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Des pistolets à impulsion électrique bientôt expérimentés dans les prisons

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Depuis l'agression de trois surveillants à la prison de Vendin-le-Vieil, FO pénitentiaire demande que les surveillants puissent être dotés de pistolets à impulsion électrique.
Depuis l'agression de trois surveillants à la prison de Vendin-le-Vieil, FO pénitentiaire demande que les surveillants puissent être dotés de pistolets à impulsion électrique.
© AFP - Philippe Huguen

L'administration pénitentiaire vient de lancer un appel d'offre pour l'achat de pistolets à impulsion, dans le cadre d'une expérimentation censée démarrer dans les mois à venir. Si certains syndicats plaident depuis plusieurs années pour l'armement des surveillants pénitentiaires, d'autres sont plus réticents.

Il va bientôt faire son entrée en détention : la direction de l'administration pénitentiaire vient de publier un appel d'offre pour l'achat de 50 pistolets à impulsion électrique (PIE), afin d'expérimenter cette arme incapacitante dans les prisons françaises. Une réponse à la demande récurrente de plusieurs syndicats qui plaident pour que les surveillants soient armés.

La question est au cœur des revendications de FO pénitentiaire, syndicat majoritaire, depuis le vaste mouvement de contestation qui a secoué le milieu pénitentiaire début 2018. L'agression de trois surveillants par un détenu djihadiste à Vendin-le-Vieil (Pas de Calais) avait alors déclenché deux semaines de blocages. Un an plus tard, une nouvelle attaque, cette fois au sein de la prison de Condé-sur-Sarthe, avait de nouveau mis le feu aux poudres, relançant le débat sur les moyens mis en œuvre pour assurer la sécurité du personnel.

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Moyen de dissuasion

Pour FO pénitentiaire, le pistolet à impulsion électrique aura avant tout un effet dissuasif. "L'objectif, c'est de réduire le nombre d'agressions de surveillants, en évitant certains passages à l'acte", explique Emmanuel Baudin, secrétaire général du syndicat. "Et si jamais une agression se produit malgré tout, cela permet d'éviter le contact physique. C'est ce que j'ai expliqué au ministre : dès lors qu'on va au contact physique, il y a de la casse des deux côtés, autant chez le détenu que chez les personnels de surveillance."

Déjà utilisé au sein de la police, le PIE sera donc expérimenté dans plusieurs structures de l'administration pénitentiaire : à la fois par des agents chargés d'escorter les prisonniers au tribunal ou à l'hôpital (PREJ et ENT), ainsi que par des membres des Équipes locales de sécurité pénitentiaires (ELSP), dont la mission est notamment d'assurer la sécurité autour et au sein des prisons. Mais FO pénitentiaire aimerait aller encore plus loin : "L'idée n'est pas de donner un pistolet à chaque surveillant, mais on souhaiterait qu'en soient dotés les personnels qui travaillent au sein de quartiers spécifiques, comme les quartiers disciplinaires et d'isolement, là où il y a des détenus violents", poursuit Emmanuel Baudin.

Une utilisation qui n'est pas sans risques

Une position qui ne fait pas l'unanimité. "Par principe, nous somme opposés à la présence d'armes en détention, car elles risquent de se retourner contre les agents", tranche Samuel Gauthier, secrétaire général de la CGT pénitentiaire. Le syndicat souhaiterait ainsi que le pistolet à impulsion électrique soit cantonné aux missions extérieures. "Notre métier, c'est évidemment la sécurité, mais aussi la réinsertion. Et il est difficile en la matière de mettre des choses en place avec un PIE à la ceinture..." Samuel Gauthier souligne également les risques à utiliser une arme dans l'espace restreint d'une cellule. "Si le détenu tombe et se cogne contre l'angle de la table ou du lit, qui sera tenu responsable ?", interroge-t-il. "On sait aussi que l'utilisation d'un PIE sur quelqu'un qui a consommé des stupéfiants ou sous traitement médicamenteux peut engendrer des effets irréversibles. Or, beaucoup de détenus présentent des pathologies."

Il semblerait néanmoins que la voie actuellement privilégiée par la Chancellerie aille dans un autre sens. Un décret autorisant les chefs d'établissement à équiper les gradés de bombes incapacitantes attend par ailleurs l'aval du Conseil d'État.