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En Ukraine, le viol utilisé comme arme de guerre par l'armée russe, selon Kiev et plusieurs organisations

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Une famille pleure un parent disparu devant une fosse commune dans la ville de Bucha, le 3 avril.
Une famille pleure un parent disparu devant une fosse commune dans la ville de Bucha, le 3 avril.
© AFP - NARCISO CONTRERAS / ANADOLU AGENCY

Les accusations de viols contre l'armée russe s'enchaînent ces derniers jours, notamment depuis la découverte du massacre de Boutcha, dans la région de Kiev. Même si elles sont difficiles à récolter, certaines preuves sont accablantes.

Des fosses communes, des cadavres gisant dans la rue ou dans des caves… Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a fait diffuser une vidéo ce mardi devant l’ONU pour dénoncer les crimes de guerre russes et demander l’exclusion de la Russie du Conseil de sécurité. Parmi ces crimes, la question des viols commence à émerger. A ce stade de la guerre, il est impossible de donner des chiffres précis. Mais selon les autorités ukrainiennes et des organisations des droits de l’homme, les preuves s’accumulent.

Un enregistrement accablant

C’est une photo qui a beaucoup choqué, dimanche dernier, lors de la découverte de l’enfer de Boutcha, après le retrait des forces russes. L’image montre des corps cachés sous une couverture, à une vingtaine de kilomètres de la capitale ukrainienne, Kiev. Un examen plus minutieux montrera que ces corps recouverts, encadrés de pneus, sont ceux d’un homme et de trois femmes. Les cadavres des femmes sont nus, partiellement brûlés. De quoi, pour les autorités ukrainiennes, alimenter les accusations de viols.

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Les faisceaux d’indices s’accumulent, comme cette conversation captée ce mois de mars par les services de sécurité ukrainiens, entre un soldat russe et sa mère, lors de laquelle le jeune homme dénonce ses camarades :

"*Dans un village voisin, près d’ici, des garçons ont violé une femme.
- *Quelle horreur !
- Oui… Une adulte, et une femme de 16 ans. J’ai envie de fusiller ceux qui ont fait ça. Qu’ils aillent se faire foutre, je voudrais qu’ils rentrent chez eux dans un cercueil."

"Des enfants ont été violés sous les yeux de leurs parents"

Kateryna Cherepakha préside  La Strada Ukraine, une organisation des droits de l’homme qui a déjà documenté quatre dossiers, soit six viols au total. Trois de ces affaires se sont déroulées dans la région de Kiev, et la quatrième, au sud du pays, où les combats font rage entre soldats russes et ukrainiens.

"Il y a des cas, affirme Kateryna Cherepakha, où des enfants ont été violés sous les yeux de leur mère, de leurs parents. Parfois, ils ont été violés en même temps. Ce qui ont souffert de ces viols vont avoir beaucoup de mal à témoigner, déjà qu’en temps normal, c’est compliqué… Cela prendra du temps. C’est quelque chose qui doit être très sérieusement documenté, pour ensuite ceux qui sont coupables devant leur responsabilité."

Des preuves néanmoins difficiles à récolter

Mais, les combats se poursuivant, les organisations de défense des droits de l’homme se heurtent à une difficulté majeure, celle de la collecte des preuves. "Dans beaucoup d’endroits où ces crimes ont eu lieu, poursuit Kateryna Cherepakha,  les maisons, les immeubles, sont minés. Les autorités continuent à retrouver des endroits où les gens ont été retenus captifs, torturés, violés. Et puis, ça continue en ce moment même, les crimes continuent d’être perpétrés."

Cette responsable en est convaincue : les six cas de viols répertoriés par La Strara Ukraine ne représentent selon elle qu’une goutte d’eau. Une infime partie de toutes les horreurs qui seront découvertes par la suite, en particulier au sud du pays et dans le Donbass, où les troupes russes sont en train de se redéployer. En attendant, les témoignages collectés pourront servir à la procureure générale d'Ukraine, ainsi qu'à la cour internationale des droits de l'homme, qui ont annoncé des enquêtes.