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Des élèves de bac pro quittent leur formation pour partir travailler et c'est inquiétant

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Lycée professionnel en hôtellerie-restauration à Argelès-sur-mer
Lycée professionnel en hôtellerie-restauration à Argelès-sur-mer
© Maxppp - Clementz Michel/PHOTOPQR/L'INDEPENDANT

C'est une situation qui inquiète les chefs d'établissements et les enseignants. Attirés par la rémunération immédiate proposée par des entreprises en quête de main d'œuvre, de plus en plus de jeunes en bac pro démissionnent avant d'avoir obtenu leur diplôme.

Les épreuves du bac pro commencent aujourd'hui avec des épreuves professionnelles, les "Oraux du chef d'œuvre", une sorte d'équivalent du Grand oral en filière pro. Mais est-ce que tous les candidats seront bien là ? Rien n'est moins sûr. Les proviseurs de lycées professionnels observent un phénomène inquiétant depuis l'an dernier : après le confinement, des élèves ne sont pas revenus en cours et n'ont pas terminé l'année pour passer leur bac pro. Ils ont entre-temps trouvé un travail. Cela se reproduit cette année, notamment dans des secteurs en tension comme l'hôtellerie-restauration ou les services à la personne. Des jeunes sont tentés de tout lâcher pour gagner de l'argent.

Plusieurs lettres de démission

Laurence Colin a encore reçu une lettre de démission la semaine dernière. Elle est membre du SNPDEN (principal syndicat des chefs d'établissements) et proviseure d'un lycée professionnel spécialisé en hôtellerie-restauration et tourisme à Arcachon. Dans cette lettre, un élève lui annonce que sa décision est prise, qu'il veut gagner sa vie et qu'il ne passera pas ses examens.

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Neuf élèves de terminale ont fait ce choix cette année dans son lycée, un chiffre "énorme", selon la proviseure. "On est sur un secteur où les professions sont en tension, manquent de main d'œuvre", explique Laurence Colin, "et suite à des stages, les patrons leur font des offres en or. Pour un jeune, 1000 ou 1500€, cela paraît énorme. Ils décident d'arrêter parfois quelques semaines seulement avant les examens, ce qui est regrettable."

Ils nous disent qu'ils ont pris leur décision, qu'ils ne reviendront pas dessus.

Des tentatives pour les garder jusqu'au diplôme

Dans ces cas-là, "on leur répond qu'un mois avant l'examen, même s'ils ne viennent pas en cours, puisqu'ils ont validé leur CCF, leur contrôle en cours de formation [il s'agit du mode d'évaluation en filière professionnelle], ils peuvent quand même venir pour les épreuves mais ils refusent", poursuit la proviseure d'Arcachon.

Elle s'inquiète de les voir partir sans diplôme : "S'ils souhaitent plus tard reprendre leurs études ou changer de secteur, ce sera beaucoup plus compliqué.

J'ai peur que passée cette période un peu dorée, cela ait des conséquences sur leur futur.

Les chefs d'établissements ne peuvent pas toujours compter sur les parents pour les aider à convaincre leurs enfants de passer leur bac : "Souvent les élèves sont tout juste majeurs, donc les parents nous disent que si leur enfant a pris sa décision, c'est son choix et ils n'ont rien à dire", déplore-t-elle.

Le poids du milieu social

Le milieu social pèse aussi dans cette option. "Le jeune souhaite être autonome, il ne veut plus être à charge de ses parents, il veut avoir un appartement à lui, une vie à lui", confit-elle_. Cela lui apparaît comme une opportunité et il ne voit pas au-delà malheureusement_".

Pour certains jeunes c'est une solution rapide pour gagner de l'argent à court terme.

Les professeurs essaient également de leur faire changer d'avis, comme Jérôme Dameray, enseignant en maths-sciences, et membre du Snuep, syndicat de l'Enseignement Professionnel, qui constate aussi ce phénomène dans son établissement à Reims.

"Le problème", dit-il, "c'est qu'en lycée professionnel, les jeunes qu'on accueille sont généralement de milieu social défavorisé voire très défavorisé donc que ce soit en apprentissage où ils touchent un petit salaire ou en emploi direct sans qualification, pour certains jeunes, c'est une solution rapide pour gagner de l'argent à court terme".

Mais Jérôme Dameray explique que des accords sont conclus entre les lycées et les branches professionnelles pour faire en sorte que cette dérive soit limitée, même dans une période où il y a des pénuries de main d'oeuvre. "On est vigilant en tout cas, nous, en tant que formateur", précise l'enseignant, "on dit bien aux jeunes qu'il faut absolument qu'ils aient leur qualification avant de prendre un emploi parce que c'est mieux pour eux dans la durée."

A long terme, tout le monde serait perdant. Les jeunes bien sûr mais aussi les entreprises, et plus globalement l'économie française, qui perdrait en compétences et en niveau de qualification.