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"Elle va faire trembler l'Assemblée" : la nouvelle députée Rachel Keke, vue par ses collègues

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Ken et Sylvie, femmes de chambres, suivent avec fierté les premiers pas de Rachel Keke à l'Assemblée.
Ken et Sylvie, femmes de chambres, suivent avec fierté les premiers pas de Rachel Keke à l'Assemblée.
© Radio France - Claire Chaudiere

Ce mercredi, les députés entament officiellement leur mandat. Pour les collègues de Rachel Keke, femme de chambre de 48 ans, élue dimanche dernier dans le Val de Marne, l'heure est historique. "Les invisibles" seront désormais représentés dans l'hémicycle.

Pas de séance parlementaire avant la semaine prochaine, mais pour Rachel Keke comme pour les autres nouveaux députés, c'est le moment de commencer à s'installer et prendre ses marques. Les premiers pas de la député Nupes fraîchement élue dans la 7e circonscription du Val de Marne seront scrutés avec attention et parfois même fascination. Tout un symbole pour de nombreuses travailleuses de l'ombre, qui s'activent dans les coulisses des grands hôtels parisiens, à commencer par ses collègues qui suivent son ascension politique depuis des mois.

"Elle devait gagner"

Dans le local syndical où les femmes de chambres ont construit, pas à pas, leur succès dans l'interminable bras de fer de l'Ibis Batignolles, à Clichy, dans les Hauts-de-Seine, les affiches de la grève sont toujours là, avec sa photo. "On ne parle que d'elle. On pourrait les vendre", lâche en riant Tiziri Kandi de la CGT Hôtels Prestiges. Si la candidature de Rachel Keke a surpris un peu tout le monde au départ, une fois lancée, il n'y avait aucun doute, explique-t-elle, elle devait gagner : "Les salariées venaient et disaient, 'c'est elle la future députée'. Il n'y avait pas de conditionnel, comme si un échec n'était pas envisageable."

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Sur les affiches imprimées pendant la grève de 22 mois des femmes de chambres de l'Ibis Batignolles : Rachel Keke et sa collègue Sylvie Kimissa.
Sur les affiches imprimées pendant la grève de 22 mois des femmes de chambres de l'Ibis Batignolles : Rachel Keke et sa collègue Sylvie Kimissa.
© Radio France - Claire Chaudière

Eboueurs, agents de sécurité, femmes de ménages, invisibilisés

Sylvie, collègue directe de Rachel Keke, a du mal à arrêter de sourire : "J'étais avec elle quand on a eu la nouvelle dimanche soir. On a crié, on a sauté. Je lui ai dit : 'Tu vois des milliers de personnes viennent de reprendre espoir grâce à toi'. Elle va en inspirer beaucoup c'est sûr."

Elle a ce don très précieux renchérit Ken, femme de chambre, dans un autre hôtel parisien : "Ce petit truc qui motive, même quand on est découragées. Elle dit 'Mesdames levez vous, il faut continuer...' et ça marche ! C'est un grand pas pour nous... éboueurs, agents de sécurité, femmes de ménages. Elle sera la parole des sans-paroles."

Kem, femme de chambre dans une autre chaîne d'hôtels parisiens, suit de loin mais avec beaucoup d'attention le parcours et les combats de Rachel Keke.
Kem, femme de chambre dans une autre chaîne d'hôtels parisiens, suit de loin mais avec beaucoup d'attention le parcours et les combats de Rachel Keke.
© Radio France - Claire Chaudière

À la télé ou sur les réseau sociaux, chacune suit les derniers faits et gestes de Rachel. "Elle a dansé devant l'Assemblée tout à l'heure. Que du bonheur", poursuit Sylvie. Prochaine étape : découvrir ses premières interventions au micro dans l'hémicycle. "Je suis sûre qu'elle va faire trembler l'Assemblée. Elle en est capable, même si elle sait que ce ne sera pas facile."

"Son rôle sera de porter la voix des travailleurs précaires. Il faudrait qu'elle s'empare d'un sujet souvent oublié : celui de la sous-traitance des ouvriers précaires comme nous, conclut Ken. J'espère qu'elle pourra agir. C'est la première mais il y aura d'autres Rachel Keke à l'Assemblée. Ce n'est que le début."