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"Elles anéantissent tout" : le fléau des sargasses, ces algues qui empoisonnent la vie des Guadeloupéens

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Les sargasses, ces algues brunes aux émanations nocives, pourrissent la vie des Guadeloupéens.
Les sargasses, ces algues brunes aux émanations nocives, pourrissent la vie des Guadeloupéens.
- William de Lesseux

En Guadeloupe, de gigantesques nappes d’algues brunes à la dérive dans l’océan viennent s’échouer sur les plages. Ces bancs de sargasses, compacts, sont visibles du ciel. Une fois échouées elles se dégradent en dégageant des gaz toxiques, fléau pour le tourisme local peu soutenu par les autorités.

Sulfure d’hydrogène et ammoniac : le cocktail émis par les sargasses échouées sur une des plages de l’Anse-Bertrand (Guadeloupe) depuis deux semaines. Chez Coco, un restaurant familial installé face au lagon, on a été obligé de fermer. "Impossible de recevoir les clients avec cette odeur pestilentielle", une odeur âcre de soufre et de décomposition,  explique le gérant du lieu, Roméo Rambinaising.

Lui et ses parents, installés depuis 30 ans sur cette plage, sont victimes de ces marées brunes depuis 2011. Un phénomène qui a pris de l’ampleur, sans que les causes ne soient totalement déterminées par les scientifiques. Dans cette partie de l’Atlantique, les sargasses sont visiblement dopées aux engrais rejetés par le fleuve Amazonie ou encore la hausse de la température de l’eau. Aucune étude ne permet à ce jour de déterminer clairement les facteurs de cette prolifération.

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Le lagon de la Porte-d’Enfer, "l’un des plus beaux sites de la Guadeloupe", est méconnaissable, se désole Roméo Rambinaising. "En temps normal, c’est un site paradisiaque, lagon bleu, sable blanc, un lieu de ponte des tortues… Les sargasses anéantissent tout." L’année dernière, le restaurant a dû fermer plus de neuf mois, entre confinements et échouements des sargasses.

Les promesses du gouvernement sans résultats apparents

Or, c’est à la mairie de venir ramasser ces algues. Une compétence acquise depuis le passage par cette plage d’Édouard Philippe, alors Premier ministre, le 25 octobre 2019. Roméo Rambinaising se souvient par cœur de la date. L’État s’était à l’époque engagé auprès du restaurateur et des acteurs du tourisme à mettre des moyens sur la table pour débarrasser la côte de ces algues.

"Finalement, rien n’a été fait. On n’a pas voté pour le Rassemblement National [à la présidentielle] chez Coco, mais les engagements pris et non respectés posent question", indique Roméo Rambinaising, qui explique que des représentants de l’État dans le département lui ont recommandé de fermer. "J’ai fait mes premiers pas ici à la Porte-d’Enfer. On ne va pas fermer parce que certaines personnes ne se retroussent pas les manches pour trouver les solutions adaptées !"

Edouard Philippe, alors Premier ministre, en visite à la Porte-d'Enfer, en 2019.
Edouard Philippe, alors Premier ministre, en visite à la Porte-d'Enfer, en 2019.
- Helène Valenzuela

La mairie a bénéficié d’une subvention de 450.000 euros il y a deux ans pour acheter du matériel de déblaiement. Confinements, appels d’offres laborieux : deux ans plus tard, le matériel n’est toujours pas arrivé, explique le maire Édouard Delta. "Nous espérons l’arrivée de la totalité de ce kit sargasses dans les deux à trois mois qui viennent. D’ici là, la communauté de communes doit intervenir, dans les prochains jours", assure l’élu, dont les administrés ont voté à 74% pour Marine Le Pen au deuxième tour. Mi-mars, un plan “Sargasses II” a été voté jusqu’en 2025 et est doté d’un budget de 36 millions d’euros.