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"État de terreur" d'Hillary Clinton et Louise Penny ou quand littérature policière et politique font deux

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Louise Penny et Hillary Clinton co-signent "Etat de terreur" (Actes Sud), 2022
Louise Penny et Hillary Clinton co-signent "Etat de terreur" (Actes Sud), 2022
© AFP - JOEL SAGET / ULF ANDERSEN / AURIMAGES

Hillary Clinton se joint à la célèbre auteure canadienne dans ce thriller policier dont l’intrigue se déroule après le retrait américain d'Afghanistan et en pleine escalade nucléaire. Le livre n’a pas du tout convaincu les critiques du Masque & la Plume.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Un thriller de 512 pages traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné. À la Maison-Blanche, Douglas Williams, un président récemment élu, nomme sa rivale Ellen Adams au poste de secrétaire d'État, et c'est alors qu'une série d'attentats sanglants non revendiqués frappent Londres, Francfort et Paris. Ellen et sa fidèle seconde Betty vont tenter de démêler les fils d'un complot international impliquant notamment un milliardaire pakistanais, des ingénieurs nucléaires iraniens, un ex-président corrompu (qui est la photocopie de Trump), des mafieux russes, des terroristes… basé sur la série "24h chrono".

Jean-Louis Ezine cache son désarroi derrière l'ironie pour oublier

Le critique pour Le Chasse-Marée vous recommande de ne lire que les remerciements, soit la toute fin du livre uniquement : "Je distinguerais trois parties dans cette œuvre majeure : le commencement, le milieu et la fin… C'est pratiquement une parabole de l'existence humaine (pour parodier Beckett) avec une fin qui se conclut par une toute fin au-delà de la fin proprement dite qui consiste en huit pages de remerciements. Ce sont les seules pages qui valent le coup. À condition d’avoir un libraire qui consente à ce qu'on arrache les pages de remerciements, et qu'il vous les cède à un prix plus honnête, parce que sinon cela vous coûtera 23,50 €, ce qui est beaucoup pour des remerciements d'un livre que vous n'aurez pas lu.

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Néanmoins ce qui est très beau dans ces pages de remerciements, c'est le remerciement de Louise Penny à "Michael, mon mari bien aimé, qui est mort de la démence". C'est indiqué comme cela en toutes lettres page 496 parce que, grâce à la disparition de son bien-aimé, elle a reçu un carton de condoléances d'Hillary Clinton qui est à l'origine de cette affaire merveilleuse… qui adore les romans de Louise Penny.

J'espère qu'ils ont été copieusement payés parce que ça vaut une condamnation aux galères, ce pavé".

Pour Frédéric Beigbeder, l’intrigue est un peu trop classique pour être intéressante

Rien ne vaut mieux qu’une bonne série TV comme "24h chrono" ou de regarder les chaînes d’info en continu en rentrant chez vous le soir, selon le journaliste du Figaro magazine : "Quand je l'ai lu, j'ai effectivement pensé à "24h chrono" ou à "Homeland", ces séries où l’intrigue repose sur une menace de bombe nucléaire. La construction, c'est du déjà-vu, c'est donc un peu classique et c'est mieux de regarder cela à l’écran…

Je m'attendais à apprendre plein de choses sur les coulisses de la Maison Blanche puisque Hillary Clinton a été Secrétaire d'Etat, ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis sous Barack Obama. Mais en vain. Si on recherche la peur fictive d’être menacée par une bombe nucléaire, on l'a tous les soirs sur BFM en ce moment, il n'y a pas besoin de lire un bouquin, il suffit d'allumer la télé…"

Un livre qui a profondément ennuyé Arnaud Viviant

Le critique de la revue Transfuge se demande comment il est possible d’aimer un livre, certes co-signé par Hillary Clinton mais, qui semble très loin d’avoir réellement co-écrit ce roman… "En même temps, il y a des signes qui ne trompent pas quand vous prenez par exemple la page 364, cette phrase : "Si Al-Qaïda a une bombe, c'est ici qu'elle va exploser en sol américain"… Là, vous vous dites que, visiblement, tout le monde s'est ennuyé… L'éditeur, le correcteur, les traducteurs se sont ennuyés pour écrire "en sol américain"… Vous ne pouvez pas écrire cela quand vous êtes normalement constitués.

Je pense qu'Hillary Clinton n'a strictement rien fait dans ce livre et que Louise Penny a tout écrit. Reportez-vous en par exemple à une interview où Louise Penny disait qu'elle lui avait donné des renseignements très intéressants comme le nombre de soldats qui pouvaient monter dans un hélicoptère Chinook… Enfin, c’est le type de renseignement que vous trouvez en deux clics sur Wikipédia… !"

Pour Olivia de Lamberterie, Hillary Clinton est une piètre romancière

Il en va de même pour Olivia de Lamberterie qui considère que Hillary Clinton a sapé le boulot de la grande auteure de roman policier qu’est Louise Penny : "J’aime ces livres, j’aime le fait que ça se passe souvent au Québec, j’aime ce héros récurrent qui s'appelle Armand Gamache, j’aime ces espèces de Cosy Times très bien ficelés, j'adore Hillary Clinton, la femme politique qui aurait pu empêcher Donald Trump, mais qu'est-ce qu'elle a été écrire un roman… ?

Même si elle a voulu se venger de Donald Trump, c'est un mauvais argument de faire des livres pour se venger… Je pense aussi qu'elle a un grand problème avec Bill (Clinton), donc elle a voulu faire comme lui et elle a instrumentalisé cette pauvre Louise Penny pour écrire ce truc avec des mafieux russes dont je n'ai rien compris…"

Le livre

Écouter l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Etat de terreur" d'Hillary Clinton et Louise Penny

7 min

📖 LIRE - "Etat de terreur" d'Hillary Clinton et Louise Penny (Actes Sud)

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