Publicité

Emmanuel Macron : "La situation est terrible pour les femmes afghanes mais nous pouvons faire pression"

Par
 Emmanuel Macron interviewé par Léa Salamé de France Inter à l'Élysée  le 5 octobre 2021
Emmanuel Macron interviewé par Léa Salamé de France Inter à l'Élysée le 5 octobre 2021
© Radio France

Dans un entretien exclusif à France Inter, le Président de la République assure que la France ne reconnaitra pas le régime taliban tant que les jeunes afghanes ne seront pas retournées à l'école. Il se dit inquiet de leur situation, mais appelle la communauté du G20 à maintenir la pression.

Emmanuel Macron s'est exprimé sur la situation des femmes en Afghanistan, à l'occasion de la journée spéciale qui leur est consacrée ce mardi sur France Inter. "Il faut regarder la situation en face, elle est terrible pour les femmes afghanes aujourd’hui", affirme-t-il d'emblée. "Il y [en] a beaucoup qui ces dernières années ont pu avoir accès à l'éducation, à l'art (...) et qui d'un seul coup ont vu la porte se refermer." 

22 min

Malgré le soutien de la communauté internationale "au maximum de ce qu'elle pouvait" durant l'évacuation de Kaboul, selon le président, il dit n'avoir "aucune naïveté" concernant le nouveau régime des talibans au pouvoir. "Ils amènent une stabilité apparente, mais c'est un obscurantisme."

Publicité

Conditionner la reconnaissance des Talibans au respect des droits des femmes

Le président a garanti que le régime islamique ne serait pas reconnu par la France tant que les jeunes afghanes ne seraient pas de retour à l'école. Beaucoup d'entre elles n'ont pas pu faire leur rentrée au collège ou au lycée, fautes de femmes professeurs pour les accueillir dans les nouvelles classes non-mixtes.

Vous devez absolument donner un avenir aux jeunes filles dans votre pays et ça fait partie des choses qu'on regarde avant de vous reconnaitre.

Les Etats du G20 se réunissent le 12 octobre prochain au sujet de l'Afghanistan, et Emmanuel Macron attend le même engagement de ses alliés occidentaux. "Nous devons absolument avoir un message très clair où nous posons des conditions pour reconnaitre les talibans", poursuit Emmanuel Macron. Parmi celles-ci, la "dignité des femmes afghanes", et le respect de "l'égalité femme-homme"

"Ça veut dire qu'on leur dit [aux talibans, NDLR] 'Vous devez absolument donner un avenir aux jeunes filles dans votre pays' et ça fait partie des choses qu'on regarde avant de vous reconnaitre."

"Nous ne pouvons pas nous substituer à la souveraineté d'un peuple"

Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de convaincre, au-delà de la communauté internationale, les pays autour de l'Afghanistan de garantir les droits des femmes. Le Pakistan par exemple, où leur accès à l'éducation est mis en péril dans certains zones.

En revanche, il n'est plus question d'une quelconque ingérence dans les affaires afghanes, un mois et demi après la défaite des Etats-Unis sur place. "L’histoire et la géographie des peuples sont des irréductibles. Parfois il ne peut qu’il se passe dans certains pays des choses que nous pouvons condamner, mais auxquelles nous ne pouvons pas tout changer", détaille le chef de l'État. 

Il a par ailleurs rejeté l'idée d'une "vague" migratoire d'afghanes et afghans. Quant aux 2600 nouvelles familles réfugiées en France, "le coeur de l’effort maintenant c’est de pleinement intégrer et accueillir [celles] qu’on a faites venir".

Le retrait progressif au Sahel

Cette défaite de l'Occident en Afghanistan, présage-t-elle d'un échec inévitable pour la France au Sahel ? "Non, je pense qu'il faut distinguer les situations", répond Emmanuel Macron. "François Hollande est intervenu au Mali à la demande du gouvernement malien. Et aujourd'hui, sans la France au Sahel, il n'y aurait plus de gouvernement au Mali. Les terroristes auraient pris le contrôle du pays", assure le patron de l'exécutif. 

En revanche, il justifie le repositionnement de l'armée français sur place. Elle "n’a pas à se substituer au non-travail de l’Etat malien [sur la reconstruction du pays]. Nous nous reconcentrons sur la stricte lutte contre les groupes terroristes."

Aller plus loin