Euthanasie en Belgique : comment ça marche ?

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Euthanasie en Belgique : comment ça marche ?

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En Belgique, l'euthanasie est autorisée, y compris à domicile, mais très encadrée
En Belgique, l'euthanasie est autorisée, y compris à domicile, mais très encadrée
© AFP - ETIENNE ANSOTTE / BELGA

En Belgique, l’euthanasie est entrée dans les mœurs, elle est légale depuis 20 ans et a même été autorisée en 2014 aux mineurs, même si cela reste extrêmement rare. C’est une pratique légale mais qui reste néanmoins très encadrée, avec des médecins spécialement formés.

Le docteur Decroly, qui exerce à Uccle, dans l'agglomération de Bruxelles, met fin à la vie de deux patients en moyenne chaque mois. Il a été spécialement formé pour cela,  et les conditions légales sont très strictes. Il y a trois conditions, explique ce généraliste qui exerce dans un cabinet avec plusieurs autres confrères, habitués comme lui à ces gestes ultimes.

"Il faut que cela soit une maladie ou plusieurs maladies incurables ; il faut avoir des souffrances inapaisables, qu’elles soit psychologiques, psychiques, ou physiques ; et avoir fait une demande consciente et répétée", explique-t-il. Il faut aussi deux avis médicaux, et même trois si le décès n'est pas imminent : "Si le décès n’est pas attendu à brève échéance, on demande un troisième avis", explique encore ce médecin. "C’est alors souvent celui d’un psychiatre qui va vérifier que l’on ne se trouve pas face à un problème psychiatrique de dépression qui serait mal pris en charge".

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Des pathologies très variables

Le dossier de validation de 12 pages est parfois envoyé en amont à la Commission de contrôle pour avis. Pour les mineurs, la procédure est souvent très longue : cela a duré 18 mois pour le jeune de 17 ans que ce médecin a récemment accompagné avec une équipe médiale élargie à plusieurs médecins. Ce n’est pas un droit, c’est une possibilité très encadrée, précise le docteur Decroly. L’euthanasie de mineurs reste très exceptionnelle.

Selon les chiffres officiels de 2021, la plupart des malades euthanasiés (60%) souffraient d'un cancer, et 2% seulement de troubles mentaux. "Les pathologies sont très variables : dans ces patients, il y a des cancers mais aussi des pathologies cardiaques terminales, des pathologies neurologiques terminales comme Parkinson, la sclérose en plaque, la maladie de Charcot", explique encore le Docteur Decroly. Quelques demandes dans le cadre psychiatrique également, mais plus rares, et il ne s’en occupe pas personnellement.

Déclarations anticipées

Et comme pour le don d’organes, les citoyens belges peuvent enregistrer officiellement une déclaration anticipée au cas où ils seraient un jour inconscients et que la question d’une euthanasie serait un jour posée par leurs proches.

Les enregistrements se font auprès des communes. Dans le hall de celle de Uccle, un panneau indique le guichet euthanasie. Comme pour refaire sa carte d’identité ou son passeport, il faut prendre un ticket et attendre l’appel de son numéro. Louisa reçoit les Belges ou ceux qui sont officiellement résidents dans le pays : "C’est vraiment dans les habitudes des gens", raconte-t-elle. Cette semaine, elle a accueilli une dame de 31 ans. Elle envoie alors le document au SPF santé, le Service fédéral de la santé qui le rentre dans une base de données.

Jacline, 86 ans a déjà fait cette démarche il y a plusieurs années, très utile insiste-t-elle en cas d’inconscience : "On est très bien reçu, on reçoit des explications. C’est quand même merveilleux", ajoute-t-elle : "Si je deviens un légume, mes enfants ne devront pas me garder comme légume pendant vingt ans, c’est très bien organisé !" s’exclame l’octogénaire. En 2021, près de 2700 adultes ont été euthanasiés l’an dernier en Belgique. Et aucun mineur.