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Empreinte carbone de TotalEnergies : pourquoi Greenpeace arrive-t-elle à un résultat quatre fois plus élevé ?

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Greenpeace remet en cause le calcul des émissions de gaz à effet de serre de TotalEnergies.
Greenpeace remet en cause le calcul des émissions de gaz à effet de serre de TotalEnergies.
© AFP - Denis Charlet / Capture Greenpeace

Dans un rapport paru jeudi, Greenpeace accuse TotalEnergies d'avoir largement sous-estimé ses émissions de gaz à effet de serre. La multinationale réplique, en qualifiant la méthodologie de l'ONG de "douteuse".

Le groupe TotalEnergies minimise-t-il son empreinte carbone ? Dans un rapport publié jeudi, Greenpeace évalue à plus de 1,6 milliard de tonnes les émissions équivalent carbone du géant pétrolier et gazier en 2019, soit près de quatre fois plus que ce que déclare le groupe. "Sa responsabilité dans la crise climatique est bien plus importante que ce qu'il veut bien reconnaître", dénonce François Chartier, de l'ONG environnementale. Selon lui, les ambitions du groupe d'atteindre la neutralité carbone en 2050 sont "carrément fantaisistes". De son côté, TotalEnergies reproche à Greenpeace d'avoir recours à une méthode de calcul "douteuse".

Mode de calcul

Cet écart impressionnant est dû à des choix méthodologiques de calcul bien différents. Pour comprendre, il faut savoir que TotalEnergies et Greenpeace se réclament toutes deux de normes internationales, en particulier le GHG Protocole, pour réaliser leurs calculs. Ces normes constituent une sorte de "langage commun" pour "harmoniser" les calculs des émissions des entreprises et les rendre "transparents", explique César Dugast, expert comptabilité carbone au sein du cabinet Carbone 4, spécialisé dans le conseil en stratégie bas carbone pour les entreprises.

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"Concrètement, pour calculer les gaz à effet de serre, on va regarder l'ensemble des émissions directes de l'entreprise et de ses filiales, mais aussi les émissions indirectes qui sont souvent les plus importantes et qui ont lieu en amont et en aval de la production", décrit l'expert. "On y trouve émissions issues des combustibles fossiles vendus et consommés par les clients. Ces sont des émissions qui ont lieu dans la chaîne de valeur de l'entreprise et doivent aussi être comptabilisées."

Désaccord sur le calcul des émissions indirectes

Autrement dit, lorsqu'on fait notre plein dans une station TotalEnergies, les émissions de gaz à effet de serre de notre voiture seraient comptabilisées dans le bilan de l'entreprise. C'est surtout sur ces émissions indirectes que s'opposent TotalEnergies et Greenpeace"Dans le cas de gros acteurs qui ont des processus et des chaînes de valeurs complexes, il peut y avoir des arbitrages à faire sur le périmètre à considérer dans le rapport", analyse César Dugast. "Cela peut créer des écarts importants."

Dans son communiqué, le géant pétrolier et gazier accuse l'ONG de compter plusieurs fois les mêmes émissions et explique que, pour éviter les doubles comptages des émissions indirectes, il prend en compte soit les émissions liées à ses ventes, soit celles liées à sa production de pétrole et de gaz de pétrole, en fonction du volume le plus important sur la chaîne de valeur. Ce serait, selon TotalEnergies, une méthode partagée par les acteurs du secteur au niveau international.

Greenpeace de son côté met en cause la "sincérité" et la transparence des calculs de TotalEnergies. Il lui apparait "difficile de se fier aux résultats publiés" jugés peu réalistes, notamment par comparaison à une autre major de l'énergie fossile, Shell, qui déclare des émissions 3,6 fois plus importantes que TotalEnergies, alors qu'elle ne produit que 20% de pétrole et de gaz en plus. L'ONG a donc estimé devoir reprendre les calculs en prenant en compte l'ensemble des volumes "produits, transformés et vendus par les différents segments et éléments de ses chaînes de valeurs".