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Des associations françaises d'aide aux réfugiés se mobilisent pour un accueil durable de tous les réfugiés

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Un réfugié à la rue à Calais
Un réfugié à la rue à Calais
© AFP - Nathan Laine / Hans Lucas

Plusieurs associations d'aides aux exilés continuent de se mobiliser dimanche pour que la France et l'Europe accordent à tous les réfugiés le même accueil durable. Elles craignent que la trêve hivernale pousse à ce que Afghans ou Erythréens perdent leur hébergement en faveur des Ukrainiens.

Ils réclament des places d'accueil pour tous. Après avoir lancé mardi 29 un appel solennel aux autorités que les mesures exceptionnelles soient mises en place pour prendre en charge les réfugiés qui ont fui l'Ukraine s'appliquent à tous les réfugiés sans distinction, plusieurs associations d'aide aux exilés, dont Médecins sans frontières et Utopia 56 se sont remobilisées en faveur d'un accueil digne pour tous dimanche, avec une manifestation à Pantin, alors que la fin de la trêve hivernale fait craindre des expulsions de réfugiés d'autres pays.

Accueillir 100 000 Ukrainiens

Depuis le 24 février, environ 36 000 déplacés d'Ukraine ont été recensés en France, selon les dernières données présentées vendredi 1er mai par la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa. "Ces personnes sont très majoritairement de nationalité ukrainienne, mais il y a aussi des personnes qui sont d'autres nationalités", a t-elle précisé. Impossible de déterminer combien sont simplement en transit vers une autre destination, mais l'ambition d'Emmnuel Macron est d'en accueillir "autant que nécessaire". Il a ainsi demandé de crééer les conditions d'accueil de 100 000 personnes.

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Au niveau européen, un accord européen début mars a par ailleurs permis d'activer la protection temporaire, qui permet aux réfugiés ukrainiens fuyant la guerre de séjourner légalement dans l'UE. Un dispositif qui leur ouvre l'accès à des prestations sociales en matière d'hébergement, d'allocations, de scolarité, ou encore de soins.

Mais de nombreuses associations en France déplorent que cet engagement ne concernent pas l'ensemble des réfugiés. Aujourd'hui, un "accueil digne" pour tous, c'est un message qui a "du mal à passer", reconnaît Yann Manzi d'Utopia 56, "on salue tous l'accueil des exilés ukrainiens et on se dit qu'en fait, il est possible de faire des choses à l'opposé de tout ce que les associations de terrain non mandatées par l'État dénoncent depuis des années, c'est-à-dire d'aller à l'opposé d'une politique de non accueil."

Une question de volonté politique selon les associations

"On constate tous les jours des énormes déficits de logement et d'hébergement d'urgence pour les migrants arrivés ces dernières années. Il y a des squats, des gens qui dorment sous les ponts, les dispositifs d'hébergement d'urgence sont pleins", rappelle Michael Neuman, directeur d'études à MSF. Yan Manzi ajoute : "Ce qu'on nous dit depuis des années qu'en fait, il n'y a pas de place, il n'y a pas de possibilité, on voit bien que c'est une question de volonté politique. Ce que nous disons depuis des années, c'est que bien sûr, on peut faire les choses si nos politiques donnent le ton".

Le droit doit s'appliquer pour tous et pas en fonction de la couleur de peau"

"Ce qu'on demande à l'État aujourd'hui, c'est de réaliser que ce qu'il est possible de faire pour ces Ukrainiens, il est possible de le faire pour l'ensemble de la population à laquelle on apporte notre aide. L'Etat doit pouvoir remplir son rôle, qu'on parle de Syriens, d'Afghans ou d'Ukrainiens, de la même manière." Des réfugiés qui fuient la guerre et parfois la misère. Il ajoute : "Il ne suffit pas de dire que nous devons défendre nos valeurs et les droits de l'Homme. Il faut les appliquer et aujourd'hui, ce que nous demandons, c'est que cet accueil qui au niveau européen s'harmonise, par la suite, ce soit ce qui doit se passer pour tous les exilés qui arrivent en France et en Europe. Les choses sont possibles sur ce continent de 450 millions d'Européens. Nous pouvons accueillir, nous devons accueillir et nous devons faire appliquer le droit pour tous."

Un accueil au détriment des autres

Avec la fin de la trêve hivernale vendredi, la crainte des association aujourd'hui est de voir les Ukrainiens aidés au détriment des autres. "Les personnes sont parfois menacées d'évacuation, d'expulsion pour peut-être être remplacées par des Ukrainiens. Donc on voit une forme de double standard qui se met en place et qui est un vrai problème", assure Michael Neuman. Pour l'instant, impossible d'affirmer que c'est ce qu'il se passe. Toutefois, cette problématique est au cœur des préoccupations des associations d'aide aux exilés.

"Ce qu'on constate, c'est la réalité des remises à la rue", poursuit à son tour Yann Manzi, "on constate aujourd'hui que, bien sûr, avec la fin de la trêve hivernale, on va pouvoir imaginer remettre des populations à la rue et que derrière, bien sûr, on sait très bien que ces 100 000 places annoncées par monsieur Castex, elles sont en cours de recherche et que si une partie des populations va être remise à la rue, c'est aussi pour faire de la place pour les Ukrainiens. A Paris notamment on reçoit des alertes d'exilés, certains sont des jeunes mineurs, qui sont dans des dispositifs d'accueil et qui nous appellent pour nous dire qu'ils vont être mis à la rue. Bien sûr, nos politiques ne l'assument pas et ne le diront pas de cette façon là."