Deux mois et demi de grève : des salariées d'un Ehpad du Val-d'Oise dénoncent un management toxique

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Deux mois et demi de grève : des salariées d'un Ehpad du Val-d'Oise dénoncent un management toxique

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A l'Ehpad du  Chateau de Neuville, une dizaine de soignantes sont en grève depuis le 3 janvier
A l'Ehpad du Chateau de Neuville, une dizaine de soignantes sont en grève depuis le 3 janvier
© Radio France - Anne Orenstein

Depuis le 3 janvier, une dizaine de salariées de l'Ehpad du Château de Neuville-sur-Oise, dans le Val-d'Oise, tiennent un piquet de grève devant l'établissement. Elles dénoncent des conditions de travail dégradées pendant que la direction parle de calomnies. Une enquête de l'ARS est en cours.

Ce lundi, cela fait 78 jours exactement qu'elles ont installé leur piquet de grève, avec la CGT, devant l'Ehpad du Château de Neuville à Neuville-sur-Oise dans le Val-d'Oise, un des quatre établissements du groupe Epinomis. Une dizaine de ses salariées ont arrêté le travail depuis le 3 janvier pour dénoncer leurs conditions de travail. Des infirmières, des aides soignantes et des auxiliaires médico-psychologiques qui considèrent que le management qu'elles subissent est toxique. 

"Soignants maltraités, résidents en danger"

Anaïs Pallier, aide-médico psychologique, explique qu'elle a pour l'instant du renoncer à 64 jours de repos. "On est toujours en effectif restreint donc on est obligées de se remplacer les unes les autres. Et quand on prend des vacances, on nous le reproche. Moi, j'ai commencé comme stagiaire ici et j'ai vu qu'on m'en demandait toujours plus. Mais je me donnais toujours à fond pour prouver que j'étais capable d'y arriver. C'est un système."

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A ses côtés, Dinah Boudakian, elle aussi aide-médico psychologique depuis 6 ans à l'Ehpad, confirme : "Pour les résidents, la prise en charge n'est pas la même. On m'a déjà laissée toute seule dans une unité de 7 heures jusqu'à 13 heures pour faire les toilettes, les petits déjeuners, les chambres pour quatorze résidents, tout toute seule.

A l'approche du piquet de grève les automobilistes klaxonnent en signe de soutien aux grévistes
A l'approche du piquet de grève les automobilistes klaxonnent en signe de soutien aux grévistes
© Radio France - Anne Orenstein

Sur une pancarte, les grévistes ont écrit "Soignants maltraités, résidents en danger". Quand on demande à Amélie Lepère, assistante de soin en gérontologie en quoi les personnes âgées hébergées pourraient l'être, elle n'a pas besoin de réfléchir beaucoup "Des résidents en danger, ce sont des sonnettes d'alarme qui ne fonctionnent pas, des montres d'alertes qui n'ont pas de pile parce que sinon, ça dérange, des personnes âgées désorientées dans le couloir qui appellent pour demander de l'aide mais on n'est pas suffisamment nombreuses. C'est des résidents qui sont laissés avec des stagiaires. C'est des résidents qui sont pris en charge par des vacataires qu'ils ne connaissent pas du tout.

La direction dénonce des mensonges

Alors qu'une voiture s'approche avec une résidente à l'intérieur, la jeune femme a les larmes aux yeux. "Ca fait mal au cœur de ne pas s'occuper de ces personnes depuis si longtemps. Moi, si je pouvais revenir, j'aimerais pouvoir refaire les animations pour les personnes âgées, c'est important pour eux mais j'ai peur des représailles si je reprends le travail avec toujours les mêmes méthodes de management."

Mensonges et calomnies, répond la direction. La directrice générale du groupe Epinomis, qui se présente également comme directrice adjointe de l'Ehpad du Château de Neuville, Marianne Liogier, met ainsi en avant le faible nombre de grévistes, une dizaine, sur la totalité des employés, 46. Une trentaine d'entre elles ont même signé une pétition contre le mouvement affiché sur la vitrine de l'accueil. "Ça a été extrêmement difficile à vivre aussi pour les salariés qui ont bien voulu préciser dans la pétition qu'elles n'étaient ni maltraitantes ni maltraitées. Au départ, c'est juste une histoire de changement d'emploi du temps pour les infirmières, changement qui ne leur plaisait pas mais les choses ont pris une autre tournure avec la sortie du livre Les Fossoyeurs". Selon Mme Liogier, l'une des salariées, déléguée du personnel syndiquée à la CGT, a voulu régler ses comptes avec la direction et salir l'entreprise. Une plainte pour harcèlement et vol de documents a été déposé contre elle confie-t-elle hors micro à France Inter. 

Une enquête de l'ARS est en cours ainsi qu'une procédure de l'inspection du travail. Alors que les négociations semblent au point mort, seuls leurs résultats semblent pouvoir faire office de juge de paix.