répond Santé publique France qui, dans son tableau résumant l'état des connaissances liées aux variants, note qu'il n'y a "pas d'impact décrit sur la sévérité de l'infection".

Les vaccins sont-il efficaces ?

Si ce variant brésilien inquiète, c'est surtout parce qu'il est porteur, tout comme le variant sud-africain, de la mutation E484 K, qui rend la souche plus résistante aux vaccins, car moins facilement reconnaissable par les anticorps, comme nous vous l'expliquions dans cet article

Les scientifiques parlent d'échappement immunitaire. "Alors qu’on sait que la vaccination marche très bien sur le mutant anglais, on voit une perte de protection avec les variants brésilien et sud-africain", explique dans le Parisien le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique sur la Covid-19. D'où l'importance, soulignée par de nombreux chercheurs, de mener d'urgence de nouvelles études pour préciser l'efficacité des vaccins face à P1.