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Déconfinement : les services de réanimation tremblent

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Les blocs opératoires, dont une partie de l'activité avait été suspendue, reprennent progressivement du service
Les blocs opératoires, dont une partie de l'activité avait été suspendue, reprennent progressivement du service
© Getty

En ce mercredi de réouverture, les services de réanimation, certes un peu moins tendus, restent encore chargés. Les soignants sont sur le qui vive : après plus d'un an d'efforts, ils redoutent le relâchement trop rapide d'une population en mal de vie sociale, et les conséquences d'un déconfinement trop rapide.

La réouverture, ce mercredi, des terrasses des bars, des nombreux commerces ou lieux de culture fermés depuis des mois est très attendue. Mais pour les soignants, cette envie de liberté fait naître la crainte d'un relâchement, une crainte que l'on peut constater au service de réanimation de l'hôpital Cochin à Paris. Dans l'une des unités Covid de l'hôpital, tous les lits sont encore pleins. La plupart des patients sont intubés, certains depuis deux mois. Fanny, l'une des infirmières du service, n'essaie même pas d'imaginer que ça va peut-être bientôt aller mieux. Pour elle, les jours s'enchaînent, les patients restent très lourds, elle est encore en mode combat.

À peine diplômée, Fanny a pris son premier poste ici en avril 2020. En l'espace de 13 mois, elle n'a pris qu'une seule semaine de vacances, "j'ai pourtant droit à plus d'une trentaine de jours !" précise-t-elle_, "mais dans le contexte, impossible de les prendre !"._ Elle se dit épuisée, le travail est lourd, les cas sont rudes à gérer, et l'ouverture des terrasses, elle le concède, ne lui dit rien de bon: "J'ai peur, bien sûr. Je comprends que les gens aient besoin de revivre, et je n'ai pas mon mot à dire là-dessus", dit-elle_, "ce sont des choix politiques, économiques, sociaux, et puis c'est important pour les gens de retrouver une vie sociale, même ici, il y a des soignants qui s'en réjouissent. Mais_ moi ici, je vois les malades, et les familles des malades, je vois les morts aussi... ça continue et franchement, j'ai peur.__" 

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On dit aux gens de revivre, mais le prix à payer c'est ce qu'on vit ici, au quotidien. Et le quotidien est rude.

Pour les soignants aussi, le confinement a été difficile 

À l'hôpital Cochin, il y a en temps normal 26 lits de réanimation. En poussant les murs, en créant des réanimations "éphémères", on est monté mi-avril, au plus fort de la crise, jusqu'à plus de 70 lits. On vient d'en refermer quatorze le week-end dernier, mais le Covid prend encore beaucoup de place, les 2/3 des lits de réanimation à peu près, même si le flux d'entrées commence à se tarir, comme l'explique le Professeur Alain Cariou, le directeur de crise : "On a eu en avril jusqu'à 6 entrées par jour, on est plutôt désormais sur un rythme de une à deux entrées par jour, c'est clairement plus calme". Il reconnait que la situation se détend un peu. "Avec la fermeture des 14 lits, on a pu libérer des équipes, ça donne un peu d'oxygène, mais dans les lits qui restent ouverts, c'est encore tendu, car on a des patients qui restent des semaines et des semaines, et souvent pour ces patients qui restent longtemps, hélas, une mortalité de 40% à peu près." Et après la vacation, "des soignants vraiment usés, qui, outre la fatigue, ne peuvent même pas se changer les idées et évacuer le stress en sortant de l'hôpital, puisqu'ils ne peuvent pas sortir".

La reprise de l'économie, la réouverture des terrasses et des commerces, Alain Cariou dit la comprendre. Les Français en ont besoin, l'économie aussi. L'hypothèse d'une quatrième vague n'en reste pas moins dans son esprit, même si la donne a quand même un peu changé avec la vaccination : "Comme tout le monde, je lis les infectiologues, les virologues et les épidémiologistes, et je vois bien que personne n'est capable aujourd'hui de pronostiquer la suite, ça dépend de tellement de facteurs", dit-il. "Donc je m'abstiens d'imaginer ou pas qu'il y aura une quatrième vague."

Plus de 20 millions de Français ont quand même reçu leur première dose de vaccin, et beaucoup ont croisé le virus, donc j'espère que si, par malheur, il y a une quatrième vague, elle sera quand même moins haute que ce qu'on a connu.

Alain Cariou n'a pas non plus pris beaucoup de congés depuis mars dernier. Quelques jours en juillet dernier, et ces jours-ci, pour l'Ascension. Il reconnait que beaucoup de soignants ont renoncé à leurs congés, ces derniers mois, il s'est pourtant efforcé d'en accorder tant qu'il pouvait, pour qu'ils tiennent, sur la longueur.

Car il y a le Covid mais le reste aussi, qui prend du retard, et qu'il faut rattraper. À Cochin, depuis quelques semaines, on a dû annuler beaucoup d'interventions pour libérer du personnel, et les blocs opératoires ne fonctionnaient plus qu'à 60%. Avec la décrue des cas de Covid, on devrait pouvoir remonter dans les prochains jours à 70%.