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Égypte antique : quand les animaux étaient vénérés comme des dieux

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Un moineau perché sur le bord d’un mur façonné par des hiéroglyphes égyptiens dont la représentation animale avait une forte valeur symbolique
Un moineau perché sur le bord d’un mur façonné par des hiéroglyphes égyptiens dont la représentation animale avait une forte valeur symbolique
© Getty - O. Alamany & E. Vicens

Chats, vautours, crocodiles, cobras… Rares sont les animaux qui n'étaient pas vénérés par la société égyptienne antique, qui leur vouait un véritable culte. Sacrés, ils personnifiaient des divinités, rythmaient les pratiques et croyances du quotidien comme nous le montrent les fameux hiéroglyphes.

Des repères existentiels de la vie en société

Il suffit de scruter les hiéroglyphiques pour constater combien les symboles et représentations d'animaux étaient nombreux à l'époque. Les Égyptiens étaient entourés d'une faune sauvage assez incroyable, avec laquelle ils cultivaient un rapport de continuité exemplaire (et avec le vivant de manière générale). Les humains traitaient les animaux quasiment d'égal à égal. Pourquoi ? Parce que, comme l'explique l'égyptologue Pascal Vernus au micro du "Temps d'un bivouac", les animaux étaient avant tout considérés comme des incarnations divines. Ils servaient d'intermédiaires dans le cadre des rituels d'adoration et de célébration de dieux dans les temples. C'est donc aussi, pour beaucoup, à travers eux qu'on remettait le destin de toute la société.

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L'animal tient un rôle très significatif dans la religion égyptienne antique, et s'il y existe un domaine dans lequel on peut s'en rendre compte, c'est via l'écriture hiéroglyphique dont les plus anciennes attestations remontent à 3000 av J.-C., soit 150 ans avant la civilisation pharaonique. Cette écriture se concrétise par la représentation figurative d'objets de la vie quotidienne des humains (plantes, des objets divers, jusqu'à la représentation d'animaux). Chacun renvoyaient à une signification précise dans la philosophie de la société. Cet héritage culturel est sans nul doute celui qui continue de guider notre rapport contemporain avec les animaux.

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Comme l'explique notre archéologue, "la particularité de la civilisation pharaonique, c'est qu'elle était entourée de beaucoup de biotopes très différents, d'une faune très diversifiée à laquelle on donnait une très grande importance. À tel point qu'il nourrissent systématiquement l'imaginaire et les croyances religieuses de la société. La faune a joué un rôle très prégnant dans la symbolique égyptienne qui s'exprime avant tout dans l'écriture, elle-même révélatrice des pratiques religieuses de l'Égypte antique". Voici donc la symbolique de quelques-uns de ces animaux parmi les plus vénérés à l'époque.

L'hippopotame et le crocodile : plongés entre le bien et le mal

Comme la plupart des personnifications divines en Égypte ancienne, l'animal suscite très souvent une croyance ambivalente. L'hippopotame est identifié dans un premier temps aux forces mauvaises, aux ténèbres. L'archéologue nous apprend que "l'animal se rapporte plus symboliquement au dieu du mal, Seth, parce que c'est un animal très dangereux dans la vie quotidienne des Égyptiens. Toujours aujourd'hui, en Afrique, c'est l'animal qui cause le plus de morts. Les mâles croient que la barque est un rival potentiel et ils se mettent attaquer ce qui leur apparaît imposant et mouvant, alors imaginez à l'époque". D'une part, le caractère menaçant en a fait un animal très redouté par les Egyptiens.

Pourtant, d'un autre côté, l'animal est aussi l'incarnation de la déesse Taouret. C'est un animal qui a la particularité de sortir de l'eau pour aller errer de temps à autres sur Terre. Ce côté-là, les Égyptiens l'interprètent comme le symbole de la création du monde. Une ambivalence qui renvoie directement à l'idée que le cosmos a été créé par un dieu sorti de l'océan primordial (Noun) pour se rendre sur Terre. Une vision très caractéristique de la mythologie égyptienne, d'après l'égyptologue, "puisque les forces du mal et les forces du bien se livrent une lutte perpétuelle pour l'équilibre".

Comme l'hippopotame, le croco était présent en très grand nombre, bordant tout le cour du Nil. Il exposait aussi les habitants à de nombreux accidents, pouvant à tout moment plonger sa victime dans les ténèbres en le dévorant. A priori, nous explique l'archéologue, "c'est un animal plutôt jugé péjorativement, dangereusement, mais là encore, on considérait que c'était un animal à double signification, puisqu'il vit à l'intérieur comme en dehors de l'eau, sortant de l'eau et rejoignant la terre ferme (synonyme de lumière) à sa guise". Il devient aussi le dieu de la fertilité agricole, incarnant entre autre la divinité de Sobek, contrôlant les crues du Nil, les cultures de champs irriguées par le Nil. Il veille à protéger l'Océan, le créateur des dieux primordiaux, et d'où procèdent le chaos et la vie.

Le vautour et le cobra : protecteurs des dieux et des pharaons

Le vautour est le symbole de la déesse de Nekhbet, une divinité qui symbolisait la protection pharaonique au même rang que le cobra. Contrairement à nous aujourd'hui, explique l'égyptologue, "le vautour est un symbole positif pour une raison de mœurs, car le vautour étend ses ailes pour protéger ses petits de la chaleur et du soleil. Le vautour est devenu l'emblème de la protection. Le vautour sert par exemple à signifier le mot "protection" en hiéroglyphe égyptien. D'autre part, son vol extrêmement pondéré dans le ciel l'a fait représenter comme un avatar du disque solaire et souvent, dans les représentations égyptiennes, on fait représenter un vautour qui plane au-dessus du pharaon comme pour le protéger".

Le faucon : faire jaillir la lumière entre le bien et le mal

Cet oiseau de la famille des rapaces, particulièrement charismatique, a prêté son apparence à deux des plus grands dieux protecteurs de l'Egypte antique : Amon-Rê, le dieu solaire suprême du panthéon égyptien, roi des dieux égyptiens, grâce auquel l'univers des dieux et des hommes peut prospérer en paix en tant que garant de l'équilibre entre le bien et le mal. C'est pourquoi le dieu faucon est tout le temps surmonté de son disque solaire afin de donner la lumière au cosmos. Chez Rê, le faucon personnifie la création à lui tout seul, chargé de garantir la lumière (le bien) et de combattre l’obscurité (le mal). Il est le fruit d'une association entre le soleil, l'air et le vent incarnant ainsi le pouvoir invisible, dissimulé mais toujours présent, et la lumière divine qui assure la vie.

Sans oublier Horus dont le faucon personnifie le pouvoir divin et royal tant il fut considéré comme le premier roi divin de l'Égypte pharaonique duquel se revendique chaque roi-pharaon au moment de monter sur le trône. Il est synonyme de souveraineté et de rayonnement. Il est celui qui a dû se battre contre son oncle Seth, pour récupérer le trône de son père Osiris.

De manière plus générale, dans la mythologie égyptienne, l'oiseau représente la divinité (Bénou) de la vie, l'âme du roi des dieux créateur Amon-Rê qui l'accompagne en permanence dans la recherche de l'équilibre entre la lumière et l'obscurité.

Les chats et les chiens : protecteurs de la domesticité

Dans l'imaginaire égyptien antique, les deux animaux les plus aimés de France étaient "traités à la fois comme des animaux de compagnie mais aussi comme des divinités protectrices de la vie quotidienne". Aussitôt ont-ils commencé à être domestiqués entre -2000 et -1800, aussitôt ils ont été divinisés. Ils ne manquaient jamais de rien et étaient la plupart du temps momifiés, surtout les chats.

La chatte, elle incarne la déesse Bastet, fille du dieu du soleil Rê, dont on croyait qu'il voyait à travers les yeux de sa fille. Elle est très souvent représentée assise, symbole de sagesse. Les Egyptiens vénéraient les chats pour la bienséance, la douceur, la bonté que symbolisait la déesse chatte en tant que protectrice de la domesticité, de la fertilité, de la bonne santé du foyer, des enfants.

L'historien précise que la divinité était doublement féline "puisqu'elle pouvait à tout moment se changer en lionne et devenir la déesse de la fureur (Sekhmet), le double dangereux de Bastet. Lorsque la lionne est apaisée, elle redevient une chatte".

Si, au départ, les Égyptiens vouent un véritable culte aux chats, c'est parce qu'ils sont reconnus pour leur instinct de chasseurs de rats, débarrassant tout nuisible susceptible de s'en prendre aux besoins alimentaires des humains. Ils préservent naturellement les récoltes et permettent de prévenir les pandémies de peste par les rats.

Quant au chien, c'est à peu près la même chose même si sa représentation divine est un peu plus floue. Il est très souvent posté sous le siège de son propriétaire, tel un symbole de sérénité, de protection et de quiétude. Le chien sert à personnifier une divinité égyptienne très importante, Anubis, le dieu à la tête de chacal chargé du cérémonial des morts. "En effet, le chien déterre souvent les os, les restes des défunts pour les placer dans une autre cachette insoupçonnée. On en a fait le symbole du Dieu chargé de la momification et de réintégrer le cadavre dans sa forme initiale".

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - Le temps d'un bivouac : L'Egypte au temps des pharaons

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