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En Italie, l'émergence d'une "quatrième mafia" qui sévit dans le nord des Pouilles

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Un restaurant de plage détruit, sur la plage de Manfredonia
Un restaurant de plage détruit, sur la plage de Manfredonia
© Radio France - Bruce de Galzain

La Quarta mafia a posé une quinzaine de bombes depuis le début de l'année 2022. Encore archaïque, ce groupe s'organise de plus en plus.

Elle est la mafia la plus récente d'Italie. La Quarta mafia sévit dans le nord des Pouilles, une région au sud du pays. Cette nouvelle mafia est aussi surnommée la "quatrième" car elle est née après Cosa Nostra en Sicile, la Camorra en Campanie et la N’drangheta en Calabre. Depuis le début de l'année, la Quarta a posé une quinzaine de bombes dans la province. Le groupe est de plus en plus organisé. 

Sur la plage de Manfredonia, au bord de la mer Adriatique, le soleil brille, mais en arrivant devant "l’Ultima spiaggia", le spectacle est moins beau. Le propriétaire de l'établissement, Dario Melillo ne peut que constater les dégâts : "Sous nos yeux, il y a ce qui reste du bar et restaurant que nous ouvrons l’été pour nos clients. Il n'y a rien à dire. Ils ont tout détruit !" Il marche sur des morceaux de bois fumant et des assiettes cassées. Pour Dario, pas de doute la mafia l'a touché, mais c'est tout le territoire qui est visé.

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Méthodes ultra-violentes

La Quarta mafia a "quelque chose de primitif", selon Antonio Laronga, le procureur adjoint de Foggia, une ville à quarante kilomètres de là. 

Ces mafias utilisent encore des méthodes ultra-violentes : des attentats, des bombes. Elles tuent : quand il le faut, elles commettent des crimes de sang !

La Quarta fait aussi du trafic de drogues et d'armes avec les Balkans, mais elle ne s’arrête pas là. Devant la mairie de Foggia, le secrétaire du Parti démocrate Davide Emanuele explique pourquoi cette ville de 150.000 habitants est désormais gérée par une commission spéciale : "Depuis le mois d’aout, la ville est sous tutelle en raison d’infiltrations mafieuses. L’administration était soupçonnée d’avoir fait des choix et pris des décisions favorables aux mafias. Nous, dans l’opposition, cela faisait des années que l’on disait qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas !"

Il ne reste qu'un tribunal dans cette province plus étendue que la région de Gênes. Une "erreur fatale" faite il y a dix ans, selon Antonio Laronga, le procureur adjoint de Foggia. "En 2012, quand ils ont fait la réforme, les organisations criminelles étaient déjà reconnues comme mafia. Ils ont donc fermé des tribunaux sur un territoire que l’on savait infesté d’au moins trois clans mafieux ! Au niveau institutionnel, c’était un signe de sous-estimation du phénomène, et clairement un signe de faiblesse."

Aujourd’hui certains Italiens doivent faire deux heures de route pour aller porter plainte à Foggia, mais dans le Gargano les routes ne sont pas vraiment rassurantes. De quoi encore en dissuader plus d'un.