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EN IMAGES - Il y a 30 ans, les émeutes de Los Angeles embrasaient l'Amérique

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Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, certaines se livrant à violences et pillages.
Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, certaines se livrant à violences et pillages.
- PAUL J. RICHARDS / AFP

Suite à l'acquittement des policiers blancs accusés d'avoir tabassé Rodney King, un automobiliste noir, des émeutes s'emparent pendant six jours de Los Angeles, forçant le président Bush à faire intervenir l'armée et le pays à regarder en face ses problèmes de racisme.

Six jours de colère et de chaos. Pendant six jours, entre le 29 avril 1992 et le 4 mai 1992, la "Cité des anges" californienne est le théâtre de ce qu'on appelle aujourd'hui "les émeutes de Los Angeles". Une parenthèse de violences qui est la conséquence directe des inégalités raciales qui touchent depuis toujours l'Amérique, mais qui est surtout mise en lumière par un évènement : l'acquittement des policiers blancs responsables d'avoir tabassé en pleine rue, une nuit de mars 1991, un jeune automobiliste noir, à terre, sans défense, lors d'un contrôle routier après un excès de vitesse.

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"Ils ont l'autorité de tuer une minorité"

La scène est filmée. L'Amérique voit sur tous les écrans de télévision ce que dénoncent les associations afro-américaines depuis le début de la guerre contre la drogue relancée par Ronald Reagan à partir de 1984 : la violence et l'impunité de la police sur les afro-américains. Une situation quotidienne justement mise en musique et en mots par une bande de jeune rappeurs de Los Angeles, NWA, en 1988 : "Ils ont l'autorité de tuer une minorité." Mais cette fois-ci, les images sont là. L'Amérique est choquée. L'affaire devient une affaire d'État, avec des manifestations dans le pays et une condamnation des faits par le président Bush. Une enquête aboutit sur un procès en mars 1991.

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Les officiers de police (en civil)  Ted Briseno et Laurence Powell la veille du verdict
Les officiers de police (en civil) Ted Briseno et Laurence Powell la veille du verdict
- CARLOS SCHIEBECK

Quatre policiers sont jugés pour "usage excessif de la force", pour avoir tasé deux fois Rodney King, puis lui avoir porté 56 coups de bâton et donné plusieurs coups de pied. King a la mâchoire fracturée, des plaies et des bleus au visage et sur le reste du corps et une cheville cassée. Les policiers invoquent la peur et le risque de rébellion de l'automobiliste pour se justifier. À l'issue du procès, le jury, dans lequel aucun afro-américain ne figure (10 blancs sur 12 jurés) décide à la surprise générale d'acquitter le sergent Koon, et les officiers Briseno, Wind et Powell. À peine deux heures après le verdict, les rues de Los Angeles se remplissent de colère.

Des milliers de personnes descendent dans les rues et manifestent devant le commissariat de police de Los Angeles
Des milliers de personnes descendent dans les rues et manifestent devant le commissariat de police de Los Angeles
- MIKE NELSON
La police procède à des arrestations dès le premier soir.
La police procède à des arrestations dès le premier soir.
- WADE BYARS

Des centaines de personnes se rassemblent devant le quartier général de la police à Los Angeles et devant la maire, pancarte en main, dénonçant le verdict et le racisme qui touche les autorités. La police procède à des arrestations, ce qui envenime une situation déjà tendue. Chez certains, la colère laisse place à la rage. Des magasins sont vandalisés et pillés, d'autres incendiés. Des voitures aussi. Les pompiers doivent intervenir plus d'une centaine de fois dans la journée pour des départs de feu. La foule grandit. Le président Bush dit son étonnement suite au verdict du jury. Tom Bradley, maire de la ville, prend également la parole :

Le verdict du jury ne jettera pas un voile sur ce que nous avons vu sur la vidéo. Les hommes qui ont tabassé Rodney King ne méritent pas de revêtir l'uniforme de la police de Los Angeles.

Les forces de police ont rapidement du mal à faire face aux émeutiers
Les forces de police ont rapidement du mal à faire face aux émeutiers
- ROD LAMKEY
Les propriétaires de magasins incendiés constatent les dégâts au matin du 1er mai
Les propriétaires de magasins incendiés constatent les dégâts au matin du 1er mai
- Robert SULLIVAN

Les policiers sont directement pris pour cible, attaqués par des émeutiers. Un couvre-feu est décrété dans la nuit du 29 au 30 avril dans plusieurs quartiers pour tenter de contenir les zones de violences et de pillages, mais rien n'y fait. Des fusillades éclatent entre propriétaire de magasins et pillards. La garde nationale est appelée en renfort.

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Le 1er mai, Washington ne reste plus spectateur. Pour le président George Bush, la violence à Los Angeles n'a "rien à voir avec les droits civiques" ou avec les "grandes problématiques d'égalité" mais avec "la brutalité de la foule". Les manifestations se propagent à d'autres grandes villes. Dans l'optique de restaurer l'ordre, il active l'Insurrection Act qui permet le déploiement de 4.000 militaires sur le terrain.

Rodney King lors de sa conférence de presse le 1er mai 1992.
Rodney King lors de sa conférence de presse le 1er mai 1992.
- ROBERT SULLIVAN

Au bout de trois jours, on dénombre déjà 40 personnes tuées, plus de 1.500 blessés. Les pompiers sont intervenus sur plus de 3.700 incendies et plus de 3.000 personnes ont été arrêtées. La principale victime du scandale, Rodney King, convoque la presse pour un appel au calme, à la fin des violences. "Vous tous, je veux juste dire, ne peut-on pas tous s'entendre ?", lance t-il en pleurs avant d'ajouter : "Nous obtiendrons justice. Ils ont gagné une bataille mais pas la guerre. Notre jour viendra au tribunal, c'est tout ce que nous voulons."

Les dégâts dans la ville sont estimés à plus d'un milliard de dollars.
Les dégâts dans la ville sont estimés à plus d'un milliard de dollars.
- ROD LAMKEY
Plus de 12 000 personnes ont été arrêtées.
Plus de 12 000 personnes ont été arrêtées.
- HAL GARB

Les soldats n'arrivent sur place que le 2 mai, alors que le calme commence à revenir dans la ville. Los Angeles est occupée par l'armée, ce qui n'est pas arrivé depuis un siècle. Des manifestations avec des dizaines de milliers de participants sont organisées, mais avec un mot d'ordre pacifique. Les jours suivants, la crise prend fin, jusqu'à la levée du couvre-feu le 4 mai. Le bilan définitif monte à 63 morts, près de 2.400 blessés et plus de 12.000 arrestations. Les quatre policiers sont rejugés en 1993 : deux d'entre eux, Laurence Powell et Stacey Koon, écopent d'une peine de 30 mois de prison.

55 min