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Etienne Davodeau : "Dans "Le Droit du sol", je relie un dessin préhistorique et les déchets nucléaires"

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Détail du "Droit du sol" par Etienne Davodeau
Détail du "Droit du sol" par Etienne Davodeau
- Futuropolis

Le dessinateur publie le récit de son trajet à pied entre la Grotte de Pech Merle (Lot) et Bure (Meuse) pour comparer les legs, éclairer, et faire réfléchir aux problèmes des déchets nucléaires.

Une magnifique et émouvante main sur un mur de grotte d’un côté, des bidons radioactifs de l’autre…  Dans une bande dessinée très écrite et au procédé narratif subtil, Etienne Davodeau (Les Ignorants, Les mauvaises gens, Cher pays de notre enfance…) interroge les conséquences de l’enfouissement des déchets de nos centrales nucléaires. Dans un récit qui prend le temps de la découverte et de la rencontre, le dessinateur s'est fait marcheur pour dénoncer notre rapport à l'énergie.

Un récit avec un engagement du corps 

Etienne Davodeau : "Pour parler de notre dépendance à cette planète, il fallait faire quelque chose d’engageant, de concret et avec le corps. 

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Outre le petit plaisir égoïste de lier la BD à la marche, que j’apprécie, il y a dans Le Droit du sol, l'idée de voyager au plus près de la terre.

Dormir à la belle étoile, dans les forêts, ou dans les champs, c'est se rappeler de notre condition d'Homo Sapiens. Cela nous rapproche de la personne qui a dessiné sa main il y a 22 millions d'années sur la paroi d’une grotte à Pech Merle. Et c’est une attitude commune avec ces gens qui, dans des centaines de milliers d’années, vont se demander quoi faire de ces déchets enterrés sur le site de Bure.  

Marcher entre ces deux personnes, entre ces deux lieux, et les relier par le pas, comme par le dessin m'intéressait. Et ce personnage qui marche est plus ou moins moi.  

Des interventions de spécialistes pour éclairer le propos du terrain 

Détail d'une planche du "Droit du sol" par Etienne Davodeau
Détail d'une planche du "Droit du sol" par Etienne Davodeau
- Futuropolis

Quand on marche, on trace une ligne. On n'est d’ailleurs pas loin du dessin. Je voulais raconter cette trajectoire en tant qu’expérience individuelle, mais je voulais aussi que cela dépasse un peu mon ressenti. J’ai donc invité des gens qui étaient plus savants que moi. J'aime ce statut de candide. J'avais même fait un de mes livres avec comme titre « Les Ignorants » parce que j’aime apprendre des choses. Et les raconter à mes lecteurs. 

Entre Pech Merle et Bure, j'ai fait parler des spécialistes du sol, un fait unique dans l'univers. C'est une petite pellicule à la surface de notre planète dont nous dépendons absolument. Et c'est dessous qu'on cache à Pech Merle, un mammouth très joli et inoffensif, et à Bure, des immondices très dangereuses. 

Avoir un agronome qui nous parle de terre, avoir une sémiologue qui explique que communiquer avec des gens dans des centaines années, sera très compliqué puisqu'on ne sait pas ce que sera devenu le français, est instructif. Et puis, je voulais aussi qu'interviennent des gens sur place à Bure qui luttent contre ce projet complètement fou. J’ai intégré leur témoignage comme s’ils marchaient avec moi sur le sentier et me transmettaient leurs connaissances.  

Raconter pour faire comprendre les enjeux écologiques d’origine politique 

"Avant ce livre, je ne savais pas que tous les présidents de la Ve République avaient appuyé le développement de l’énergie nucléaire. Jusqu'à aujourd'hui, le lobby de ce secteur est très bien installé au cœur du pouvoir. Dans la BD, le hasard a voulu que les sentiers de grande randonnée que j'empruntais passent devant la tombe du général De Gaulle à Colombey-les-deux-Eglises (Haute-Marne) mais aussi au sommet du Mont Beuvray, où Mitterrand voulait se faire enterrer. J’ai marché pas loin de Vulcania, "l’œuvre" de Giscard d'Estaing dans le Puy-de-Dôme. Et j’ai appris que j’étais passé près du village de naissance de Georges Pompidou, Montboudif, dans le Cantal."

Lutter contre le nucléaire n’est pas un combat dépassé  

La France est le pays le plus nucléarisé du monde. On a 58 réacteurs nucléaires. Pour un petit pays comme le nôtre, c'est énorme ! On ne se rend pas compte du problème parce qu'on ne paye pas le prix de l’énergie au prix réel. Pour le nucléaire, la facture n’intègre ni les coûts du démantèlement des centrales, ni ceux de la gestion des déchets. Les partisans de l’énergie atomique nous rétorquent qu'elle n’est pas carbonée. Et que donc, elle pollue moins. Mais c’est faux : on oublie ces déchets radioactifs. On devrait débattre collectivement et sereinement de ces questions."

Etienne Davodeau : "Comment dessiner Le Droit du sol ?" 

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Feuilleter quelques pages

Le Droit du sol d'Etienne Davodeau est publié chez Futuropolis

La BD sur le site des éditions Radio France