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Déconfinement, risque de "quatrième vague" : ce que dit le dernier avis du conseil scientifique

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Le conseil scientifique, présidé par Jean-François Delfraissy, s'est "auto-saisi" pour rédiger un avis sur la situation actuelle.
Le conseil scientifique, présidé par Jean-François Delfraissy, s'est "auto-saisi" pour rédiger un avis sur la situation actuelle.
© AFP

Une réouverture "prudente" pour éviter une "quatrième vague" : nous avons résumé ce que contient le dernier avis du conseil scientifique de 36 pages.

Le président de la République a annoncé un calendrier de levée progressive des restrictions à partir du 19 mai prochain. Le conseil scientifique, qui jusqu'alors répondait aux demandes de l'exécutif, s'est cette fois "auto-saisi" pour rédiger un avis sur la situation actuelle. L'instance, composée de plus d'une quinzaine de spécialistes, se dit "pour une réouverture prudente et maitrisée, avec des objectifs sanitaires", comme l'indique le titre de cet avis, transmis jeudi soir au gouvernement et rendu public vendredi

Selon le conseil, nous entrons dans une période "difficile" (jusqu'à fin juin), durant laquelle va se poursuivre "la course de vitesse entre variants et vaccination", notamment "dans les régions où le virus continue à circuler à un niveau élevé". Risque d'une quatrième vague, mises en garde sur la réouverture... voici point par point ce que contient cet avis. 

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Sur la situation actuelle

Dans son avis, l'instance, présidée par Jean-François Delfraissy, se satisfait d'une amélioration "récente et nette" de l'incidence mais souligne une "situation toujours très tendue", notamment à l'hôpital avec une saturation des soins critiques, des déprogrammations d'opérations, une moins bonne prise en charge des patients non-Covid. 

Le retour à une phase moins critique de l’épidémie n’implique pas que l’épidémie soit terminée à l’approche de l’été. Les prochaines semaines restent incertaines et à risque de reprise épidémique.

"Le climat estival pourra avoir un effet bénéfique" sur la circulation du virus, note le conseil, en plus de la vie plus "extérieure" en été, même si l'an dernier "le virus a de nouveau commencé à circuler de façon active en France dès le début du mois de juillet"

Sur les variants

À en croire ce nouvel avis, les variants autres que le variant dit "britannique" représentent "un danger indiscutable, en particulier pour ceux qui peuvent entrainer un phénomène d’échappement immunitaire (mutation 484K/Q)". L’émergence de ce type de variants est favorisée, selon le conseil, par une circulation virale élevée dans un contexte d’immunité incomplète. La situation en Île-de-France est à surveiller de près. 

Le conseil scientifique souligne aussi la situation internationale "préoccupante" sur ce point, avec des situations sanitaires très difficiles en Inde, au Brésil, au Chili ou en Argentine. 

Sur le calendrier de réouverture

La réouverture "apparaît souhaitable et même nécessaire", pour le conseil scientifique. Elle "répond à de fortes attentes et donne une perspective à l’ensemble de la société, perspective dont les bénéfices psychologiques, sociaux et économiques sont sans doute majeurs"

Mais sur le plan proprement sanitaire, elle doit être la plus prudente possible, recommandent les scientifiques qui interrogent aussi le calendrier fixé par Emmanuel Macron et les indicateurs qui accompagnent cette reprise. Le chef de l'État a en effet mis en avant, par exemple, un nouveaux seuil d'incidence bien plus élevé que lors des précédents déconfinements ou que ceux retenus par nos voisins européens. 

"L’option d’un plateau bas est nettement préférable à celle d’un plateau haut. (...) [Elle] permettrait d’atteindre un niveau de couverture vaccinale suffisant pour envisager sereinement le relâchement des restrictions et aborder la période estivale dans les meilleures conditions."

"Le niveau auquel se stabilisera la circulation virale au cours de la réouverture conditionnera l’évolution de l’épidémie dans les mois à venir", disent encore les scientifiques. S’il est bas, avec par exemple une incidence inférieure à 100 cas pour 100 000 habitants par semaine, profitant de la dynamique descendante en cours, "les mois qui viennent seront beaucoup plus faciles à gérer". S’il est élevé, en revanche, "les mois qui viennent seront très incertains", dit le conseil selon qui une sortie "précipitée" pourrait entrainer, durant l’été 2021, la formation d'une possible 4ème vague.  

Le conseil scientifique souligne enfin "la responsabilité accrue sur chacun", avec l'allègement des mesures collectives. "Le moment n'est pas encore venu de baisser la garde et le respect des gestes barrières reste indispensable (...) pour aller vers un début d’été plus serein."

Sur la vaccination

La vaccination, dont la campagne s'accélère en France, "constitue une grande partie de la solution", souligne l'avis du conseil, mais présente "des limites" en raison "du décalage entre les conditions de réouverture envisagées et le niveau de vaccination de la population qui sera atteint". Cela peut exposer la population à la diffusion de variants, qui réduiraient les bénéfices de la vaccination, estime le conseil. Et si la vaccination aura un effet certain sur la pression hospitalière et la mortalité, son impact sur la circulation du virus sera limité : le freinage du virus reste très lié aux mesures de restrictions et aux gestes barrières.

Jusqu'à l'été, le conseil recommande de pouvoir vacciner à marche forcée, 500 000 personnes par jour au moins, en même temps que se met en place la réouverture, pour aboutir à 35 millions de primovaccinés d’ici fin juin. La stratégie de vaccination doit désormais "cibler les adultes", avant de réfléchir à la vaccination ou non des enfants à l'automne. 

Enfin , en rendant les doses disponibles accessibles à tous les majeurs à partir du 12 mai, le chef de l'État a aussi anticipé l'avis du conseil scientifique qui juge enfin que, "de façon pragmatique, si des possibilités de vaccination restent libres, il faut que des populations plus jeunes et non à risque de forme grave puissent y avoir accès".