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Dix ans après Occupy Wall Street, " ce mouvement a irrigué les mobilisations sociales en France"

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Le 17 septembre 2011, des centaines d'Américains s'organisaient pour tenter de changer leur démocratie
Le 17 septembre 2011, des centaines d'Américains s'organisaient pour tenter de changer leur démocratie
© AFP - EMMANUEL DUNAND

Nuit Debout, les gilets jaunes, les mouvements pour le climat et l'antiracisme, auraient-ils existé sans Occupy Wall Street à New York ? Ce mouvement est né il y a dix ans. Pour Aurélie Trouvé, la porte-parole d'Attac France, cet évènement symbolique a permis la montée en puissance des dernières mobilisations sociales.

17 septembre 2011. Une partie de l'Amérique se met action pour occuper l'espace public. Comme dans les pays des Printemps Arabes, comme en Espagne avec les Indignados sur la Puerta del Sol, un vent de rébellion souffle. A deux pas de Ground Zero, des citoyens américains se rassemblent à Wall Street. Mais pas question de seulement manifester ni de partir. Ils s'asseyent dans le Zuccotti Parc, discutent, débattent et s'entendent sur une chose : ils ne font pas partie des 1% les plus riches. Ils sont plutôt jeunes et issus des classes moyennes. Ils ont fait des études pour tenter de trouver un bon travail et se fondre dans le moule de la société américaine. Ils sont en colère car ils sont précaires. Seule solution : repenser la démocratie pour une société de justice sociale.

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Des campements se montent en quelques jours, avec des dortoirs, une bibliothèque, de la restauration gratuite et même des conseils municipaux. Ils sont d'abord des dizaines, puis des centaines, sous les yeux interloqués de la police et caméras qui retransmettent les images de cette cité utopique au cœur de la finance mondiale. Finalement considérés comme une menace sanitaire par les autorités, ces aspirants à une nouvelle citoyenneté sont délogés par la municipalité et par la force, moins de deux mois après leur arrivée. Entre-temps, le mouvement fait des émules dans d'autres grandes villes du pays, puis en Europe, jusqu'en Afrique.

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Dix ans plus tard, que reste t-il d'Occupy Wall Street, de cette stratégie d'occupation de l'espace public et de ses ambitions ? Dans les mois et les années qui ont suivi, il a souvent été reproché au mouvement de n'avoir pas fait émerger un parti politique, de ne pas avoir eu d'influence sur les décisions politiques, de résultats concrets. L’anthropologue américain David Graeber, un des instigateurs d’Occupy Wall Street, est quant à lui arrivé à une autre conclusion : "Toutes ces expériences nous servent à réinventer la démocratie directe.” Une analyse partagée par la porte-parole d'Attac, Aurélie Trouvé, qui voit dans toutes les mobilisations sociales en France depuis, de Nuit Debout aux gilets jaunes, en passant par les actions des mouvements pour le climat, la trace indélébile laissée par Occupy Wall Street.

"Wall Street est notre rue", l'un des slogans du mouvement Occupy à New York
"Wall Street est notre rue", l'un des slogans du mouvement Occupy à New York
© AFP - EMMANUEL DUNAND

FRANCE INTER : Dans les années qui ont suivi Occupy Wall Street, on a beaucoup dit du mouvement que son héritage était très limité, que son impact sur les politiques publiques et sur la décision politiques était nul même. Peut-on en revanche établir une filiation avec les grands mouvements sociaux des cinq dernières années, Nuit debout, "gilets jaunes", celui des ZAD et des mobilisations pour le climat ?

AURÉLIE TROUVÉ : _"_Ça a irrigué les mobilisations sociales en France. Mais ça s'est passé aussi à un moment où on a eu un bouillonnement sur les places publiques : la place Tahrir au Caire, la place Taksim à Istanbul, la Puerta del Sol avec les Indignés à Madrid. C'était tout un grand mouvement d'occupation de places publiques. Cela s'est traduit, en France notamment, non seulement par des occupations de l'espace public mais aussi par une montée en puissance des actions de désobéissance civile. 

Et on le voit aussi à travers aujourd'hui ce que fait Extinction Rebellion, ce que fait Alternatiba, ce que fait le mouvement Attac auquel j'appartiens. Ça nous a influencés, ça nous a encouragés. Par exemple, les fauchages de chaises (opérations menées par Attac et Alternatiba dans les banques contre l'évasion fiscale en 2014-2015), c'est vraiment pour moi, plus dix ans après les faucheurs d'OGM, le renouveau, avec une nouvelle génération sur la désobéissance civile."

Pourtant le slogan phare d'Occupy "nous sommes les 99%", on ne l'entend plus aujourd'hui.

_"_Aujourd'hui aux Etats-Unis, le Green New Deal qui est porté par Alexandria Ocasio-Cortez et le Squad (groupe de six élus de l'aile gauche du Parti démocrate à la Chambre des représentants) y trouve des racines. Je pense qu'il y a une forme de radicalité du point de vue des idées qui a sans doute influencé la sphère politique. En France, quand on entend chez les gilets jaunes "justice sociale, justice fiscale", certes ce n'est pas dit de la même façon, mais il y a derrière la question du partage des richesses et face aux inégalités sociales un grand cri de colère. 

Et Nuit debout comme les gilets jaunes ne reprennent pas seulement la question du partage des richesses, mais aussi la question démocratique, c'est-à-dire l'impression de se faire préempter toute les décisions sur toutes les sphères de la société par une toute petite partie de la société qui, par ailleurs, accapare les richesses. Occupy Wall Street, comme Nuit Debout, comme les gilets jaunes, c'est aussi une nouvelle façon de faire de la politique."

Dans la forme et le fond, Nuit Debout a été très similaire à Occupy Wall Street
Dans la forme et le fond, Nuit Debout a été très similaire à Occupy Wall Street
© AFP - THOMAS SAMSON

Les mouvements récents s'écartent-ils de ce qu'était Occupy Wall Street en mettant en place des actions plus radicales, comme les ZAD ou les occupations de lieux ?

"On parle de mouvements radicaux, mais pour moi, la radicalité, c'est d'abord du point de vue des idées. C'est vouloir remettre en cause les racines du système. Ensuite c'est la question de la diversité tactique. Par exemple, la bataille contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui s'est quand même soldée par une victoire partielle, c'est à la fois réinventer des façons de vivre sur la ZAD, c'est aussi de la confrontation directe effectivement, surtout face aux violences policières. C'est aussi du plaidoyer, du lobbying des associations très classiques type Attac ou la Confédération paysanne, qui se retrouvent avec des nouveaux mouvements, plus horizontaux. Et c'est aussi l'arrivée d'une nouvelle génération et le mélange avec les anciennes générations. 

On parle d'Occupy Wall Street, de Nuit debout, des gilets jaunes, des ZAD, mais au même moment il y a aussi une montée en puissance du mouvement féministe et du mouvement climat. Pour moi, il y a vraiment un nouveau souffle qui a démarré précisément avec ce mouvement des places publiques dont Occupy Wall Street était sans doute l'un des mouvements les plus symboliques, les plus forts. Pour moi, ça a déclenché il y a dix ans tout un nouveau mouvement de protestation qui vise des adversaires et le système derrière.

Aujourd'hui, la question des libertés publiques, elle est centrale. C'est ça qu'ont posé ces mouvements-là, c'est la question de la démocratie. Comment on refonde démocratiquement les institutions ? Comment on renouvelle la politique ? Et c'est d'autant plus important qu'on fait face en ce moment à un rejet de la politique au sens électoral du terme. On le voit bien avec le taux d'abstention aux dernières régionales, il y a un vrai rejet par la population de la politique au sens électoral du terme, et ces mouvements là, précisément, ont vocation à montrer qu'il y a d'autres voies, pour protester et refonder nos institutions."