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Des DPE à "géométrie variable" : l'UFC-Que Choisir épingle le manque de fiabilité des diagnostics énergétiques

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Les diagnostics de performance énergétique classent les logements de A à G [photo d'illustration].
Les diagnostics de performance énergétique classent les logements de A à G [photo d'illustration].
© Maxppp - PHOTOPQR/LE TELEGRAMME

En pleine crise énergétique, une nouvelle enquête de l'UFC-Que Choisir pointe du doigt la qualité des diagnostics de performance énergétique (DPE) des logements. L'association demande au gouvernement de revoir le processus de certification des professionnels.

Face à la crise énergétique qui menace l'Europe à l'approche de l'hiver, la question de la performance énergétique des logements devient centrale. Mais en France, la fiabilité des diagnostics est de nouveau pointée du doigt par l'association UFC-Que Choisir, dans une étude parue ce jeudi.

L'association avait déjà tiré le signal d'alarme dans une enquête parue en 2017. Avec la mise en place d'un seul mode de calcul à partir de juillet 2021, le ministère du Logement avait promis que le nouveau DPE serait "plus fiable". Mais l'objectif n'est pas atteint, déplore l'UFC-Que Choisir. "Notre étude met en évidence des notes parfois à géométrie variable en matière de DPE mais également de travaux conseillés", souligne Gwenaëlle Lejeune, juriste à l'UFC-Que Choisir.

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Des écarts de diagnostic importants

L'association a fait réaliser 34 diagnostics dans sept maisons situées dans différentes régions de France. Chacune des maisons a donc fait l'objet de quatre ou cinq DPE différents, tous menés par des entreprises figurant sur le site gouvernemental recensant les diagnostiqueurs certifiés.

L'UFC-Que Choisir constate d'importantes différences en fonction des professionnels sollicités. Six des maisons "ne se sont pas vues reconnaître la même classe énergétique", indique l'association. Pour l'une d'elles, l'écart est de trois classes puisque les notes vont de B à E, "alors qu'elle est basse consommation", note l'association.

Cette différence peut avoir de lourdes conséquences sur le prix de vente ou de location et sur l'estimation des factures de consommation d'énergie. Surtout, "la pertinence du DPE est plus que jamais indispensable compte tenu des conséquences d'une qualification du logement en tant que passoire thermique". La loi Climat prévoit en effet l'interdiction de louer les logements les plus mal isolés dès l'année prochaine.

Des recommandations de travaux différentes

De la même manière, dans leurs diagnostics, les entreprises ne recommandaient pas de réaliser les mêmes travaux. Les professionnels sont "incapables de tous s’accorder sur la principale source de déperdition de chaleur des logements", note l'UFC-Que Choisir. "Pour un même bien, le DPE d’un diagnostiqueur indique que les murs pèsent pour 49 % dans la déperdition de chaleur du logement, quand celui de l’un de ses concurrents indique qu’ils ne pèsent que pour 19 %." Résultat : "Les estimations de travaux jugés essentiels pour une même maison varient d’un peu plus de 3 000 euros à 10 fois plus pour un autre diagnostiqueur", indique l'association.

Revoir la certification des professionnels

Le DPE "constitue un enjeu majeur au regard des conséquences qu'il peut avoir sur le sort d'un bien. Il se doit d'être fiable", note Gwenaëlle Lejeune. L'UFC-Que Choisir salue la réforme de juillet 2021 mais "on ne peut pas se satisfaire d'avoir des gens considérés comme compétents qui se rendent dans votre logement, le contrôlent et si vous faites venir quelqu'un d'autre, vous avez un résultat différent", souligne la juriste.

L'enquête de l'UFC-Que Choisir aboutit donc au constat que "la certification n’est en rien un gage de qualité" et demande au gouvernement de revoir le processus de certification des professionnels du diagnostic énergétique. Par ailleurs, avec la nouvelle formule du DPE mise en place en juillet 2021, les acquéreurs ou locataires peuvent contester le bilan réalisé s'ils estiment qu'il est erroné. L'UFC-Que Choisir demande au gouvernement d'étendre cette opposabilité aux recommandations en matière de travaux à mener.