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Exposition Elles font l’abstraction au Centre Pompidou, jusqu’au 23 août 2021

Par
Saloua Raouda Choucair, Fractional Module, détail, 1947-1951
Saloua Raouda Choucair, Fractional Module, détail, 1947-1951
- Courtesy Galerie Saleh Barakat Saloua Raouda ChoucairFoundation

Un parcours chronologique mêlant arts plastiques, danse, photographie, film et arts décoratifs.

L’exposition « Elles font l’abstraction » présentée au Centre Pompidou de la réouverture jusqu'au 23 août 2021, propose une relecture inédite de l’histoire de l’abstraction depuis ses origines jusqu’aux années 1980, articulant les apports spécifiques de près de cent dix « artistes femmes ». 

La commissaire générale Christine Macel et la commissaire associée pour la photographie, Karolina Lewandowska, revisitent cette histoire, tout en mettant en évidence le processus d’invisibilisation qui a marqué le travail des « artistes femmes ».

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L’exposition présente les tournants décisifs qui ont marqué l’histoire de l’abstraction tout en remettant en cause ses canons esthétiques, sans pour autant en redéfinir un. Il s’agit aussi de dépasser l’idée d’une histoire de l’art conçue comme une succession de pratiques pionnières. En redonnant une place aux « artistes femmes» au sein de cette histoire, l’exposition en démontre la complexité et la diversité. 

Liubov Popova, design textile, 1924-25
Liubov Popova, design textile, 1924-25
- Photo Collection André Sarabyanov, Moscou

Une attention toute particulière est donnée aux contextes spécifiques qui ont entouré, favorisé ou au contraire limité la reconnaissance des « artistes femmes » – des contextes à la fois éducationnels, sociaux, institutionnels. L’exposition révèle ainsi le processus d’invisibilisation de ces artistes tout en rendant compte de leurs positions, avec leurs complexités et leurs paradoxes.

Quelques jalons du parcours de l’exposition 

►Le Texas Bauhaus 

En 1935, Carlotta Corpron met en place un enseignement de « photographie créative »  à la Texas Woman's University de Denton, fondé sur une exploration expérimentale du médium.  Faisant de la lumière sa matière première, elle encourage l’utilisation du « light modulator »  (modulateur de lumière), boîte perforée dans laquelle peuvent être placés des objets en vue  d’être photographiés. Elle incite également à l’utilisation de miroirs, prismes, papiers découpés,  cubes de verre ou stores vénitiens pour réfracter, déformer et refléter la lumière sur les surfaces  d’objets divers. Ida Lansky et Barbara Maples bénéficient de cet enseignement ouvert, la dernière pressant notamment de l’eau et de l’huile entre deux plaques de verre pour réaliser  de surprenantes photographies. Encore peu connues hors des États-Unis, ces œuvres témoignent  de l’importance des innovations formelles et théoriques issues du New Bauhaus de Chicago  de László Moholy-Nagy, dont la pensée marque profondément Carlotta Corpron.

► Autour du Salon des Réalités Nouvelles 

En 1946, le Salon des Réalités Nouvelles est fondé à Paris, dans la suite d’Abstraction-Création, sous la houlette d’Auguste Herbin, d’Antoine Pevsner, de Félix Del Marle et d’Étienne Béothy. Voué à la promotion de l’art abstrait, il en présente chaque année toutes les tendances, depuis les abstractions géométriques les plus « pures » jusqu’aux figurations allusives. Fréquenté par les célèbres critiques Michel Ragon, Michel Seuphor ou Pierre Descargues, il connaît un grand succès et devient une véritable vitrine pour de nombreuses artistes parmi lesquelles Sonia Delaunay-Terk, Sophie Taeuber-Arp, Carmen Herrera, Maria Vieira da Silva et Vera Pagava, Saloua Raouda Choucair, Fahrelnissa Zeid ou Barbara Hepworth.

19. . Barbara Hepworth, Oval Sculpture (N°2), 1943, cast 1956 Barbara Hepworth
19. . Barbara Hepworth, Oval Sculpture (N°2), 1943, cast 1956 Barbara Hepworth
- Bowness - Photo Tate

► Sous le signe de la ligne 

Tracer des lignes, laisser sa marque, avec le crayon, le pinceau, le fil de fer ou le corps lui-même, ont été des préoccupations pour de nombreuses artistes dans les années 1960 et 1970.  La ligne en liberté a été au centre des recherches de Bice Lazzari, artiste italienne encore trop  méconnue, avec ses peintures informelles. C’est en marchant sur sa toile puis en la grattant  que Judit Reigl crée des lignes en relief dans sa série Guano. En déstructurant la grille,  Arpita Singh produit des dessins où la ligne s’assouplit. Enfin, Gego dessine dans l’espace  à l’aide fils de métal, en une structure aérienne. La rigueur minimale habite à l’inverse  les œuvres subtiles d’Agnes Martin, où les lignes et les grilles apparemment régulières  sont habitées par chacun de ses gestes. L’attention portée par Nasreen Mohamedi sur les lignes  qui structurent son environnement, qu’elle capture grâce à la photographie, inspirent  ses dessins minimalistes. Enfin c’est avec son corps que la danseuse Lucinda Childs transpose  ces recherches dans l’espace, en dansant sur une simple ligne.

► Féminismes et abstraction 

En 1963, le Women’s Liberation Movement marque le début de la seconde vague féministe aux États-Unis. Le groupe Women Artists in Revolution (WAR) est créé en 1969. En 1972, Harmony Hammond et Howardena Pindell font partie des co-fondatrices de la A.I.R Gallery (Artists in Residence) dédiée à la présentation d’artistes femmes à Brooklyn. Toutes deux écriront dans le magazine féministe Heresies publié à partir de 1975. Au même moment, une histoire de l’art féministe voit le jour. En 1971, ARTnews publie l’essai de Linda Nochlin « P_ourquoi n’y a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ? »_ et Lucy Lippard organise sa première exposition d'artistes femmes, « 26 Contemporary Women Artists » au Aldrich Museum of Contemporary Art. Linda Nochlin et Ann Sutherland Harris présentent en 1976 au Los Angeles County Museum of Art « Women artists: 1550-1950 », première exposition consacrée à des « artistes femmes» dans une institution. En Grande-Bretagne, Rozsika Parker et Griselda Pollock co-fondent le Women’s Art History Collective en 1972 puis publient des ouvrages majeurs comme Old Mistresses: Women, Art and Ideology (1981) ou Framing Feminism (1987). C’est seulement à partir des années 1990 et surtout récemment que l’apport des « artistes femmes » à l’histoire de l’abstraction est revisitée. Ainsi, Briony Fer relit notamment dans On Abstract Art (1997) l’art d’Eva Hesse, de Lioubov Popova ou d’Olga Rozanova.

Howardena Pindell dans son atelier sur Seventh Avenue and 28th Street, New York, vers 1973
Howardena Pindell dans son atelier sur Seventh Avenue and 28th Street, New York, vers 1973
- Photo droits réservés, Courtesy the artist, Garth Greenan Gal.
Harmony Hammond, Floorpiece VI, 1973
Harmony Hammond, Floorpiece VI, 1973
- Photo Jeffrey Sturges - Adagp Paris 2021
  • Commissaire générale : Christine Macel, conservatrice, cheffe du service création contemporaine et prospective, 
  • Commissaire associée pour la photographie : Karolina Lewandowska, directrice du musée de Varsovie, Pologne