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#DeboutLesFestivals : le mouvement opposé aux concerts assis prend de l'ampleur

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Pour les organisateurs de festivals, c'est debout ou rien
Pour les organisateurs de festivals, c'est debout ou rien
© AFP - LOIC VENANCE

La colère des organisateurs de festivals ne faiblit pas. Avec le #DeboutLesFestivals lancé ce lundi, ils appellent le gouvernement à revenir sur la contrainte d'accueillir le public assis, jugée nuisible à l'esprit même de ces évènements. À cause d'elle, des annulations sont attendues dans les prochains jours.

De plus en plus de festivals participent à l'action #DeboutLesFestivals sur les réseaux sociaux. Petits rassemblements comme géants du secteurs font part de leur opposition aux règles sanitaires annoncées par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, le 18 février dernier, pour permettre aux évènements de se tenir malgré le contexte de crise du coronavirus. 5 000 personnes maximum par jour, tout le monde distancié, masqué et assis. C'est ce dernier point qui provoque la colère des professionnel, pour qui c'est tout simplement inconcevable et irréaliste.

Festival debout ou annulé

Les images sont fortes : de grands espaces déserts avec une chaise vide en plein milieu. Ces lieux accueillent d'habitude des milliers voire des centaines de milliers de festivaliers tous les ans, face aux scènes où se produisent les artistes du monde entier. À travers cette série de photos postées sur Facebook, Twitter et Instagram, le message est simple : en 2021, les festivals d'été se tiendront debout ou ne se tiendront pas. "La beauté des photos démontre la passion qu'ont les gens pour leur métier. Leur festival, c'est quelque chose qu'ils portent en eux, c'est une partie de leur âme et de leur vie qui est dedans. Avec une chaise vide, on montre qu'un festival qui se déroule habituellement debout ne peut pas fonctionner assis, c'est en contradiction avec l'esprit même des festivals de musiques actuelles", explique Angelo Gopee, le patron de Live Nation France et organisateur du Main Square Festival d'Arras.

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Déjà peu séduits par l'idée qui traîne depuis plusieurs mois d'organiser des évènements assis, plusieurs organisateurs ont lancé des études auprès des publics de festivals, les Eurockéennes, Musilac, We Love Green, afin de prendre la température. "Elles ont montré qu'il y avait à la fois une prise de conscience citoyenne des festivaliers, qui acceptent en majorité masques et tests à l'entrée, mais aussi un rejet de la contrainte assise", raconte Jean-Paul Roland, le directeur des Eurockéennes de Belfort. Et il a pu voir très concrètement comment les annonces du gouvernement, le fait d'imposer les concerts assis, ont eu un effet sur les festivaliers : "Avant les annonces, je vendais moins de billets que d'habitude, mais j'en vendais quand même 700 par semaine. Le 19 février, j'en vendais 10."

Sauver l'esprit des festivals

Une véritable douche froide pour les festivals. Eux qui voyaient des expérimentations de concerts se mettre en place, qui entendaient les avis scientifiques sur la faible circulation du virus en plein air, et qui attendaient un feu vert clair pour un retour plus ou moins à la normale cette année, se sont retrouvés perdus, avec le sentiment de ne pas être compris. Pour Jean-Paul Roland, "de dire aux festivals qu'on a juste qu'à mettre des chaises, avec une jauge à 5 000 personnes, qu'on soit en plein air ou non, dans un immense champ ou sur une petite place, et qu'en plus il n'y aura certainement pas de buvette, on aurait pu penser que c'était une provocation. Je pense qu'on essaye de transformer des festivaliers en spectateurs". Sauver une saison des festivals à tout prix", qu'est-ce que ça veut dire cet "à tout prix" ? On comprend l'empressement du ministère de la Culture à vouloir sauver la saison, et on les remercie, mais ça ne peut pas se faire à n'importe quel prix, et surtout pas au prix de tuer l'esprit des festivals."

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Très logiquement, l'idée d'illustrer cette colère s'est concrétisée avec cette image de chaise vide. Les organisateurs ne sacrifieront pas l'esprit de leur festival, dont l'essence même est de danser ou de passer un moment debout en écoutant de la musique. Plutôt que d'avoir une seule image, les festivals derrière le hashtag imaginent que de décliner le concept à chaque lieu aura plus d'impact. Et c'est le cas. Et ce qui était l'initiative de quelques-uns lundi est devenu un véritable mouvement. Aujourd'hui, 96 festivals participent à l'opération. "D'autres nous rejoignent tous les jours", salue Jean-Paul Roland. Y compris de plus petites structures, comme le Printemps de Pérouges, dans l'Ain. Pour sa directrice, Marie Rigaud, "il y a un élan de fraternité, du nord au sud de la France. Ça a cette vertu de nous fédérer, de nous faire se sentir moins seuls, moins isolés, parce que c'est une longue traversée du désert depuis un an. On a besoin de rallumer la flamme, de rallumer la lumière et le son."

Le risque d'une cascade d'annulations

Ces photos avec le #DeboutLesFestivals (4 000 tweets ces dernières 48h), en plus d'être partagées sur les réseaux sociaux par des festivaliers, recueillent de façon plus générale le soutien d'une grande partie des professions de la culture, des attachés de presse aux techniciens et artistes. Dans un message publié sur Instagram, Benjamin Biolay en appelle à Roselyne Bachelot et Emmanuel Macron :

Festival debout ou annulé. C'est une question de bon sens. Entendez-nous et tachez de nous répondre (…) On ne sous-estime pas la dangerosité du virus et nous sommes capables d'organiser cela dans le respect des gestes barrières.

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Mais le temps presse. Certains festivals, pour diverses raisons, que ce soit le rejet du assis ou les charges supplémentaires intenables (la location de gradins notamment), ont déjà jeté l'éponge, comme les Solidays et le Hellfest. Mais d'autres pourraient suivre. Et malheureusement, le fait que Roselyne Bachelot soit hospitalisée à cause du Covid n'aide pas. "C'est regrettable. On souhaite bien entendu un prompt rétablissement à Roselyne Bachelot. Mais il y avait une séquence de discussion qui s'ouvrait avec elle, une réunion mardi 23 mars, un conseil d'administration du Centre national de Musique pour valider les aides. Tout ça est bouleversé, mais le compteur tourne pour les festivals. Beaucoup d'entre nous devront prendre une décision d'annuler ou non dans les jours ou les semaines qui viennent", conclut Jean-Paul Roland.