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Éducation prioritaire : les dédoublements de classes, victimes collatérales de la crise sanitaire

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La pédagogie particulière en demi-classe n'a pas pu être poursuivie dans de nombreuses écoles
La pédagogie particulière en demi-classe n'a pas pu être poursuivie dans de nombreuses écoles
© Maxppp - IP3 / Vincent Isore

L'école a particulièrement souffert de la crise sanitaire. Les élèves ont perdu de nombreuses heures de cours en raison de la pénurie de remplaçants lorsque les professeurs étaient absents. L'éducation prioritaire a été particulièrement pénalisée car les classes dédoublées de CP et CE1 en Rep et Rep+ ont été regroupées

La pédagogie particulière en demi-classe n'a pas pu être poursuivie dans de nombreuses écoles. Par manque de remplaçants en raison de la crise sanitaire, les dédoublements de classes de CP et CE1 ont très souvent été suspendus au cours de l'année scolaire. Il fallait faire des choix et les rectorats ont incité à regrouper les classes pour trouver des enseignants disponibles. 

"La situation était telle dans le Rhône", raconte notamment Benjamin Grandener, directeur d'une école Rep+ à Vaulx-en-Velin près de Lyon et secrétaire départemental du syndicat Snuipp-69, "que l'inspecteur d'académie a donné instruction au service de remplacement du rectorat de ne plus envoyer de remplaçant dans les écoles d'éducation prioritaire en disant que les écoles devaient se débrouiller avec les moyens qu'elles avaient à disposition, quitte à annuler les dédoublements de CP et CE1".

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"Donc si j'avais des enseignants absents en CM1, CM2 ou CE2, ou même en CP et CE1, on me disait de remettre ensemble des classes dédoublées pour libérer un enseignant qui pouvait s'occuper du remplacement. Chaque école était sommée de bricoler comme elle pouvait pour trouver des solutions. Tous les dispositifs Rep ont été mis à mal", poursuit-il. 

Les élèves progressent moins vite cette année

À Lille, Clémence, professeure en CP-CE1 à l'école Duruy s'est ainsi retrouvée à devoir faire cours en classe entière : "Dans notre école", dit-elle, "nous ne sommes pas considérés comme prioritaires dans les remplacements parce qu'il y a un enseignant supplémentaire pour le groupe classe. Mais 25 élèves, c'est beaucoup plus difficile. On peut moins aller voir les élèves, moins les aider et finalement on fonctionne comme en classe ordinaire. Parfois on a beaucoup d'élèves qui sont primo-arrivants ou on a des élèves qui ont un vocabulaire plus pauvre et cela nécessite de travailler en petit groupe. Ce sont des choses que l'on ne peut plus faire lorsqu'on n'est pas remplacé"

L'enseignante, qui travaille depuis trois ans en classe dédoublée, trouve que ses élèves réussissent un peu moins bien cette année. "Je pense que les élèves auraient pu progresser beaucoup plus vite", analyse Clémence, "si nos absences avaient été remplacées. On aurait souhaité que le nombre de remplaçants soit beaucoup plus important. Il faudrait maintenir une stabilité dans les dispositifs." 

Des recrutements d'enseignants remplaçants

Les classes dédoublées, mesure-phare du quinquennat, sont présentées comme des dispositifs "100% réussite" par le ministère de l'Éducation nationale. Mais les élèves de ces classes, déjà en difficulté, sont un peu plus fragilisés par la crise sanitaire et ses conséquences sur le fonctionnement des écoles. 

"On est censé aider les élèves qui ont le plus souffert de la Covid et du confinement", rappelle Benjamin Grandener. "J'aurais vraiment souhaité que des recrutements d'enseignants puissent être réalisés pour être sûr que chaque enseignant absent soit remplacé, que les dédoublements puissent être assurés et qu'on puisse repartir de l'avant le plus vite possible." Il s'inquiète déjà de la prochaine rentrée.