Dialogue police-population : "Ça pourrait aider, à condition que les policiers concernés viennent"

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Dialogue police-population : "Ça pourrait aider, à condition que les policiers concernés viennent"

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Des panneaux dessinés par les membres de l'association Espoir 18
Des panneaux dessinés par les membres de l'association Espoir 18
© Radio France - Ariane Griessel

Une association du 18ème arrondissement de Paris a organisé des ateliers afin d'essayer de rapprocher jeunes habitants du secteur et policier. Avec un maître-mot : le dialogue, malgré l'absence de représentant de l'institution policière.

"Je ne vais pas dire que je les déteste, parce que ce serait un grand mot. Mais on va dire que je ne les porte pas dans mon cœur". À l'image d'Ibrahim, 30 ans, plusieurs jeunes hommes rassemblés ce mercredi à l'initiative de l'association Espoir 18 ne cachent pas leur aversion pour certains policiers qu'ils croisent régulièrement dans le 18ème arrondissement de Paris. Même si tous tiennent à dire qu'ils ne généralisent pas, "il y en a qui font bien leur travail", l'amertume est palpable. "Franchement, ça dépend : il y a des policiers qui sont sympas, il y en a qui sont relou [lourds], note Azzedine, 20 ans. Mais la plupart des policiers à qui j'ai eu à faire étaient des policiers relous. Tu marches tranquillement, tu es avec ta musique, et d'un coup tu as une voiture qui s'arrête, les keufs descendent, ils commencent à te parler mal, contre le mur, contrôle".

Contrôles d'identité

Contrôle. Le mot est souvent revenu ces dernières 48 heures, dans le séminaire organisé par Espoir 18, association qui œuvre, entre autres, à rapprocher la population du 18ème arrondissement et les policiers qui travaillent dans le secteur. "Je travaille sur six structures jeunesse dans le 18ème, j'ai un retour régulier des jeunes et des équipes que les interactions ne fonctionnent pas bien, sur la question des contrôles d'identité, des amendes, et me sont remontées aussi des accusations de violences policières", relate Jérôme Disle, directeur général de l'association.

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Les deux jours d'ateliers organisés par Espoir 18 visaient donc à essayer de trouver des solutions et des pistes de réflexion pour tenter de nouer un dialogue. Si les habitants du quartier ont pu dire ce qu'ils avaient sur le cœur, ils avaient face à eux, des policiers qui n'exercent pas dans l'arrondissement et sont fortement impliqués dans le rapprochement entre police et population. Autrement dit, des fonctionnaires déjà rompus au dialogue et à l'écoute. Alors, ces ateliers, "ça pourrait aider, à condition que les policiers concernés viennent, souligne Azzedine. "Ceux qui sont là ne peuvent rien faire tout seuls, il faut que l'institution et l'Etat les aident. Si les policiers qui foutent la merde au sein de leurs services ne se déplacent pas et ne voient pas la chose comme elle est, ça ne va rien changer. Il faut qu'on fasse connaissance, même si je ne pense pas que tous les jeunes voudront faire connaissance avec des gens comme ça, mais la discussion, c'est le meilleur moyen". Même regret chez Ibrahim : "Ça fait 48 heures qu'il y a des réunions, mais il n'y a personne [de l'institution] !". Le trentenaire se dit pourtant prêt au dialogue, lui aussi "Il faut changer de comportement. Des policiers. Mais le nôtre aussi, peut-être. Qui sait ? Parce qu'on n'est pas tous parfaits, nous, les jeunes". Espoir 18 a pourtant convié plusieurs officiels à ce rendez-vous. Sans succès.

Méconnaissance de l'institution

Côté présents, il y a Ben, gardien de la paix. Il est lui-même en train de monter une association travaillant sur le rapprochement police-population, l'accès au droit et "la déconstruction des préjugés" : "Il faut casser ces barrières, tout remettant de l'humain en se disant qu'en face de nous on a peut-être un policier, mais aussi un père, un mari, un frère. Et de l'autre côté, on a des habitants qui méconnaissent notre institution et c'est dommageable", regrette l'enquêteur, qui souhaite mieux faire connaître ce qu'est le métier de policier à ses concitoyens.

Cette notion de proximité revient souvent dans les suggestions avancées au cours des ateliers. Jérôme Disle, le directeur général de l'association, y voit aussi une piste qui pourrait aider au rapprochement, lui qui travaille depuis dix ans sur le sujet, sans avoir constaté de "réelle volonté politique" : "Une doctrine nationale qui impose aux acteurs policiers dans les arrondissements de travailler de concert avec les acteurs associatifs qui connaissent les familles et le terrain. Les jeunes ont un potentiel. Dire qu'il y a des jeunes qui sont délinquants, dans le trafic, on le sait, il y a des chiffres, on le voit, mais [la question] est comment on accompagne ces jeunes-là à en sortir, sans les stigmatiser. Les jeunes ne souhaitent pas être dealer, ils souhaitent être citoyens".

Pas de "coup de baguette magique", malgré

Pendant longtemps, Espoir 18 a organisé des rencontres avec les policiers de l'arrondissement : des repas, des visites du quartier pour les nouvelles recrues souvent fraîchement débarquées de province… Mais le programme est soumis à la volonté du commissaire d'arrondissement, et tous n'affichent pas le même attrait pour ces rencontres. Le dernier, arrivé il y a peu de temps, n'a pas encore rencontré l'association.

Dans les salles où se déroulent les ateliers, les voix s'élèvent timidement. Une jeune femme déplore, elle aussi, l'absence de policiers du secteur. Ali, 21 ans, découvre qu'il n'y a pas besoin de se rendre au commissariat pour saisir l'IGPN. "Pour moi, il y a un problème de pouvoir, certains policiers en profitent", déplore le jeune homme

Si ce rendez-vous semble avoir mis plus de problèmes en lumière qu'il n'a apporté de solutions immédiates, faute d'interlocuteurs adaptés, la notion de dialogue semble toutefois rester dans les esprits. Un petit pas, mais un pas quand même. "De toute façon, les choses ne pourront pas se faire d'un coup de baguette magique, et si on n'essaye pas, on ne pourra pas réussir à atteindre notre objectif", prévient une animatrice d'Espoir18.

Reportage auprès des participants aux tables rondes sur les rapports entre police et population

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