Accès "VVIP", courses de dromadaires, buildings abandonnés : carnet de bord d'un journaliste au Qatar

Publicité

Accès "VVIP", courses de dromadaires, buildings abandonnés : carnet de bord d'un journaliste au Qatar

Par
Des dromadaires à Doha, capitale du Qatar
Des dromadaires à Doha, capitale du Qatar
© Radio France - Jérôme Val

Coulisses, rencontres, impressions : chaque jour, Jérôme Val, envoyé spécial de France Inter au Qatar, nous raconte les à-côtés de ce Mondial de foot hors norme.

C'est à coup sûr une Coupe du Monde de foot très particulière qui se déroule au Qatar jusqu'au 18 décembre. Décriée (et parfois boycottée) en raison de son coût écologique, du traitement des travailleurs étrangers, du non-respect des droits des femmes et des LGBTQI+ par ce riche État gazier... Mais à quoi ressemble cet événement, vu de l'intérieur ? Jérôme Val, envoyé spécial de Radio France au Qatar pour suivre le Mondial, nous livre ses impressions au jour le jour depuis son arrivée sur place.

Samedi 19 novembre : morne plaine

La veille d’une Coupe du monde, c’est d’ordinaire un joyeux bazar : des supporters dans tous les coins, de la musique et des chants. La planète entière débarque dans le pays organisateur. Sauf cette année. Vol QR 042, aéroport international Hamad de Doha. Trois supporters mexicains avec leur large sombrero sur la tête prennent leurs valises sur le tapis roulant. Deux Sénégalais chantent à tue-tête, sous l’œil intrigué d’un douanier qatarien, peu habitué à ce genre "d’exubérances". Un taxi me conduit à l’hôtel. Son chauffeur est un Ghanéen qui vit depuis sept ans dans l’Emirat. "La ville est belle ?", lui demande-je. "Oui, ça va", me répond-il, avec l’envie de ne pas m’en dévoiler plus.

Publicité

Arrivée à l’hôtel Hampton, tout près de la Corniche. C’est là que logent de nombreux journalistes étrangers. Le nom complet de l’établissement : Hampton by Hilton "Old Town". Le bâtiment le plus vieux du quartier doit avoir tout au plus trois ans ! Ce n’est qu’une succession de hauts édifices, dont un entièrement doré. C’est chic !

Aéroport international Hamad de Doha
Aéroport international Hamad de Doha
© Radio France - Jérôme Val

Dimanche 20 novembre : le mirage Al-Bayt

C’est le grand jour : le coup d’envoi de la 22ème Coupe du monde est donné. Direction le nord du Qatar pour le match d’ouverture Qatar/Equateur. Une heure de route, les gratte-ciels laissent la place à de plus petits bâtiments, puis au désert rocailleux. Et tout à coup, dans la brume de chaleur, la silhouette du stade Al-Bayt nous apparaît. Tel un mirage.

L'édifice a été construit au milieu de nulle part : une architecture en forme de tente des peuples nomades de la région. L’intérieur du toit est recouvert de grands tissus colorés, comme un rappel à l’histoire du Qatar. Ce stade est aussi un symbole des dérives de la compétition : selon le journal britannique "The Guardian", c’est sur ce chantier, balayé par un vent chaud et étouffant l’été, qu’il y aurait eu le plus de victimes. Impossible de ne pas y penser.

L’image de cette soirée inaugurale, ce sont ces spectateurs qatariens qui quittent leur siège au fil de la deuxième période. A la fin du match, le stade est à moitié vide. "Nous n’avons pas l’habitude d’aller au stade mais de regarder le foot à la télévision, en famille et avec des amis", nous assure l’un d’entre eux. En plus, le match est pauvre. Le mondial ne pouvait pas aussi mal démarrer.

Dans la brume de chaleur, la silhouette du stade Al-Bayt nous apparaît
Dans la brume de chaleur, la silhouette du stade Al-Bayt nous apparaît
© Radio France - Jérôme Val

Lundi 21 novembre : mais c’est quoi cette ville ?

Je prévois un reportage sur la presqu’île artificielle de Qetaifan, au nord de Doha. Et c’est parti pour trois quart d’heure de route. Les mêmes paysages : des gratte-ciels et encore des gratte-ciels. Les architectes doivent s’en donner à cœur joie. On emprunte de larges avenues de bitume, quatre ou cinq voies selon les portions. Et quand les routes se croisent, ça donne d’énormes carrefours. Énormes, comme le sont les stations-services, rutilantes et à faire pâlir de jalousie un automobiliste français. Ici, un plein, c’est au maximum 15 euros. Le prix d’une pinte de bière !

La voiture ici a d’ailleurs un statut à part. Dans beaucoup de bâtiments, dont celui qui sert de centre d’accréditation pour ce mondial, les parkings sont en surface et les bureaux et les êtres humains en sous-sol. Histoire de garder un peu de fraîcheur certes mais visuellement, c’est particuliers. L’autre moyen de se déplacer, c’est le métro : trois lignes de couleurs (verte, rouge et jaune), très pratiques pour les supporters pour aller au stade. Une curiosité aussi : on a l’impression d’entrer dans l’Orient-Express, des sièges confortables, des dorures un peu partout, presque à l’excès. Un métro à l’image du pays en somme.

Sur la presqu’île artificielle de Qetaifan
Sur la presqu’île artificielle de Qetaifan
© Radio France - Jérôme Val

Mardi 22 novembre : le sens de la fête ?

La nouvelle était tombée juste avant le début de la compétition : pas d’alcool autour des stades. Une hérésie pour de nombreux supporters pour qui, un Mondial, c’est de la bière et des jeux. Pour s’offrir une pinte (attention au porte-monnaie !), il faut boire caché. Quelques lieux connus des amateurs : un Irish Pub au 14ème étage d’un grand hôtel, le roof-top d’un autre luxueux hôtel où il faut s’acquitter d’un billet de 150 riyals qatariens (40 euros) et montrer patte blanche (en l’occurrence son passeport) pour pouvoir rentrer. Beaucoup de Britanniques et quelques Sud-américains tentent leur chance.

L’autre moyen pour acheter de l’alcool, c’est de demander un permis officiel délivré par les autorités : 2000 riyals par mois maximum (plus de 500 euros) pour des bouteilles et interdiction d’en consommer dans la rue. Si une bouteille vide est retrouvée sur la voie publique, un scan permet d’en retrouver le propriétaire. Au moins, on s’évite les défilés éthyliques de supporters dans les rues le soir !

Des supporters se retrouvent dans un pub au sommet d'un hôtel
Des supporters se retrouvent dans un pub au sommet d'un hôtel
© Radio France - Jérôme Val

Jeudi 24 novembre : Lusail, la ville surgie de nulle part

Direction le stade de Lusail pour le match phare du jour entre le Brésil et la Serbie. Je m’arrête quelques heures dans cette ville nouvelle, au nord de Doha, construite à l’occasion de la Coupe du monde et trouver le bon qualificatif pour la décrire est périlleux : excentrique, fantasque, irréelle ou tout simplement inutile ? Il faut imaginer des dizaines de gratte-ciel sortis de terre en quelques années. Avant, il n’y avait que le désert et quelques plages.

À coups de dizaines de milliards de dollars, l’Émirat s’est offert une ville de 200 000 habitants. "La vie y est belle", me confie un habitant. Et tranquille : ce jour-là, on dirait une ville fantôme. Peu de circulation, presque personne dans les rues, si ce n’est les agents de sécurité et les gardiens à l’entrée des immeubles, des Indiens et des Pakistanais en très grande majorité. La seule foule, on la trouve à l’entrée d’un énorme centre commercial aux allures d’un grand palais austro-hongrois : toutes les grandes enseignes occidentales y ont leur espace.

Beaucoup de ces bâtiments à l’architecture toujours plus audacieuse sont des hôtels : des milliers de chambres. Mais après le Mondial dans quelques jours, qui les occupera ? Le Qatar aurait-il vu trop grand ?

Les Katara Twin Towers, hôtel de luxe symbole de la nouvelle ville de Lusail
Les Katara Twin Towers, hôtel de luxe symbole de la nouvelle ville de Lusail
© Radio France - Jérôme Val
Lusail, nouvelle ville de 200 000 habitants continue ses constructions
Lusail, nouvelle ville de 200 000 habitants continue ses constructions
© AFP - Jérôme Val

Samedi 26 novembre : la fierté arabe

Depuis hier, le Qatar est officiellement éliminé de son mondial. Un pays hôte à la porte aussi précocement, c’est une première dans l’histoire de la compétition. L’Emirat n’en fait pas un drame national. L’élimination des "Al-Annabi" ("les Bordeaux") est accueillie dans la capitale avec un mélange de fatalisme et d’indifférence. Mais là n’est pas l’essentiel pour le Qatar.

Avec l’Arabie Saoudite séduisante, la cohorte colorée de supporters, le monde arabe brille sur et en dehors des terrains dans cette entame de Coupe du monde. La voilà, la fierté pour le monde arabo-musulman. Dans les tribunes, c’est un mélange de drapeaux tunisiens, marocains, saoudiens, qatariens et même palestiniens. C’est un aspect que nous n’avions sans doute pas assez mesuré, avec notre regard d’Européens et d’Occidentaux.

Dans un bus, je discute avec mon voisin de siège. Il s’appelle Khaled, ce Tunisien vit au Qatar depuis 12 ans. Il me montre son écusson : il est militaire dans la garde personnelle de l’émir. Et pour lui aucune ambiguïté, ce mondial est une réussite, quitte à chagriner les Européens. Ce sentiment est loin d’être isolé.

Des supporters tunisiens après leur match contre l'Australie
Des supporters tunisiens après leur match contre l'Australie
© Radio France - Jérôme Val

Dimanche 27 novembre : l’embouteillage journalistique

Une coupe du monde, c’est aussi une tour de Babel journalistique : des confrères de quasiment tous les pays couvrent l’événement, des milliers de journalistes et autant d’habitudes de travail. Des confrères marocains s’enflamment pour la première victoire des "Lions de l’Atlas" dans cette Coupe du monde. En tribune de presse, on croise d’anciennes stars du foot reconverties en consultants. Coucou John Terry, l’ancien défenseur de Chelsea et de l’Angleterre, ou la star colombienne Carlos Valderrama qui multiplie les selfies.

Mais la palme du plus joyeux bazar revient sans aucune contestation possible aux Brésiliens. Il faut imaginer une zone mixte, l’endroit où l’on peut faire des interviews de joueurs après les matches, de presque 200 mètres de long et qui se transforme en scène théâtrale : des journalistes micro en main, caméra à l’épaule, qui se bousculent dès qu’un joueur star de la Seleçao sort du vestiaire. Le brouhaha double de volume si c’est Neymar, son joueur emblématique. Chacun veut poser sa question. Après le match contre la Serbie, le capitaine brésilien a dû s’arrêter au moins 30 fois pour des interviews. Il est déjà presque 2 heures du matin à Doha.

La tribune de presse du stade Al-Thumama lors du match Iran-États-Unis
La tribune de presse du stade Al-Thumama lors du match Iran-États-Unis
© Radio France - Jérôme Val

Mardi 29 novembre : les travailleurs migrants ont aussi droit au foot !

Qu’on se le dise : la Coupe du monde de football doit être une fête pour tout le monde ! À Doha, les organisateurs qatariens ont donc installé une fan zone pour les travailleurs migrants, ces petites mains qui ont façonné le pays ces dernières années. Pas dans le centre-ville, au bord de la mer, comme celle de la Corniche. Mais dans un stade de cricket, dans le bien nommé quartier d’Asian Town, là où s’entassent des centaines de milliers de travailleurs venus d’Asie ou d’Afrique. Nous sommes dans une zone industrielle balayée par le vent, au bord d’une voie rapide.

Mais tout y est : l’écran géant, des poufs de toutes les couleurs pour s’assoir, des buvettes, des petits terrains de foot pour s’occuper avant les rencontres ou à la mi-temps. Toute la journée et surtout en soirée, des milliers de personnes, des Indiens, des Népalais, beaucoup de Kenyans recrutés ces derniers mois pour assurer la sécurité dans les stades, viennent regarder les matchs du mondial. Impossible pour la plupart d’entre eux d’acheter des billets pour les matchs ou même d’aller dans les fan zones du centre-ville avec les visiteurs étrangers, trop loin de chez eux ! La fête oui, mais pas avec tout le monde.

La fan zone d'Asian town
La fan zone d'Asian town
© Radio France - Jérôme Val

Mercredi 30 novembre : tous vers le souk

Le Souq Waqif, c’est l’épicentre populaire de ce Mondial, le rendez-vous des supporters avant de se rendre au stade. Si vous imaginez un marché aux ruelles chargées d’histoire, des sols dallés qui auraient été foulés par des millions de pas depuis des siècles, passez votre chemin. Le Souq Waqif, à quelques encablures de la Corniche, a été entièrement rénové au milieu des années 2000. Mais constitue presque une antiquité au milieu des buildings flambants neufs !

De petites échoppes aux murs de torchis brun, des effluves d’épices, des souvenirs sans aucun doute venus de Chine : rien ne manque. Le sol est impeccable, nettoyé régulièrement par des agents tout au long de la journée. Un peu plus loin, une trentaine de dromadaires patientent dans un petit enclos.

Reste l’ambiance bigarrée de ce site incontournable de Doha : un mini-monde grâce aux fans. Des Argentins, le maillot ciel et blanc de l’Albiceleste portée en tunique, croisent supporters des "Socceroos" (le surnom des joueurs australiens). Un masque de catcheur sur le visage, des Mexicains défilent en musique, sous le regard tantôt amusé, tantôt interloqué des familles qatariennes. Exceptionnellement, durant ce Mondial, le Souk Waqif est ouvert 24 heures sur 24, comme bat le cœur de ce mondial.

Entièrement rénové dans les années 2000, le Souq Waqif de Doha est le cœur battant de ce mondial
Entièrement rénové dans les années 2000, le Souq Waqif de Doha est le cœur battant de ce mondial
© Radio France - Jérôme Val

Vendredi 2 décembre : les pieds dans l’eau

Il y a un autre lieu prisé des supporters : la plage de Katara, au nord de la capitale. Une étendue de sable, d’eau bleue du Golfe arabique et pour horizon les gratte-ciel de la nouvelle ville de Lusail. Un maître-sauveteur nageur s’assoupit, à l’ombre d’un parasol, une planche de surf à ses côtés. La surface de l’eau est plate, l’espace pour se baigner est riquiqui. À quelques mètres, d’insupportables jet-skis font vrombir leur moteur ridicule !

Les fans ont leur partie de plage à eux, entre l’espace réservée aux familles et celui dédiée aux femmes seules avec enfants. Ambiance virile : que des hommes, beaucoup d’Argentins, assis à l’ombre sur leur chaise, de la musique du pays dans les enceintes et de grands drapeaux déployés à la gloire de Diego Maradona et Lionel Messi. Ils tuent le temps, en attendant les matches du soir.

La plage de Katara, au nord de la capitale
La plage de Katara, au nord de la capitale
© Radio France - Jérôme Val

Dimanche 4 décembre : encore mieux que le luxe

Comme le Qatar ne fait pas les choses à moitié, il a inventé une nouvelle façon de regarder un match : les espaces "VVIP", encore mieux que les "VIP" ("Very important person"). Accès privilégié, champagne (alors que l’alcool est interdit au stade), avec voiture qui vous emmène à l’entrée du stade. Mais ce comble du luxe a un prix : des milliers de dollars le siège. Pas de problème, les moyens sont illimités pour certains princes de l’émirat.

Chaque stade possède son accès VVIP, pour ces "Very very important" personnalités. Chacun a aussi son design soigné. Le stade Al-Thumama représente le gahfiya, le couvre-chef traditionnel porté par les hommes au Moyen-Orient. Le stade de Lusail, le plus grand, celui accueillera la finale, est orné de motifs qui rappellent la décoration de bols et de récipients du monde arabo-musulman. Les architectes du stade Al-Janoub ont opté pour une forme de voile traditionnelle qatarienne. Peut-on juste dire que ces stades sont beaux sans penser aux conditions épouvantables et macabres de leur construction ? Ces hommes, en majorité venus d’Asie, ont œuvré jour et nuit, souvent au prix de leur vie. Je laisse chacun répondre.

Chaque stade possède son entrée privilégiée "VVIP", pour ceux qui sont prêts à mettre des milliers de dollars pour une place
Chaque stade possède son entrée privilégiée "VVIP", pour ceux qui sont prêts à mettre des milliers de dollars pour une place
© Radio France - Jérôme Val

Lundi 5 décembre : faire du sport mais où ?

En ce moment à Doha, les températures sont très clémentes : dans la journée, elles dépassent rarement les 29 degrés et sont même descendues à 23-24 degrés en plein soleil. Un répit météo pour les habitants qui doivent affronter au plus chaud de l’été des températures approchant la marque folle des 50 degrés. Dans un tel climat hostile, comment faire du sport dans un pays où selon les études, les trois-quarts de la population souffrent de surpoids ? Le Qatar vit de jour comme de nuit avec la climatisation : impossible de s’en passer. À la maison, dans les voitures, dans les magasins, dans le métro, et même dans les stades de cette Coupe du monde (un seul sur 8 n’est pas climatisé).

La clim, c’est donc la solution pour faire de l’exercice. Le 17 octobre dernier, l’émirat a inauguré une piste de running climatisée. La plus longue du monde, cela va de soi… 1,143 kilomètre de long pour courir au frais. Pas plus de 26 degrés à l’intérieur de ce tunnel semi-ouvert.

Les autorités qatariennes visaient à son lancement des milliers de pratiquants quotidiens. Le jour où j’y suis allé, je pouvais les compter sur les doigts d’une seule main. Le pari de faire bouger les Qatariens n’est pas gagné et la vie sous climatisation aura la vie dure pour longtemps.

Selon les autorités qatariennes, une piste de running climatisée est la meilleure solution pour faire du sport en extérieur
Selon les autorités qatariennes, une piste de running climatisée est la meilleure solution pour faire du sport en extérieur
© Radio France - Jérôme Val

Mardi 6 décembre : plus fort que le ballon rond

Le Qatar, centre mondial du football ? Oui, jusqu’au 18 décembre, mais le ballon rond ne pourra jamais concurrencer une passion nationale : les courses de dromadaires. Le sport "numéro 1" dans l’émirat, m’a-t-on assuré.

Direction le "Camel Racing Track" d’Al Shahaniya, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Doha : c’est la piste de course la plus importante du pays. Une institution. Nous sommes reçus comme des rois : dattes séchées, jus d’orange et l’inévitable karak, le thé au lait. On ne badine pas avec l’hospitalité des gens du désert. Les courses de dromadaires font partie de la culture du pays et plus généralement des petits émirats du Golfe. Mais désormais, elles se déclinent dans la version XXIe siècle.

Il est interdit de chevaucher (ou "dromadairer" mais je ne suis pas sûr) cet animal depuis 2014 : trop d’accidents, parfois mortels, avec des enfants-jockey. Ce sont désormais des robots, avec talkies-walkies pour les encourager et une cravache mécanique, qui les guident. Des robots aux couleurs des grandes familles de propriétaires de dromadaires : on ne s’improvise pas en chef de chameaux ! Il faut être riche, très riche pour ce sport qui peut rapporter très gros : 5 millions de riyals qatariens pour les courses les plus prestigieuses (1,3 million d’euros). Comme il n’y a pas de paris, tout est offert par les autorités du pays.

La course est partie : une longue piste de sable de 4 kilomètres de long et sur le côté, deux routes bitumées : les propriétaires et les entraîneurs suivent la meute de dromadaires dans leur 4x4 rutilantes, une centaine de voitures rugissant à quelques mètres de bêtes dont les pointes de vitesse peuvent aller jusqu’à 65 km/h. Des voitures pour suivre des dromadaires : pas de doute, nous sommes au Qatar, où rien ne se fait comme ailleurs.

Les courses de dromadaires sont la passion du Qatar
Les courses de dromadaires sont la passion du Qatar
© Radio France - Jérôme Val

Mercredi 7 décembre : une croissance trop rapide ?

En quittant l’hôtel, je passe par une ruelle pour rejoindre la Corniche et je tombe sur un immense building, à peine construit et déjà abandonné. Les vitres sont salies par le sable venu du désert, des morceaux de façade sont tombés au sol. Ce bâtiment est cerné par des édifices flambant neufs. Faut-il y voir une sorte d’allégorie ? Un mauvais présage pour l’avenir de ce pays ?

Cette "terre oubliée de Dieu", comme on surnommait ce territoire désertique il y a quelques décennies, s’est construite en un temps record. Trop vite ? Doha, la capitale ultra-moderne, tente de célébrer son passé mais ça sonne un peu faux. Exemple : des bateaux de bois pour rappeler son histoire maritime mais qui sentent le neuf, des marchés comme à Katara où des pêcheurs ouvrent des huîtres perlières devant des touristes ébahis. Le Qatar, qui lorgne déjà sur l'organisation des Jeux Olympiques, a édifié son avenir à coup de milliards de dollars mais peine à faire vivre son héritage.