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Dans les coulisses du Secrétariat général à la Planification écologique

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Le secrétariat général à la planification écologique s'est installé en septembre 2022 au 19 rue de Constantine, sur l'esplanade des Invalides à Paris.
Le secrétariat général à la planification écologique s'est installé en septembre 2022 au 19 rue de Constantine, sur l'esplanade des Invalides à Paris.
© Radio France - Maxence Lambrecq

"Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas." Emmanuel Macron a confié à sa Première ministre une mission de planification écologique. Elle a, pour cela, un secrétariat général, qui vient de trouver son point de chute. France Inter s’y est rendu en exclusivité.

Une seule et même sonnette. Un seul et même hôtel particulier abrite le Secrétariat général à la Planification écologique et le Haut-commissariat au Plan. Au 19 rue de Constantine, à Paris, cohabitent François Bayrou et Antoine Pellion. Le maire de Pau et Haut-commissaire au Plan occupe le deuxième étage, il est au-dessus du jeune conseiller nommé Secrétaire général à la Planification écologique. "Mais ne vous fiez pas aux apparences", glisse un député de la majorité. "Ce n'est pas le plus connu qui est le plus influent."

"L'équipe qui travaille le temps long"

"Bienvenue dans nos locaux, on vient d’emménager", lance Antoine Pellion, 38 ans, sourire franc, lunettes rondes. Entre sa nomination, début juillet, et son installation définitive ici, trois mois ont filé, pendant lesquels il a monté cette nouvelle structure, en recrutant une quinzaine de collaborateurs. Autant qu’un ministre de plein exercice.

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"J’ai avec moi, pour résumé : des ingénieurs, des financiers et… des communicants" car il faut aussi "travailler sur la façon dont on construit le récit qui doit tous nous emmener". C’est la première "difficulté" de sa mission. "Il faut, à chaque fois, emmener dans la planification tous les acteurs", dit-il. "Dans la filière automobile, par exemple, on doit bâtir un deal pour en finir en 2035 avec la vente des voitures thermiques. Il faut rassembler les constructeurs, les équipementiers, les sous-traitants, les collectivités locales : de l’usine de batteries électriques à la borne de recharge sur le parking."

Réunion de travail du secrétariat général à la planification écologique, dans le bureau d'Antoine Peillon (au centre).
Réunion de travail du secrétariat général à la planification écologique, dans le bureau d'Antoine Peillon (au centre).
© Radio France - Maxence Lambrecq

Ici, "c’est l’équipe qui travaille le temps long alors que les cabinets (des ministères) sont souvent pris par l’urgence". Dans ce domaine, Antoine Pellion s’y connaît. Sa collaboration avec Élisabeth Borne remonte à 2014. Il était le conseiller Énergie de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, qui avait pour directrice de cabinet l’actuelle Première ministre. "Il a toute sa confiance", dit-on à Matignon, où il demeure d’ailleurs conseiller Écologie, Agriculture, Énergie, Logement et Transports. Un immense terrain de jeu.

"Aussi puissant" que les ministres

Ce mardi matin, c’est la toute première fois qu’il accueille un micro dans ses murs, celui de France Inter. "Pas question de faire de l’ombre aux ministres", confie un communicant du pouvoir. Matignon veille à ce que l’entretien ne dure pas trop longtemps et demeure sur le fond des dossiers. "Il avance prudemment, mais, dans les faits, il est aussi puissant que Béchu et APR", décrypte une députée à la fibre écolo. Comprenez : Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, et Agnès Panier-Runacher, ministre de la Transition énergétique. "Nous sommes en lien permanent avec eux", assure-t-on rue de Constantine.

Ce qui est sûr, c’est qu’aucun sujet ne lui échappe. De la rénovation des bâtiments aux véhicules électriques, de la protection de la biodiversité au plan de sobriété. Il nous fait la visite des locaux, moquette grise, mobilier moderne : "Là, je vous présente Frédérik Jobert." Jusqu’ici directeur associé dans le puissant cabinet de conseil américain BCG, "j’ai pour mission de fournir le maximum de données, de statistiques, d’informations à la Première ministre pour éclairer la décision publique, en temps réel et de manière la plus factuelle possible".

Avant l’offensive en Ukraine, le 12 février dernier, le même Frédérik Jobert déclarait sur le plateau de BFM Business : "Il y a des millions de ménages pour qui l’énergie est une vraie contrainte pour le pouvoir d’achat (…) mais je vais être un peu provocateur : pour une grande partie des ménages, une majorité, en France comme dans tous les pays industrialisés, l’énergie reste accessible, et j’oserai dire pas assez cher, pas assez cher pour qu’on soit incité à l’économiser de manière drastique."

Rassembler pour planifier

Avant sa nomination, Antoine Pellion, lui, a toujours été dans l’ombre. Entre 2017 et 2019, il était conseiller Énergie, Transports à l’Élysée. "Vous lui devez la taxe carbone, remerciez-le tous", grince Emmanuel Macron lors de son pot de départ, selon nos confrères du Parisien. "Grâce à Antoine, j’ai pu me déplacer partout, dans tous les territoires." Il a aussi dû gérer l’abandon de l’aéroport Notre-Dame des Landes et la réforme de la SNCF, une fois de plus, aux côtés d’Élisabeth Borne. Il a ensuite travaillé auprès de Stanislas Guérini, chez LREM, puis de Jean Castex à Matignon.

Bref, un pilier de la macronie, qui rit jaune quand on lui fait remarquer que toutes les fenêtres de son secrétariat général sont en simple vitrage. "Vous allez les remplacer ?" lui demande-t-on. "Oui, si les architectes des Bâtiments de France nous y autorisent", dégaine-t-il, puisque l’hôtel Beistegui est classé. Cela dit beaucoup de sa mission : pour planifier, il faut d’abord rassembler.