Drogués à leur insu en boite de nuit : le GHB en cause dans une minorité de cas, d'après une étude

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Drogués à leur insu en boite de nuit : le GHB en cause dans une minorité de cas, d'après une étude

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Le GHB n'est que rarement présent dans les analyses des victimes
Le GHB n'est que rarement présent dans les analyses des victimes
© Getty - Rubina A. Khan

Le GHB, puissant psychotrope, n'est en cause que dans une minorité des cas de drogues mises à l'insu des victimes dans leur verre, d'après des premiers chiffres consolidés sur l'année 2020. Dans 7 cas sur 10, ce sont en réalité des antidépresseurs et des sédatifs qui sont détectés.

"C'est une personne qui sort pour aller boire un verre et se réveille le lendemain chez elle, les bras couverts de bleus et sans aucun souvenir. Elle pense qu'on a mis quelque chose dans son verre", raconte Emmania, du collectif Balance ton Bar à Lille. Un témoignage qui ressemble à la dizaine qu'elle reçoit tout les mois et qu'elle poste sur le compte Instagram du collectif.

"Les victimes pensent souvent au GHB", explique-t-elle. Alors que ce puissant psychotrope qui se présente sous forme d'un liquide corrosif, n'est que rarement présent dans les analyses des victimes après leur dépôt de plainte, quand celui-ci a lieu. Du GHB est ainsi détecté dans moins de 10% des cas étudiés par Leila Chaouachi, docteure en pharmacie et qui conduit une étude à paraître de l'Agence nationale du médicament sur le sujet.

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"En 2020, dans 73% des cas que nous avons étudiés, qui viennent de données judiciaires, des analyses réalisées sur instruction des procureurs, les produits détectés chez les victimes sont des sédatifs, des benzodiazépines, des somnifères, des médicaments qui sont sous prescription médicale" et qui sont détournés de leur usage, explique Leïla Chaouachi. Dans 7 cas sur 10, le GHB n'est donc pas en cause.

Des substances administrées par ruse

Ces comprimés ou substances sont la plupart du temps mélangés à de l'alcool ou à des denrées alimentaires, mais aussi données aux victimes par "ruse", explique LeÏla Chaouachi. "Sous prétexte de vous donner un Doliprane, un agresseur peut à la place vous donner une substance qui va vous faire perdre vos moyens."

En février, le gouvernement a pourtant lancé un plan uniquement axé contre le GHB. L'organisation Actright, aux côtés de 25 associations, demande un plan plus ambitieux. "Il faut plus de moyens pour la formation des policiers, pour le dépistage des victimes, dont personne ne veut prendre en charge les coûts [autour de 850 euros pour une simple analyse capillaire, Ndlr], et pour la formation des gérants des lieux de nuit", exhorte Cindie Le Disez, co-fondatrice d'Actright, qui organisait à Paris une rencontre nationale sur les soumissions chimiques en milieu festif.

Face à ces drogues dans les verres, loin d'être un phénomène nouveau, certains gérants de bar ont mis en place des dispositifs pour couvrir les boissons de leurs consommateurs. "Moi je les appelle les capotes de verre !", s'exclame Marion Delpech, l'autre co-fondatrice de l'association Actright. "Le problème est qu'on fait une fois de plus reposer la culpabilité sur les victimes, alors que le vrai problème reste l'agresseur."