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Démission de Liz Truss : ces 44 jours de "turbulences" qui ont mené au crash

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Liz Truss lors d'une conférence de presse à Londres, le 14 octobre 2022.
Liz Truss lors d'une conférence de presse à Londres, le 14 octobre 2022.
© AFP - Daniel LEAL / POOL

Acculée, la Première ministre britannique Liz Truss a démissionné, 44 jours seulement après son arrivée au pouvoir. Du jamais vu. Retour sur six semaines de descente aux enfers.

"Etant donné la situation, je ne peux accomplir le mandat pour lequel j'ai été élue par le parti conservateur. J'ai donc parlé à sa majesté le Roi pour lui notifier que je démissionne", a déclaré la dirigeante de 47 ans devant le 10 Downing Street, dans une très courte prise de parole. Un scrutin pour lui trouver un successeur au sein du parti conservateur aura lieu "d'ici à la semaine prochaine", a ajouté celle qui devient le Premier ministre à être resté le moins longtemps à Downing Street dans l'histoire britannique moderne, avec seulement 44 jours en poste.

Rembobinons. Le 5 septembre dernier, Liz Truss est élue par les conservateurs britanniques pour devenir Première ministre et succéder à Boris Johnson. Le lendemain, elle est reçue par la reine d'Angleterre au château écossais de Balmoral. Ce seront les dernières photos officielles de la reine, qui décédera deux jours plus tard. Après 12 jours de commémorations lors desquels la politique est mise sous cloche, les affaires reprennent avec un déplacement à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies. Elle rentre au Royaume-Uni deux jours plus tard pour s'attaquer à la grave crise du coût de la vie. Le début des turbulences.

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26 septembre : la livre au plus bas historique après un "mini-budget" dispendieux

Lundi 26 septembre, la livre sterling plonge à son plus bas historique face au dollar en réaction à un plan de dépenses massif qui fait craindre un dérapage des finances publiques. Trois jours avant, le gouvernement a présenté un "mini-budget" avec notamment des baisses d'impôt sur le revenu pour la tranche supérieure d'imposition, en plus de celles qui avaient été distillées dans les médias auparavant, assorties d'aides massives aux factures énergétiques en pleine crise du coût de la vie. Les économistes évaluent l'ensemble du paquet fiscal entre 100 et 200 milliards de livres, inquiétant les opérateurs sur la capacité du Royaume-Uni à emprunter. Quelques jours plus tard, le FMI lui-même appelle Downing Street à rectifier le tir. Face à des "risques réels pour la stabilité financière britannique", la Banque d'Angleterre est obligée d'intervenir dans l'urgence.

L'opposition travailliste fustige ces dépenses. La responsable des questions financières Rachel Reeves parle d'une "urgence nationale" et qualifie le ministre des Finances Kwasi Kwarteng et la première ministre Liz Truss de "deux parieurs désespérés qui courent après leurs pertes au casino". Les difficultés s'accumulent pour le gouvernement conservateur. Le Labour avance ses pions et se dit prêt à gouverner.

29 septembre : Liz Truss défend ses "décisions controversées et difficiles"

Le 29 septembre, malgré les appels à revenir sur les baisses massives d'impôts qui ont placé le Royaume-Uni au bord de la crise financière, la Première ministre Liz Truss défend ses mesures "controversées et difficiles". "Nous devions mener une action décisive pour aider les gens pour cet hiver et le suivant. (...) Cela veut dire prendre des décisions difficiles et controversées, mais je suis prête à le faire en tant que Première ministre", déclare-t-elle sur la BBC. Moins d'un mois après l'arrivée de la dirigeante conservatrice ultralibérale à Downing Street, le Labour recueille 54% des intentions de vote (+9 points), contre seulement 21% pour les Tories (-7 points), dans un sondage publié par le Times. Les critiques montent au sein même de sa majorité.

30 septembre : plus de la moitié des Britanniques estiment que Liz Truss devrait démissionner

Le 30 septembre, alors que Liz Truss occupe le poste de Première ministre depuis moins d'un mois, plus de la moitié des Britanniques estiment qu'elle devrait démissionner, selon un sondage de l'institut YouGov. Au total, 51% des Britanniques estiment que Liz Truss doit quitter son poste. Parmi les électeurs conservateurs, ils sont un tiers (36%) à penser eux aussi qu'elle devrait démissionner. Un nouveau revers après une semaine de turbulences financières et politiques provoquées par le projet économique de la dirigeante. La présentation de son "mini-budget" à base de baisses d'impôts massives financées par la dette a affolé les marchés, et les habitants.

3 octobre : Liz Truss contrainte à une première volte-face

Lundi 3 octobre, le "mini-budget" ne passe toujours pas en Angleterre, l'obligeant à opérer une spectaculaire volte-face, revenant sur une baisse d'impôts pour les plus riches, mesure qui avait suscité de nombreuses critiques jusque sur les bancs de la majorité. Une décision annoncée sur Twitter. "Il est clair que la suppression du taux d'imposition à 45% (pour les contribuables dont les revenus excèdent 150.000 livres sterling par an) a éclipsé notre mission de nous attaquer aux difficultés dans notre pays. Par conséquent, j'annonce que nous n'allons pas la poursuivre", a tweeté le ministre des Finances Kwasi Kwarteng, quelques heures avant de prendre la parole au Congrès annuel des conservateurs à Birmingham.

Pourtant, la veille, la Première ministre excluait catégoriquement de renoncer à cette annonce controversée.

5 octobre : la Première ministre tente tente de réaffirmer son autorité à un congrès de son parti

Mercredi 5 octobre, déjà affaiblie, Liz Truss tente de reprendre l'ascendant au dernier jour d'un congrès du parti conservateur, miné par les dissensions internes sur la politique à mener pour sortir le Royaume-Uni de la crise. "Dans ces temps difficiles, nous devons agir. Je suis déterminée à faire avancer le Royaume-Uni pour nous sortir de la tempête", annonce alors la Première ministre. Elle en profite pour insister sur ses priorités pour rassurer : baisser les impôts, améliorer le service de santé et la lutte contre l'immigration illégale. Une approche budgétaire qu'elle assure "responsable", mais qui continue de faire grincer des dents.

10 octobre : des prévisions budgétaires avancées pour calmer le jeu

Le 10 octobre, pour calmer les turbulences financières déclenchées par les annonces fiscales massives et non chiffrées du gouvernement, le mois dernier, Kwasi Kwarteng, le ministre des Finances britannique a annoncé qu'il avançait du 23 novembre au 31 octobre la présentation de prévisions budgétaires. Ce plan était très attendu, car il est censé expliquer comment le gouvernement va équilibrer les comptes.

12 octobre : la Première ministre campe sur ses positions

Le 12 octobre, deux jours après la présentation de prévisions budgétaires et malgré l'inquiétude des marchés, Liz Truss campe sur ses positions devant les députés. Elle affirme qu'elle ne réduira pas les dépenses publiques malgré les baisses d'impôts promises. Cette diminution des rentrées fiscales sera compensée par "de la croissance" et de la dette, alors que le taux d'emprunt de l'État britannique sur les marchés est monté à 5%.

13 octobre : des Tories évoquent de potentiels remplaçants

Jeudi 13 octobre, signe des divisions internes au sein du parti conservateur, certains Tories évoquent une liste de noms qui circulent pour remplacer Liz Truss à Downing Street. "Des députés conservateurs sont en train de sonder pour un possible remplacement de Kwasi Kwarteng et même éventuellement de Liz Truss", indique Paul Goodman, ancien député et rédacteur en chef de ConservativeHome. Depuis Washington où il assiste aux réunions annuelles du FMI et de la banque mondiale, Kwasi Kwarteng se dit sûr qu'ils seront tous les deux encore en poste dans un mois.

14 octobre : le ministre des Finances est remercié

Le 14 octobre, le ministre des Finances Kwasi Kwarteng, rentré en urgence de Washington, se rend à Downing Street et annonce peu après sur Twitter qu'il a été limogé, à peine plus d'un mois après son entrée en fonction. Cet homme politique ultralibéral est un proche de la Première ministre. Son plan budgétaire fait de baisses d'impôts et d'aides énergétiques a fait plonger fin septembre la livre sterling à son plus bas historique et fait flamber les taux d'emprunt de l'Etat britannique.

Le même jour, sentant que la fin est proche pour la cheffe du gouvernement, le Daily Star lance un live sarcastique sur Youtube : "Est-ce que cette laitue survivra à Liz Truss ?". Le journal filme en direct une salade et se demande si la Première ministre restera assez de temps à Downing Street pour la voir se décomposer complétement.

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17 octobre : finalement... la quasi-totalité du programme économique est annulé

Lundi 17 octobre, le ministre des Finances fraîchement nommé Jeremy Hunt se charge d'annoncer l'annulation en quasi-totalité du programme économique de Liz Truss. La première ministre ne se mouille pas, et se fait représenter au Parlement pour répondre aux questions de l'opposition. "Non elle ne se cache pas sous un bureau", déclare alors la ministre qui la représente, Penny Mordaunt, alors que certains députés crient "démission".

Tard dans la soirée, Liz Truss s'exprime dans une interview à la BBC, assurant être "désolée", mais excluant catégoriquement de démissionner, en évoquant notamment "l'intérêt national""Je veux accepter ma responsabilité et dire désolé pour les erreurs qui ont été faites", a déclaré la dirigeante conservatrice.

19 octobre : "Je ne démissionne pas" sous les huées

Vendredi 19 octobre, la Première ministre, huée lors de la séance hebdomadaire de questions au Parlement, déclare : "Je suis une battante, je ne démissionne pas." La ministre de l'Intérieur, elle, démissionne bien. Suella Braverman explique avoir envoyé de sa boîte email privée, à un collègue du Parlement, un document officiel sur la politique migratoire.  "J'ai fait une erreur. Je l'accepte, je démissionne", adressant au passage une pique à peine voilée à Liz Truss.

20 octobre : la Première ministre démissionne après seulement 44 jours en poste

Dans une très brève annonce devant Downing Street, Liz Truss annonce qu'elle démissionne. "Étant donné la situation, je ne peux accomplir le mandat pour lequel j'ai été élue par le parti conservateur. J'ai donc parlé à sa majesté le Roi pour lui notifier que je démissionne", déclare la dirigeante de 47 ans.

Un scrutin pour lui trouver un successeur au sein du parti conservateur aura lieu "d'ici à la semaine prochaine", a-t-elle précisé. Elle devient le/la Première ministre à être resté le moins longtemps à Downing Street dans l'histoire britannique moderne, avec seulement 44 jours en poste.

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