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Écoles, secours, policiers : ces services essentiels qui craignent les coupures d'électricité cet hiver

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Plusieurs secteurs s'inquiètent des pannes de courant éventuelles cet hiver
Plusieurs secteurs s'inquiètent des pannes de courant éventuelles cet hiver
- Max PPP

Plusieurs secteurs ou activités essentielles s'inquiètent des coupures d'électricité prévues par le gouvernement en cas de trop forte consommation cet hiver.

Le gouvernement envisage des délestages de deux heures dans certaines zones ou quartiers en cas de surconsommation électrique. Une hypothèse "ni exclue, ni confirmée", d'après Matignon, qui a envoyé jeudi une circulaire aux préfets, comme nous l'expliquions dans un précédent article. Même si le travail pour déterminer les zones sensibles est encore en cours, certaines professions s’inquiètent d’ores et déjà des conséquences de ces coupures éventuelles.

Les établissements scolaires

Si coupure il y a, ce sera soit sur la tranche 8h-10, 10-12h ou 18h-20h, moments où la consommation électrique est la plus forte. Et, a priori, les établissements scolaires ne seront pas épargnés, sauf s'ils sont sur une ligne de client prioritaire non délestable. Les écoles pourraient donc fermer le matin pour ne pas accueillir les enfants sans chauffage, ni lumière, ni alarme incendie, d'après la circulaire de Matignon, confirmée par le ministre Pap Ndiaye. Les établissements amenés à fermer ne rouvriront qu'à 13 heures, "avec sans doute un repas qui sera néanmoins prévu pour les élèves qui sont à la cantine", a indiqué Pap Ndiaye. Les parents seront informés par mail voire par téléphone après 17 heures, la veille.

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"Nous n’avons pas du tout été concertés, on a l’impression de revivre la même chose que lors de la période de Covid, où tout était bouclé avant même d’avoir discuté", regrette auprès de France Inter Guislaine David, porte parole du Snuipp-FSU, le syndicat des professeurs des écoles. "Sur le terrain, on n’est pas du tout prêt à ce qu’il y ait des coupures d’électricité dans les écoles", dit-elle.

"Il y a toujours beaucoup de questions sans réponses sur la façon dont l'Éducation nationale va traverser cette crise énergétique (...) Notre gouvernement n'est pas en mesure de faire en sorte que l'école soit prioritaire", déplore également Sophie Vénétitay secrétaire générale adjointe du SNES-FSU le syndicat des enseignant des collèges et des lycées. Seuls les enfants des parents dont les professions sont jugées "prioritaires" pourront être accueillis par les établissements non délestés proches de leur école.

Les services de secours

Si, a priori, 14.000 sites (gendarmeries, casernes de pompiers, commissariaits, hôpitaux et autres sites sensibles) ont été assurés qu'ils seraient préservés, le président de Samu-Urgences de France alerte toutefois sur une "vraie prise de risque, voire une perte de chances" pour les usagers lors de ces coupures.

En cas d'urgence, il faudra alors appeler le numéro européen le 112, et non les numéros d’urgences auxquels la population est habituée (15,17,18). Il a la particularité de pouvoir être acheminé par toutes les antennes-relais, quelque soit l’opérateur qui la détient. Mais d’après le docteur Marc Noizet, interrogé par franceinfo, les délais de réponse seront rallongés, car "ces centres d'appels [du 112] ne sont pas dotés de capacités suffisantes pour gérer des flots d'appels importants".

"Ensuite, ils ne bénéficient pas de régulation médicale (...) Il faudra que cet appel soit de nouveau basculé vers le 15 pour être régulé et que les moyens puissent être engagés. Donc, il y a quand même une vraie prise de risque, voire une perte de chances pour un certain nombre d’appelants", poursuit-il. Autre inquiétude : les zones blanches. "En milieu urbain, la concentration des antennes est suffisante pour que si une antenne ne fonctionne pas, une autre puisse fonctionner et porter le 112", ce qui n'est pas le cas en milieu rural.

Les forces de l’ordre

Les systèmes de communication des forces de l'ordre risquent d'être perturbés par ces coupures, d'après les informations de franceinfo. Lorsqu'ils sont en intervention, les forces de l'ordre utilisent des téléphones et des tablettes sécurisées "Néo", qui permettent notamment de consulter des fichiers de police branchés sur l’opérateur historique Orange. Or, en cas de coupure de courant impactant le réseau mobile, les policiers et gendarmes ne pourront pas du tout y avoir recours. Dans une circulaire, le gouvernement envisage de recourir à des téléphones par satellite en cas de coupures de courant, qui ne nécessitent pas d’antennes relais, ou encore des radios utilisées par la sécurité civile.

Du côté de la police municipale, le secrétaire national de syndicat FA-FPT police municipale Fabien Golfie craint qu'elle n'ait "pas la capacité de maintenir son service suite à une coupure électrique". "La plupart de nos services sont des petits services, leurs moyens de communication sont souvent embarqués dans les véhicules. Si les antennes relais ne fonctionnent pas, ils vont se retrouver complètement à l’aveugle sans possibilité de communiquer avec les services de l’Etat", explique-t-il sur franceinfo.

La grande distribution

Pour les entreprises, les horaires de coupures seront confirmées la veille à 21h30. Un délai trop court "pour réagir", estime Franck Charton, délégué général de PERIFEM, fédération des enseignes de la grande distribution, interrogé par France Info, qui indique que "les magasins sont très peu équipés aujourd'hui en groupes électrogènes". "Il y aura malheureusement beaucoup de fermetures et beaucoup de gaspillage. On ne jettera pas les produits surgelés qui ont pour la plupart plus d'inertie thermique. Par contre, pour les produits frais qui ne tiennent pas 2h, il y aura effectivement un gâchis conséquent", regrette-t-il.

D'après lui, certaines enseignes vont devoir fermer de façon préventive. " Nous sommes des établissements recevant du public et pour des raisons de sécurité, de toute façon, nous serons obligés d'être fermés pour des raisons de réglementation incendie notamment", dit-il.