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De journaliste à politique : une habitude française ?

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Le journaliste Philippe Ballard, sur l'antenne de LCI depuis 1994, a rejoint le Rassemblement National
Le journaliste Philippe Ballard, sur l'antenne de LCI depuis 1994, a rejoint le Rassemblement National

De journaliste sur LCI à tête de liste du Rassemblement national, le tout en quelques heures. Philippe Ballard a rejoint le parti d’extrême droite après 27 ans sur LCI. Un ralliement qui témoigne de la porosité qui existe parfois entre journalisme et politique, tout comme de la dédiabolisation du RN.

"Bienvenue à Philippe Ballard, journaliste et ancien présentateur sur LCI, qui portera les couleurs du RN dans la capitale". Marine Le Pen s'est fendue de ce message, peu après l'annonce de l'ex-présentateur, lui-même, sur les réseaux sociaux. Philippe Ballard était depuis 27 ans à l'antenne de LCI et animait depuis deux ans "LCI tout info" les après-midi en fin de semaine. Le cas de journalistes qui deviennent politiques a toujours existé en France. Mais Philippe Ballard est-il seulement un énième cas de ces passages ?

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Une belle prise pour le Rassemblement national

L'ancien homme tronc de LCI est passé d'un costume à l'autre en quelques heures. Ce lundi, le journaliste a annoncé sa décision à la direction de LCI, qui a fait savoir que Philippe Ballard se retirait "naturellement de l'antenne dès ce jour". Le lendemain, il était invité sur l'antenne de CNews en tant que tête de liste à Paris en vue des régionales. Il annonçait par la même occasion avoir sa carte au Rassemblement National depuis septembre 2020. 

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"C'est ça que je trouve vraiment dommageable, réagi Alexis Lévrier, maître de conférences à l’université de Reims, auteur de "Jupiter et Mercure, le pouvoir présidentiel face à la presse", livre qui paraîtra le 6 mai. C'est étonnant et c'est consternant. La plupart des journalistes refusent ce passage d'un monde à l'autre et estiment que c'est contraire à l'éthique. Les agissements de quelques uns jettent l'opprobre sur une profession qui ne le mérite pas."

Le Rassemblement National, lui, se réjouit de cette arrivée. Un journaliste qui rejoint le parti représente une prise symbolique, comme en témoigne le tweet de Marine Le Pen ou la réaction de Jordan Bardella au micro de France Inter : "On a souvent eu le sentiment, pendant longtemps, que les idées que nous portons étaient des idées majoritaires dans le pays, mais n'étaient pas les idées dominantes dans la classe médiatique, a réagi le candidat du RN en Ile-de-France pour les régionales. On a de plus en plus de personnes qui, au sein des élites intellectuelles médiatiques, font les mêmes diagnostics et souhaitent travailler avec nous pour engager le redressement du pays."

Le journalisme et la politique ont fait très longtemps bon ménage

Mais le cas de Philippe Ballard est loin d'être un précédent. Pascal Humeau, ex-présentateur d'i-télé, avait lui aussi franchi le pas et rejoint le RN. Avant eux, Bruno Roger-Petit ou Laurence Haïm ont rejoint Emmanuel Macron, tout comme Bernard Guetta, ancien éditorialiste de France Inter ; Nathalie Ianetta est devenue conseillère de François Hollande quand il était à l'Elysée ; Dominique Baudis, ex-présentateur de TF1, a été maire de Toulouse pendant 18 ans, etc.

"La France a été moins imprégnée de la culture d'un journalisme qui se veut quatrième pouvoir, analyse Jean-Marie Charon, sociologue des médias, à l'opposé des pays anglosaxons à commencer par la Grande-Bretagne. On vient quand même d'une culture née de la Révolution française où le journalisme et la politique ont fait très longtemps bon ménage, ça ne choquais personne." Des hommes politiques passés à la postérité ont été, en même temps, directeur de journaux pendant la IIIe République, que ce soit George Clémenceau, Aristide Briand ou Jean Jaurès. Et Alexis Lévrier de renchérir : "On a connu en France un président de la République, François Mitterrand, qui était interrogé par deux femmes de ses ministres, Anne Sinclair et Christine Ockrent. On riait sous cape, mais c'était accepté.

À ce passif historique, il faut ajouter des ingrédients plus contemporains. "Je n'isole jamais quelque chose qui se passe dans le journalisme de ce qui se passe dans la société, explique Jean-Marie Charon. Je pense que les journalistes, même si c'est parfois contesté, sont représentatifs aussi de la société française. Et donc, dans une société où le Front national ou le Rassemblement national fait 20% des voix, c'est pas tout à fait impossible qu'un certain nombre de journalistes soient dans cette sensibilité.

L'extrême droite plus présente sur les plateaux

À cela il faut ajouter une présence plus importante de l'extrême droite dans les médias. Le temps où le Front National d'alors était absent des plateaux est loin. "La pensée de droite est beaucoup plus représentée sur les plateaux télé ces dernières années__, détaille Alexis Lévrier. Que ce soit pour des raisons d'audience, pour des raisons d'évolution du spectre politique, ou de l'évolution de la population elle même. Il y a une surreprésentation de la droite, et surtout de l'extrême droite sur les plateaux télé. Donc on va se retrouver avec des passages de journalistes au Rassemblement National puisque c'est la fréquentation de ces deux mondes qui produit ce type de passage.

Sur l'antenne de CNews, Philippe Ballard a d'ailleurs reconnu qu'il est allé vers le parti d'extrême droite après avoir discuté avec des cadres du parti en marge de débats télévisés qu'il animait. Et Alexis Lévrier de conclure : "Les passages d'un monde à l'autre sont inévitables, mais on peut y mettre de la clarté et de la rigueur. Le point positif, c'est que les journalistes sont beaucoup plus sensibles à cette question là__. Cela ne va plus de soi comme avant.