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Deux Françaises créent une start-up qui permet de revendre les vêtements d'occasion par paquets

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Entre 40 et 70% des vêtements dans les dressings des particuliers ne sont jamais portés
Entre 40 et 70% des vêtements dans les dressings des particuliers ne sont jamais portés
© Getty - .

La seconde main, vendue de particulier à particulier se répand de manière exponentielle. Deux Françaises viennent de créer une start-up, Collection40, qui permet de revendre ou d'acheter d'occasion sans passer par les particuliers. Ceux qui boudent Vinted ou Le Bon Coin pourraient être convaincus.

La liste est désormais longue des sites et des lieux qui proposent des produits d'occasion, quels que soient les secteurs. High tech, jouets, outils, livres, et bien sûr vêtements. On le sait désormais, dès le lendemain de Noël, on voit les hausses de fréquentation sur ces sites pour revendre les cadeaux qu'on n'a pas aimé. Le Bon Coin est devenu un ami de la famille pour certains, et Vinted a définitivement envahi les salons, au moins par ces campagnes de pub, sinon par l'engouement des jeunes adultes.

L'appli Vinted, le roi du vêtement d'occasion, a été utilisé par près de 40 millions de personnes, dont plus de 16 millions en France. Il faut dire que la seconde main, tout le monde y vient. Ainsi, selon Thred Up (le géant du shopping d'occasion aux Etats-Unis), le marché de l'occasion devrait doubler au cours des cinq prochaines années, pour atteindre 77 milliards de dollars. Un tout petit poucet français vient de naitre sur ce marché, Collection40, qui veut faire mieux en terme de service.

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Changer le rapport à l'occasion en changeant de destinataire

En général, les systèmes existants reposent sur la mise en relation des individus. Ce qui veut dire que les plateformes ne proposent pas de garanties sur l'état des vêtements ni des conditions de retour faciles. "On s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de personnes qui n'avaient pas envie de passer par ces plateformes pour ces raisons-là" explique l'une des cofondatrice de Collection40, Victoire Guyot. "On a compris que ces personnes avaient besoin de garanties sur l'état des vêtements."

Raison pour laquelle Collection40 n'est pas un système de mise en relation de vendeurs et d'acheteurs, c'est lui qui achète les vêtements usagers par lot de 10, et se charge de la revente à des particuliers, après une mise en valeur sur son site internet, avec une présentation par des modèles. Les acheteurs se retrouvent donc sur un site de vente "classique", choisissant des modèles d'après leur présentation sur des modèles.

Les deux fondatrices visent surtout ceux qui n'ont jamais tenté l'expérience de la seconde main. Le rapport Thred Up estime à 36,2 millions le nombre de personnes qui ont pour la première fois vendu des vêtements en 2020 aux Etats-Unis, sur 52,6 millions de vendeurs au total. Il estime le potentiel à 118 millions de vendeurs au total en tenant compte des intentions pour les dix prochaines années.

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L'enjeu environnemental

L'idée de la start-up était de s'attaquer au gaspillage astronomique qui se cache dans nos armoires. "L'important pour nous est développer cette pratique de la seconde main, car nous nous appuyons sur deux données : entre 40 et 70% des vêtements ne sont jamais portés, et c'est vraiment du gaspillage", explique Victoire Guyot.

Ce 40% a d'ailleurs donné son nom à l'entreprise Collection40. Le deuxième élément qui est à l'origine de la démarche de Collection40, concerne l'impact sur l'environnement de la production textile. "Si l'industrie de la mode devait arrêter de produire tout de suite, il y aurait toujours assez de fibres et de vêtements pour habiller quatre futures générations."

Le surplus est tellement énorme et néfaste pour la planète, que c'est une motivation importante pour les deux fondatrices Victoire Guyot et Anne Rouhban. L'Observatoire Mondial de l’Action Climat Non-Etatique a donné un état des lieux dans son rapport 2020. Conclusion : en termes de produits, les pulls en laine, les vestes imper-respirantes et les manteaux sont les plus gros émetteurs les plus gros rejets, devant les chemises en coton, robes en coton, pulls acryliques et robes en polyester. Le coton mobilise 93% de l’eau utilisée par l’industrie textile et représente 2,4% des surfaces agricoles dans le monde, et 22% des pesticides utilisés. Le textile génère l'utilisation et donc le rejet de 500.000 tonnes de micro-plastiques.

Dans le rapport "Fashion on Climate" de McKinsey & Company et Global Fashion Agenda en 2020, il ressort qu'il faudrait qu'au moins un vêtement sur cinq consommé soit d'occasion, d'ici 2030, dans l'espoir de respecter l'accord de Paris.

Si l'on en croit d'autres études encore, les stocks ne manquent pas pour habiller plusieurs fois l'humanité, et il n'y aurait donc aucune raison de continuer à produire.

Si l'industrie de la mode devait arrêter de produire tout de suite, il y aurait toujours assez de fibres et de vêtements pour habiller quatre futures générations.

La revente évite donc que les vêtements ne soient mis en décharge, remplace le carbone nécessaire à la fabrication de nouveaux vêtements et permet aux consommateurs d'économiser de l'argent. Collection40 s'inscrit donc dans une logique d'économie circulaire, en essayant de se faire une place entre des mastodontes comme Le Bon Coin ou Vinted. La start-up s'inscrit par ailleurs dans une démarche d'entreprenariat social. Tous les vêtements étant vérifiés par Collection40, ceux qui ne sont pas en assez bon état, sont soit renvoyés aux particuliers, soit donnés à La Croix Rouge et Emmaüs.

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