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De la Guyane au désert saoudien, une expérience pour voir comment le corps s'adapte aux températures extrêmes

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Photo de la forêt guyanaise prise dans les environs du village de Saül.
Photo de la forêt guyanaise prise dans les environs du village de Saül.
© AFP - Jody Amiet

Vingt volontaires partent ce lundi pour la Guyane où ils vont vivre une quarantaine de jours dans la forêt amazonienne. Ils iront ensuite en Laponie et en Arabie Saoudite. L’opération Deep Climate a pour but de comprendre l’impact du changement climatique sur le corps humain.

L’aventure démarre ce lundi pour 20 volontaires : dix hommes et dix femmes. Direction la forêt amazonienne, en Guyane, où ils passeront plus de 40 jours, confrontés à une chaleur tropicale et un taux d’humidité épuisant. Ils participent à l’opération Deep Climate, conduite par Christian Clot. Accompagnés de chercheurs, ils découvriront aussi le froid polaire de la Laponie et le désert sec de l’Arabie saoudite. Trois terrains différents pour étudier le corps humain et les réactions du cerveau face à des températures extrêmes. Celle que nous pourrions connaître dans plusieurs dizaines d’années, à cause du réchauffement climatique.

L'impact de la chaleur sur le corps humain

Le réchauffement climatique va avoir des conséquences néfastes sur note santé, selon The Lancet. Une étude parue à l’automne 2022 révèle que le nombre de décès liés à la chaleur a augmenté de 68% dans le monde sur la période 2017-2021 par rapport à 2000-2004. Le changement climatique "engendre des répercussions dangereuses pour la santé", soulignait l’étude. Il y a quelques jours, Santé publique France dressait le bilan des épisodes de canicule de l’été. Le pays a enregistré un excès de mortalité de plus de 2.800 personnes.

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"Si on parle beaucoup du changement climatique et des conséquences sur la planète, on parle moins de l’impact sur les humains, et de ce que ça veut dire de changer de température", explique Christian Clot, l’organisateur du projet Deep Climate. "On veut vraiment essayer de comprendre ce que ça veut dire de changer de climat pour un humain, les risques sur la santé humaine et aussi comment on peut s’adapter à ces nouvelles conditions." Car aujourd’hui, les données sont parcellaires. "On a très peu de connaissances et très peu de recherches qui ont été faites", ajoute Mélusine Mallender, de l'Institut de l'Adaptation humaine.

Les conséquences néfastes du taux d'humidité

Christian Clot veut étudier les modifications physiologiques du cerveau qui peuvent s’opérer face à de nouvelles conditions de vie. "La manière de penser, de se projeter, de prendre des décisions, de comprendre une situation et de l’accepter pour enclencher le processus d’adaptation est très mal connue", explique le chercheur. Il prend pour exemple l’été caniculaire français de 2022. "On l’a vu l’été dernier avec les chaleurs, les gens vont moins vite, pensent moins vite, décident moins vite. La question est de savoir si nous pourrions, sans utiliser de machine énergivore, nous adapter et fonctionner de la même manière qu’aujourd’hui dans une chaleur beaucoup plus élevée."

Plus la chaleur est grande, "plus le rythme cardiaque va augmenter ou générer des capacités pour faire face à ces situations", selon Christian Clot. "On a une fatigue physiologique, qui peut se créer, et il faut trouver des manières de réduire cette fatigue." Et plus l’humidité sera forte, plus le corps sera en danger, "car il aura du mal à fonctionner", précise le chercheur. "Si l’humidité devient trop basse, en dessous de 10% comme en Arabie saoudite, là encore on trouvera d’autres difficultés."

Des tests durant l'aventure

Que ce soit en Guyane, en Laponie ou dans le désert, les volontaires passeront quarante jours sur place à chaque fois. Ces "climatonautes" n’ont pas l’habitude de se rendre dans ces pays. "Ce ne sont pas des professionnels entraînés, formés, comme des astronautes, des sous-mariniers", prévient Christian Clot. Ils sont ingénieur, médecin, agent de sécurité, joaillière ou encore développeur informatique et ont entre 25 et 50 ans.

Chaque jour, les volontaires vont marcher une dizaine de kilomètres. Pendant ce temps, l’activité cérébrale, le rythme cardiaque, l’oxygénation du cerveau seront analysés. Des prélèvements de sang et de salive seront réalisés. Les volontaires devront remplir des questionnaires pour évaluer les sensations, leur perception et leur moral. "On va recouper toutes les données pour essayer de comprendre à quel moment les personnes ont été impactées par les conditions et comment ils ont fait pour s’en sortir", résume Christian Clot.

Premiers résultats fin 2023

"Il y a une vraie confusion sur les températures évoquées aujourd’hui, quand on parle de 1,5 degré, la réalité est que cela bouleverse vraiment nos conditions de vie", poursuit l'explorateur. "Plus il fait chaud plus on climatise, plus on climatise plus on réchauffe, et la ville devient un étouffoir". Les volontaires reviendront de Guyane le 17 janvier, puis partiront en février en Laponie, et en mai en Arabie Saoudite. Les premiers résultats de l’étude sont attendus fin 2023.