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EXPO - “ENGAGÉ.E.S ! Chanter pour des idées“, à découvrir au Printemps de Bourges

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ENGAGÉ.E.S ! Chater pour ses idées
ENGAGÉ.E.S ! Chater pour ses idées
© Radio France - Printemps de Bourges / Musée SACEM

Cette exposition organisée dans le cadre du Printemps de Bourges est le fruit de la collaboration entre la Documentation de Radio France et la SACEM. Elle regroupe 200 pochettes d’albums, ainsi que de nombreux documents d’archives montrant la chanson "à message" française dans toutes ses formes.

Mettre son œuvre au service d’une cause politique, économique, sociale, humanitaire, écologique. Chanter, rapper pour dénoncer les abus et les injustices. Prendre position, interpeller, témoigner, alerter au moyen des mots et de la voix ; tel est le thème de l’exposition ENGAGÉ.E.S !, que la Documentation de Radio France vous invite à découvrir.

Miroirs de notre société et de ses soubresauts, nombreuses en France sont les chansons contestataires, ou chansons « engagées », qui depuis la Révolution de 1789 ont marqué de leur empreinte la mémoire collective : le Temps des cerises lors de la Commune de Paris en 1871, Le Chant des partisans, hymne de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Déserteur de Boris Vian, chanson antimilitariste publiée à la fin de la guerre d’Indochine en 1954, Le Bruit et l’odeur de Zebda, devenu l’emblème de l’antiracisme en 1995, Ma France à moi de Diam’s qui revendique, à l’aube de la Présidentielle de 2007, une France de la diversité, tolérante et métissée. Depuis 2015, de jeunes porte-paroles s’élèvent autour des questions de genre – Eddy de Pretto et l’injonction à la « virilité abusive » dans son titre Kid (2017) – et de la libération de la parole des femmes – Angèle et le mouvement #MeToo dans Balance ton quoi (2019).

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Combattants d’une vie ou simplement le temps d’une chanson, les artistes manifestent leur engagement de différentes manières. Mais si l’investissement varie, les chansons, elles, restent ; leur message prend vie, touche l’auditeur et pousse à la réflexion. Comme autant de débats agitant notre société, elles contribuent, à leur échelle, à faire vivre la liberté d’expression et la démocratie.

ENGAGÉ.E.S !
ENGAGÉ.E.S !
- Printemps de Bourges

Liberté d'opinion et censure

La partition, la pochette et l'étiquette du vinyl du « Déserteur »
La partition, la pochette et l'étiquette du vinyl du « Déserteur »
© Radio France - Musée SACEM

La censure était très présente dans les années 1950. Radio France et sa discothèque abritent les archives du comité d'écoute de la radiotélévision française. Ce comité a fiché les chansons jusqu'en 1964 et en fouillant dans cette base de données, on tombe parfois sur des surprises.

La censure, Boris Vian l'a connu de son vivant. Vous avez ci-dessus l’exemplaire de l’album de Boris Vian Chansons « possibles » et « impossibles » parut en 1956. C’est le seul album de l’artiste publié de son vivant, mais la quasi-totalité des titres furent censurées dès leur sortie. On peut voir qu’ici la pochette a été annotée et raturée par le comité. Les titres des chansons interdites sont rayés, la tête de Boris Vian gribouillée et l’étiquette « interdite par le comité d’écoute » y a été aposée.

À lire aussi : 100 chansons censurées
4 min

Lutter pour la cause LGBT

Pochette et bulletin de déclaration SACEM de « Comme ils disent »
Pochette et bulletin de déclaration SACEM de « Comme ils disent »
© Radio France - Musée SACEM

Lorsqu'elle était illégale, l'homosexualité était un sujet tabou. Très peu d'artiste arrivaient à s'exprimer sur le sujet. « Comme ils disent » paru en 1972 est une chanson importante pour la lutte LGBT. C’est en effet la première chanson française où est prononcé le mot « homo ». Elle évoque le quotidien d’un homme homosexuel de manière directe et sans jugement apparent. Rebecca Manzoni explique qu’avant ce tube, les chansons pouvaient parler d’homosexualité, mais de manière détournée. Quelque chose de compréhensible quand on sait que jusqu’en 1982, l’homosexualité est illégale en France.

Aujourd’hui, la chanson a énormément vieilli. C’est ce qu’explique Didier Varrod : « Cette chanson est considérée comme une chanson majeure. Oui, elle est majeure historiquement parce que c'est la première fois qu'on entend, je suis un homo, comme ils disent. Oui, elle est majeure parce que c'est une chanson extrêmement bien écrite et qu'Aznavour l'a interprété de façon magistrale. Mais la chanson n'a pas été le territoire avec lequel les homosexuels ont pu se libérer. » Selon lui, la chanson ne dépeint qu’une réalité pessimiste et restreinte de l’homosexualité. La chanson parle d’un garçon efféminé, voire « travesti » et amoureux d’un hétéro qui ne l’aimera jamais. Pour Didier Varrod, cette chanson enferme l’homosexualité dans une caricature qui n’est pas représentatif pour la majorité des homosexuels.

55 min

Chanter le féminisme

pochette et paroles de « Vieux rodéo » (@Radio France) et les Rita Mitsouko
pochette et paroles de « Vieux rodéo » (@Radio France) et les Rita Mitsouko
© Getty - Robert VAN DER HILST

Chanter le féminisme oui, mais comment se renouveler après les deux premières vagues de féminisme? C'est la question à laquelle répondent Catherine Ringer et Fred Chichin.

L’album La Femme Trombone des Rita Mitsouko, sorti en 2002, ne la met pas en sourdine et appelle à la vigilance à l’égard des nouvelles formes de misogynie. Pour le couple d’artistes, les combats féministes des précédentes générations ont été essentiels, mais la lutte continue. Il faut sans cesse se battre pour conserver les droits acquis, et en gagner de nouveaux. La chanson Vieux Rodéo est particulièrement équivoque. Voici ci-dessus les paroles.

Associatif et médiatisation par la chanson

Pochette, partition du single « Touche pas à mon pote » et pochette de l'album collaboratif
Pochette, partition du single « Touche pas à mon pote » et pochette de l'album collaboratif
© Radio France - Musée SACEM

L’association SOS Racisme est fondée en 1984 par des sympathisants du Parti Socialiste, un an après la "Marche pour l'égalité et contre le racisme". « Touche pas à mon pote », c'est le slogan qu’adopte l’association. Il est lancé à l’occasion du « festival musical multiraciale » le 15 juin 1985 sur la place de la concorde à Paris. Il réunit beaucoup de personnalités de l’époque comme Coluche, Téléphone, Indochine, Francis Cabrel, etc. Pour l’événement, l’association SOS Racisme décline son nouveau slogan de toutes les manières possibles. Elle crée des badges colorés, et commande une chanson à Alain Baschung, « Tu touches pas à mon pote ». Ci-dessus, la pochette du single « Tu touches pas à mon pote » d'Alain Baschung. La couverture a été illustrée par Frank Margerin, auteur entre autre de la BD Lucien.

À la suite du festival, un album vendu au profit de SOS Racisme est édité. À nouveau, beaucoup de personnalités participent au projet. Ci-contre, la pochette du disque vendu au profit de l'association.

Le festival musical multiraciale est l’un des gros concerts de solidarité de 1985, dans la même veine que le Live Aid, SOS Ethiopie, ou encore Le Restos du Cœur. Ces concerts témoignent de l'envie des musiciens et chanteurs de s'engager pour différentes causes et relayer leur combat grâce à leur médiatisation.

3 min

Radios pirates et syndicalisme

Pochette de Longwy: La Colline Rouge (@Radio France) et photo de la manifestation du 20 janvier 1981
Pochette de Longwy: La Colline Rouge (@Radio France) et photo de la manifestation du 20 janvier 1981
© AFP - FRANCE - RADIO LIBRE - LONGWY

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, c’est le moment des grands plans de restructuration du secteur minier, au cœur de villes qui jadis étaient synonymes de progrès et de prospérité. De nombreux ouvriers et mineurs manifestent pour conserver leur emploi et tentent de faire entendre leur voix aux pouvoirs publics et aux patrons d’entreprises. C’est exactement ce qu’il se passe dans la ville minière de Longwy dans le Nord. Le 11 décembre 1978, la sentence tombe : le plan Davignon prévoit la suppression de 21.000 750 emplois, dont 6.500 à Longwy. Le 19 décembre, c’est le début d’un mouvement social de protestation.

Les syndicats essayent chacun à leur manière d’accompagner les manifestations. La CFDT installe en haut de la colline un SOS lumineux qui clignote. Ils décident ensuite de créer une radio pirate, alors illégale. Le nom donné reprend le mot du panneau lumineux : radio SOS Emploi. De son côté, la CGT décide elle aussi de créer sa propre radio libreLorraine Cœur d’Acier. Ces radios illégales ont réellement permis la libération de la parole pour les manifestants, ainsi que l’expression culturelle et artistique. Des chansons, poèmes ainsi que de nombreux débats ont été enregistrés et diffusés sur les deux radios, jusqu’à leur démantèlement en 1981.

Aujourd’hui, ces archives nous sont parvenues, car certaines bandes des deux radios ont été conservées et éditées en disque et en vinyle. Elles constituent un puissant témoignage des luttes sociales et de la société minière de la fin des années 1970. Ci-dessus voici le recto/verso d’un vinyle de SOS Emploi : Longwy, La colline rouge, ainsi qu’une photo de manifestation le 20 janvier 1981. Ce jour-là, les forces de l’ordre interviennent et la radio illégale cesse d’émettre définitivement.

54 min

Discrimitation, inégalités et racisme

Paroles et pochettes de « le bruit et l'odeur »
Paroles et pochettes de « le bruit et l'odeur »
© Radio France - Documentation de France Inter

Le morceau Le bruit et l’odeur du groupe toulousain Zebda sort en 1995. Il répond aux propos discriminatoires prononcés Jacques Chirac lors d’un de ses discours en juin 1991. Il parle alors du « bruit et de l’odeur » pour désigner les immigrés : « Le travailleur français sur le palier, il devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. » Les Zebda font de ce morceau un hymne du multiculturalisme dans les années 1990.

C’est Magyd Cherfi, fils d’immigrés algériens qui écrit le texte de la chanson. Il part de ce constat : « je suis Français, mais pas dans le regard des autres ». Il se saisit de la chanson française pour faire la chronique de son quotidien et de l'histoire de France à laquelle il appartient. Ci-dessus les paroles de la chanson.

4 min

Pour aller plus loin

Une collaboration entre la documentation de France Inter, le Musée SACEM et le Printemps de Bourges
Une collaboration entre la documentation de France Inter, le Musée SACEM et le Printemps de Bourges
- Radio France / SACEM / Printemps de Bourges