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Retraites : l'exécutif temporise, un projet de loi "avant la fin de l'hiver"

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Emmanuel Macron le 26 septembre 2022 à l'Élysée
Emmanuel Macron le 26 septembre 2022 à l'Élysée
© Maxppp - EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON

"Pas de passage en force" : lors d'un dîner à l'Élysée mercredi soir, rassemblant les leaders de la majorité et les ministres concernés, le président de la République a précisé les contours et la méthode de sa future réforme des retraites, notamment pour rassurer certains partenaires.

Reculer d’un pas sans perdre la face, c’était tout l’objet de ce long dîner, où Emmanuel Macron a laissé chacun s’exprimer, pendant trois bonnes heures, avant de trancher. Il écarte (sans le formuler ainsi) l’idée d’un amendement au budget de la sécurité sociale, que les amis de François Bayrou n’étaient de toute façon pas prêts à voter.

L'hypothèse avait d'ailleurs fait bondir le patron du MoDem la semaine dernière, et il faisait partie des invités, ce mercredi soir, de ce dîner à l’Élysée pour fixer un calendrier et un objectif communs, avec les autres leaders de la majorité et les ministres concernés par le projet de réforme.

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Au menu : trois de mois de concertations , un texte spécifique débattu en janvier , adopté au plus tard en mars , appliqué en juillet. Et toujours un départ en retraite reculé à 65 ans .

Une réforme conforme au projet de campagne

Changement de méthode, donc, mais pas question de renier l’objectif initial : une réforme en vigueur dès l’été prochain. Et la concertation politique et sociale qui va s’ouvrir se fera sur la base de ses promesses de campagne : 65 ans à horizon 2031, la fin des régimes spéciaux, 1100€ de retraite minimale, et la prise en compte de la pénibilité. En clair, le message est : "Il n’a rien abandonné, et le fond importe plus que la forme."

"Cette histoire de tuyauterie, ça suffit", résume un participant du dîner, qui s’est voulu "apaisé". "Deux semaines de perdues", soupire de son côté un conseiller ministériel. "Je ne comprends toujours pas comment on en est arrivé là..."

Il y a désormais l’impression d’un retour à la case départ. Officiellement, l’Élysée reste muet : c’est à Élisabeth Borne d’assumer. Et justement, cette option (trois mois de concertations puis un texte dédié) avait sa préférence. Elle l'a d'ailleurs confirmé à l'AFP quelques heures après le fameux dîner, assurant que le gouvernement avait choisi de privilégier "le dialogue et la concertation", avant une journée nationale de mobilisation syndicale.

Elle annonce que le gouvernement va ouvrir un nouveau cycle de concertations autour de la réforme des retraites, dans la perspective d'adopter un projet de loi "avant la fin de l'hiver". Elle souhaite, au bout du parcours, "une entrée en vigueur de la réforme à l'été 2023".

Dans cette perspective, Mme Borne a demandé au ministre du Travail Olivier Dussopt "d'engager dès la semaine prochaine" des négociations avec organisations patronales et syndicales, ainsi qu'avec les "groupes parlementaires".

Les oppositions toujours pas convaincues

"Il a trouvé une porte de sortie à un problème qu'il s'est lui-même créé", résume le député LR Pierre-Henri Dumont. "Personne ne pouvait imaginer sérieusement [un passage en force], à moins de bloquer le pays, et d'aboutir à un rejet du texte, la possibilité d'un 49.3 ou d'une motion de censure votée par une partie des députés, peut-être même de la majorité."

Pour la députée LFI Aurélie Trouvé, le président de la République ne pouvait de toute façon "pas passer comme un bulldozer", avec "70 % des Français qui sont contre le recul de l'âge de départ à la retraite". Elle n'est pas soulagée oour autant par la solution validée ce mercredi : "C'est encore extrêmement serré comme calendrier, ça va empêcher un vrai débat public. Nous, on va tout faire pour que ce débat public ait lieu : comme en 2020, dans l'hémicycle, nous ferons en sorte de retarder autant que possible toute décision, pour qu'une mobilisation d'ampleur puisse se faire dans la rue."